Poème fois+ - 92 Poèmes sur fois+


92 poèmes


Phonétique (Cliquez pour la liste complète) : éphod fa fadé fafiot fais fait fat faut fauté fée fées fêté feu feue feues feus fi fia fiai fiais fiait fias fiat fiât fie fié fiée fiées fief ...

In memoriam (III) de Louise Ackermann


Au pied des monts voici ma colline abritée,
Mes figuiers, ma maison,
Le vallon toujours vert et la mer argentée
Qui m'ouvre l'horizon.

Pour la première fois sur cette heureuse plage,
Le cœur tout éperdu,
Quand j'abordai, c'était après un grand naufrage,
Où j'avais tout perdu.

Déjà, depuis ce temps de deuil et de détresse,
J'ai vu bien des saisons
Courir sur ces coteaux que la brise caresse,
Et parer leurs buissons.

Si rien n'a refleuri, ni le présent sans charmes,
Ni l'avenir brisé,
Du moins mon pauvre cœur, fatigué de mes larmes,
Mon cœur s'est apaisé ;

Et je puis, sous ce ciel que l'oranger parfume
Et qui sourit toujours,
Rêver aux temps aimés, et voir sans amertume
Naître et mourir les jours.

In memoriam (III) un poème de Louise Ackermann

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Paroles d’un Amant de Louise Ackermann


Au courant de l'amour lorsque je m'abandonne,
Dans
le torrent divin quand je plonge enivré,
Et
presse éperdument sur mon sein qui frissonne
Un
être idolâtre.

Je
sais que je n'étreins qu'une forme fragile,
Qu
'elle peut à l'instant se glacer sous ma main,
Que
ce cœur tout à moi, fait de flamme et d'argile,
Sera
cendre demain ;

Qu
'il n'en sortira rien, rien, pas une étincelle
Qui
s'élance et remonte à son foyer lointain :
Un
peu de terre en hâte, une pierre qu'on scelle,
Et
tout est bien éteint.

Et
l'on viendrait serein, à cette heure dernière,
Quand
des restes humains le souffle a déserté,
Devant
ces froids débris, devant cette poussière
Parler
d'éternité !

L
'éternité ! Quelle est cette étrange menace ?
A
l'amant qui gémit, sous son deuil écrase,
Pourquoi
jeter ce mot qui terrifie et glace
Un
cœur déjà brisé ?

Quoi !
le ciel, en dépit de la fosse profonde,
S
'ouvrirait à l'objet de mon amour jaloux ?
C
'est assez d'un tombeau, je ne veux pas d'un monde
Se
dressant entre nous.

On
me répond en vain pour calmer mes alarmes !
« L
'être dont sans pitié la mort te sépara,
Ce
ciel que tu maudis, dans le trouble et les larmes,
Le
ciel te le rendra. »

Me
le rendre, grand Dieu ! mais ceint d'une auréole,
Rempli
d'autres pensers, brûlant d'une autre ardeur,
N
'ayant plus rien en soi de cette chère idole
Qui
vivait sur mon cœur !

Ah!
j'aime mieux cent fois que tout meure avec elle,
Ne
pas la retrouver, ne jamais la revoir ;
La
douleur qui me navre est certes moins cruelle
Que
votre affreux espoir.

Tant
que je sens encor, sous ma moindre caresse,
Un
sein vivant frémir et battre à coups pressés,
Qu
'au-dessus du néant un même flot d'ivresse
Nous
soulève enlacés,

Sans
regret inutile et sans plaintes amères,
Par
la réalité je me laisse ravir.
Non
, mon cœur ne s'est pas jeté sur des chimères :
Il
sait où s'assouvir.

Qu
'ai-je affaire vraiment de votre là-haut morne,
Moi
qui ne suis qu'élan, que tendresse et transports ?
Mon
ciel est ici-bas, grand ouvert et sans borne ;
Je
m'y lance, âme et corps.

Durer
n'est rien. Nature, ô créatrice, ô mère !
Quand
sous ton œil divin un couple s'est uni,
Qu
'importe à leur amour qu'il se sache éphémère
S
'il se sent infini ?

C
'est une volupté, mais terrible et sublime,
De
jeter dans le vide un regard éperdu,
Et
l'on s'étreint plus fort lorsque sur un abîme
On
se voit suspendu.

