Poème ecume - 10 Poèmes sur ecume


10 poèmes


De son bonheur furtif lorsque malgré l'orage
L'amant d'Héro courait s'enivrer loin du jour,
Et dans la nuit tentait de gagner à la nage
Le bord où l'attendait l'Amour,

Une lampe envoyait, vigilante et fidèle,
En ce péril vers lui son rayon vacillant ;
On eût dit dans les cieux quelque étoile immortelle
Oui dévoilait son front tremblant.

La mer a beau mugir et heurter ses rivages,
Les vents au sein des airs déchaîner leur effort,
Les oiseaux effrayés pousser des cris sauvages
En voyant approcher la Mort,

Tant que du haut sommet de la tour solitaire
Brille le signe aimé sur l'abîme en fureur,
Il ne sentira point, le nageur téméraire,
Défaillir son bras ni son coeur.

Comme à l'heure sinistre où la mer en sa rage
Menaçait d'engloutir cet enfant d'Abydos,
Autour de nous dans l'ombre un éternel orage
Fait gronder et bondir les flots.

Remplissant l'air au loin de ses clameurs funèbres,
Chaque vague en passant nous entr'ouvre un tombeau ;
Dans les mêmes dangers et les mêmes ténèbres
Nous avons le même flambeau.

Le pâle et doux rayon tremble encor dans la brume.
Le vent l'assaille en vain, vainement les flots sourds
La dérobent parfois sous un voile d'écume,
La clarté reparaît toujours.

Et nous, les yeux levés vers la lueur lointaine,
Nous fendons pleins d'espoir les vagues en courroux ;
Au bord du gouffre ouvert la lumière incertaine
Semble d'en haut veiller sur nous.

Ô phare de l'Amour ! qui dans la nuit profonde
Nous guides à travers les écueils d'ici-bas,
Toi que nous voyons luire entre le ciel et l'onde,
Lampe d'Héro, ne t'éteins pas !
La lampe d'Héro
Poèmes de Louise Ackermann

Citations de Louise Ackermann
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19 juin 1837

Accourez
vite à nos splendides fêtes !
Ici
banquets, là concert, ailleurs bal.
Les
diamants rayonnent sur les têtes,
Le
vin rougit les coupes de cristal.
Ce
luxe altier qui partout se déroule,
Le
peuple va le payer en gros sous.
Municipaux
, au loin chassez la foule.
Amusons-nous
!

Quel
beau festin ! mets précieux et rares,
Dont
à prix d'or on eut chaque morceau,
Vins
marchandés aux crus les plus avares
Et
que le temps a scellés de son sceau...
Quel
est ce bruit ?... - Rien, c'est un prolétaire
Qui
meurt de faim à quelques pas de vous.
-
Un homme mort ?... C'est fâcheux ! Qu'on l'enterre.
Enivrons-nous
!

Voici
des fruits qu'à l'automne
Vole
à grand frais l'été pour ces repas :
, c'est l'Aï dont la mousse écumeuse
Suit
le bouchon qui saute avec fracas...
Qu
'est-ce ?... un pétard que la rage éternelle
Des
factieux ? - Non, non, rassurez-vous !
Un
commerçant se brûle la cervelle...
Enivrons-nous
!

Duprez
commence... Ô suaves merveilles !
Gais
conviés, désertez vos couverts.
C
'est maintenant le bouquet des oreilles ;
On
va chanter pour mille écus de vers.
Quel
air plaintif vient jusqu'en cette enceinte ?...
Garde
, alerte ! En prison traînez tous
Ce
mendiant qui chante une complainte...
Enivrons-nous
!

Femmes
, au bal ! La danse vous appelle ;
Des
violons entendez les accords.
Mais
une voix d'en haut nous interpelle .
Tremblez
! tremblez ! vous dansez sur les morts
Ce
sol maudit que votre valse frôle,
Le
fossoyeur le foulait avant nous...
Tant
mieux ! la terre est sous nos pieds plus molle.
Trémoussez-vous
!

Chassons
bien loin cette lugubre image
Qui
du plaisir vient arrêter l'essor.
Déjà
pâlit sous un autre nuage
Notre
horizon de parures et d'or.
C
'est Waterloo... Pardieu, que nous importe !
Quand
l'étranger eut tiré les verroux,
On
nous a vu entrer par cette porte...
Trémoussez-vous
!

Çà
, notre fête est brillante peut-être ?
Elle
a coûté neuf cent vingt mille francs.
Qu
'en reste-t-il ? Rien... sur une fenêtre,
Au
point du jour, des lampions mourants.
Quand
le soleil éclairera l'espace,
Cent
mobiliers seront vendus dessous.
Vite
, aux recors, calèches, faites place...
Éloignons-nous
!
La fête à l'Hôtel de Ville
Poèmes de Agénor Altaroche

Citations de Agénor Altaroche
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