Quand
la Mort serait là, quand l'attache invisible
Soudain
se délierait qui nous retient encor,
Et
quand je sentirais dans une angoisse horrible
M
'échapper mon trésor,

Je
ne faiblirais pas. Fort de ma douleur même,
Tout
entier à l'adieu qui va nous séparer,
J
'aurais assez d'amour en cet instant suprême
Pour
ne rien espérer.

Paroles d’un Amant un poème de Louise Ackermann

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La Nature à l’Homme de Louise Ackermann


Dans tout l'enivrement d'un orgueil sans mesure,
Ébloui
des lueurs de ton esprit borné,
Homme
, tu m'as crié : « Repose-toi, Nature !
Ton
œuvre est close : je suis né ! »

Quoi !
lorsqu'elle a l'espace et le temps devant elle,
Quand
la matière est là sous son doigt créateur,
Elle
s'arrêterait, l'ouvrière immortelle,
Dans
l'ivresse de son labeur?

Et
c'est toi qui serais mes limites dernières ?
L
'atome humain pourrait entraver mon essor ?
C
'est à cet abrégé de toutes les misères
Qu
'aurait tendu mon long effort ?

Non
, tu n'es pas mon but, non, tu n'es pas ma borne
A
te franchir déjà je songe en te créant ;
Je
ne viens pas du fond de l'éternité morne.
Pour
n'aboutir qu'à ton néant.

Ne
me vois-tu donc pas, sans fatigue et sans trêve,
Remplir
l'immensité des œuvres de mes mains ?
Vers
un terme inconnu, mon espoir et mon rêve,
M
'élancer par mille chemins,

Appelant
, tour à tour patiente ou pressée,
Et
jusqu'en mes écarts poursuivant mon dessein,
A
la forme, à la vie et même à la pensée
La
matière éparse en mon sein ?

J
'aspire ! C'est mon cri, fatal, irrésistible.
Pour
créer l'univers je n'eus qu'à le jeter ;
L
'atome s'en émut dans sa sphère invisible,
L
'astre se mit à graviter.

L
'éternel mouvement n'est que l'élan des choses
Vers
l'idéal sacré qu'entrevoit mon désir ;
Dans
le cours ascendant de mes métamorphoses
Je
le poursuis sans le saisir ;

Je
le demande aux cieux, à l'onde, à l'air fluide,
Aux
éléments confus, aux soleils éclatants ;
S
'il m'échappe ou résiste à mon étreinte avide,
Je
le prendrai des mains du Temps.

Quand
j'entasse à la fois naissances, funérailles,
Quand
je crée ou détruis avec acharnement,
Que
fais-je donc, sinon préparer mes entrailles
Pour
ce suprême enfantement ?

Point
d'arrêt à mes pas, point de trêve à ma tâche !
Toujours
recommencer et toujours repartir.
Mais
je n'engendre pas sans fin et sans relâche
Pour
le plaisir d'anéantir.

J
'ai déjà trop longtemps fait œuvre de marâtre,
J
'ai trop enseveli, j'ai trop exterminé,
Moi
qui ne suis au fond que la mère idolâtre
D
'un seul enfant qui n'est pas né.

Quand
donc pourrai-je enfin, émue et palpitante,
Après
tant de travaux et tant d'essais ingrats,
A
ce fils de mes vœux et de ma longue attente
Ouvrir
éperdument les bras ?

De
toute éternité, certitude sublime !
Il
est conçu ; mes flancs l'ont senti s'agiter.
L
'amour qui couve en moi, l'amour que je comprime
N
'attend que Lui pour éclater.

Qu
'il apparaisse au jour, et, nourrice en délire,
Je
laisse dans mon sein ses regards pénétrer.
-
Mais un voile te cache. - Eh bien ! je le déchire :
Me
découvrir c'est me livrer.

Surprise
dans ses jeux, la Force est asservie.
Il
met les Lois au joug. A sa voix, à son gré,
Découvertes
enfin, les sources de la Vie
Vont
épancher leur flot sacré.

Dans
son élan superbe Il t'échappe, ô Matière !
Fatalité
, sa main rompt tes anneaux d'airain !
Et
je verrai planer dans sa propre lumière
Un
être libre et souverain.

serez-vous alors, vous qui venez de naître,
Ou
qui naîtrez encore, ô multitude, essaim,
Qui
, saisis tout à coup du vertige de l'être,
Sortiez
en foule de mon sein ?

Dans
la mort, dans l'oubli. Sous leurs vagues obscures
Les
âges vous auront confondus et roulés,
Ayant
fait un berceau pour les races futures
De
vos limons accumulés.

Toi-même
qui te crois la couronne et le faîte
Du
monument divin qui n'est point achevé,
Homme
, qui n'es au fond que l'ébauche imparfaite
Du
chef-d'œuvre que j'ai rêvé,

A
ton tour, à ton heure, if faut que tu périsses.
Ah !
ton orgueil a beau s'indigner et souffrir,
Tu
ne seras jamais dans mes mains créatrices
Que
de l'argile à repétrir.

La Nature à l’Homme un poème de Louise Ackermann

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La lampe d'Héro de Louise Ackermann


De son bonheur furtif lorsque malgré l'orage
L'amant d'Héro courait s'enivrer loin du jour,
Et dans la nuit tentait de gagner à la nage
Le bord où l'attendait l'Amour,

Une lampe envoyait, vigilante et fidèle,
En ce péril vers lui son rayon vacillant ;
On eût dit dans les cieux quelque étoile immortelle
Oui dévoilait son front tremblant.

La mer a beau mugir et heurter ses rivages,
Les vents au sein des airs déchaîner leur effort,
Les oiseaux effrayés pousser des cris sauvages
En voyant approcher la Mort,

Tant que du haut sommet de la tour solitaire
Brille le signe aimé sur l'abîme en fureur,
Il ne sentira point, le nageur téméraire,
Défaillir son bras ni son coeur.

Comme à l'heure sinistre où la mer en sa rage
Menaçait d'engloutir cet enfant d'Abydos,
Autour de nous dans l'ombre un éternel orage
Fait gronder et bondir les flots.

Remplissant l'air au loin de ses clameurs funèbres,
Chaque vague en passant nous entr'ouvre un tombeau ;
Dans les mêmes dangers et les mêmes ténèbres
Nous avons le même flambeau.

Le pâle et doux rayon tremble encor dans la brume.
Le vent l'assaille en vain, vainement les flots sourds
La dérobent parfois sous un voile d'écume,
La clarté reparaît toujours.

Et nous, les yeux levés vers la lueur lointaine,
Nous fendons pleins d'espoir les vagues en courroux ;
Au bord du gouffre ouvert la lumière incertaine
Semble d'en haut veiller sur nous.

Ô phare de l'Amour ! qui dans la nuit profonde
Nous guides à travers les écueils d'ici-bas,
Toi que nous voyons luire entre le ciel et l'onde,
Lampe d'Héro, ne t'éteins pas !

La lampe d'Héro un poème de Louise Ackermann

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Endymion de Louise Ackermann


Endymion s'endort sur le mont solitaire,
Lui que Phœbé la nuit visite avec mystère,
Qu'elle adore en secret, un enfant, un pasteur.
Il est timide et fier, il est discret comme elle ;
Un charme grave au choix d'une amante immortelle
A désigné son front rêveur.

C'est lui qu'elle cherchait sur la vaste bruyère
Quand, sortant du nuagetremblait sa lumière,
Elle jetait au loin un regard calme et pur,
Quand elle abandonnait jusqu'à son dernier voile,
Tandis qu'à ses côtés une pensive étoile
Scintillait dans l'éther obscur.

Ô Phœbé ! le vallon, les bois et la colline
Dorment enveloppés dans ta pâleur divine ;
À peine au pied des monts flotte un léger brouillard.
Si l'air a des soupirs, ils ne sont point sensibles ;
Le lac dans le lointain berce ses eaux paisibles
Qui s'argentent sous ton regard.

Non, ton amour n'a pas cette ardeur qui consume.
Si quelquefois, le soir, quand ton flambeau s'allume,
Ton amant te contemple avant de s'endormir,
Nul éclat qui l'aveugle, aucun feu qui l'embrase ;
Rien ne trouble sa paix ni son heureuse extase ;
Tu l'éclaires sans l'éblouir.

Tu n'as pour le baiser que ton rayon timide,
Qui vers lui mollement glisse dans l'air humide,
Et sur sa lèvre pâle expire sans témoin.
Jamais le beau pasteur, objet de ta tendresse,
Ne te rendra, Phœbé, ta furtive caresse,
Qu'il reçoit, mais qu'il ne sent point.

Il va dormir ainsi sous la voûte étoilée
Jusqu'à l'heure où la nuit, frissonnante et voilée,
Disparaîtra des cieux t'entraînant sur ses pas.
Peut-être en s'éveillant te verra-t-il encore
Qui, t'effaçant devant les rougeurs de l'aurore,
Dans ta fuite lui souriras.

Endymion un poème de Louise Ackermann

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Prométhée de Louise Ackermann


Frappe encor, Jupiter, accable-moi, mutile
L
'ennemi terrassé que tu sais impuissant !
Écraser
n'est pas vaincre, et ta foudre inutile
S
'éteindra dans mon sang,

Avant
d'avoir dompté l'héroïque pensée
Qui
fait du vieux Titan un révolté divin ;
C
'est elle qui te brave, et ta rage insensée
N
'a cloué sur ces monts qu'un simulacre vain.
Tes
coups n'auront porté que sur un peu d'argile ;
Libre
dans les liens de cette chair fragile,
L
'âme de Prométhée échappe à ta fureur.
Sous
l'ongle du vautour qui sans fin me dévore,
Un
invisible amour fait palpiter encore
Les
lambeaux de mon cœur.

Si
ces pics désolés que la tempête assiège
Ont
vu couler parfois sur leur manteau de neige
Des
larmes que mes yeux ne pouvaient retenir,
Vous
le savez, rochers, immuables murailles
Que
d'horreur cependant je sentais tressaillir,
La
source de mes pleurs était dans mes entrailles ;
C
'est la compassion qui les a fait jaillir.

Ce
n'était point assez de mon propre martyre ;
Ces
flancs ouverts, ce sein qu'un bras divin déchire
Est
rempli de pitié pour d'autres malheureux.
Je
les vois engager une lutte éternelle ;
L
'image horrible est là ; j'ai devant la prunelle
La
vision des maux qui vont fondre sur eux.
Ce
spectacle navrant m'obsède et m'exaspère.
Supplice
intolérable et toujours renaissant,
Mon
vrai, mon seul vautour, c'est la pensée amère
Que
rien n'arrachera ces germes de misére
Que
ta haine a semés dans leur chair et leur sang.

Pourtant
, ô Jupiter, l'homme est ta créature ;
C
'est toi qui l'as conçu, c'est toi qui l'as formé,
Cet
être déplorable, infirme, désarmé,
Pour
qui tout est danger, épouvante, torture,
Qui
, dans le cercle étroit de ses jours enfermé,
Étouffe
et se débat, se blesse et se lamente.
Ah !
quand tu le jetas sur la terre inclémente,
Tu
savais quels fléaux l'y devaient assaillir,
Qu
'on lui disputerait sa place et sa pâture,
Qu
'un souffle l'abattrait, que l'aveugle Nature
Dans
son indifférence allait l'ensevelir.
Je
l'ai trouvé blotti sous quelque roche humide,
Ou
rampant dans les bois, spectre hâve et timide
Qui
n'entendait partout que gronder et rugir,
Seul
affamé, seul triste au grand banquet des êtres,
Du
fond des eaux, du sein des profondeurs champêtres
Tremblant
toujours de voir un ennemi surgir.

Mais
quoi ! sur cet objet de ta haine immortelle,
Imprudent
que j'étais, je me suis attendri ;
J
'allumai la pensée et jetai l'étincelle
Dans
cet obscur limon dont tu l'avais pétri.
Il
n'était qu'ébauché, j'achevai ton ouvrage.
Plein
d'espoir et d'audace, en mes vastes desseins
J
'aurais sans hésiter mis les cieux au pillage,
Pour
le doter après du fruit de mes larcins.
Je
t'ai ravi le feu ; de conquête en conquête
J
'arrachais de tes mains ton sceptre révéré.
Grand
Dieu ! ta foudre à temps éclata sur ma tête ;
Encore
un attentat, l'homme était délivré !

La
voici donc ma faute, exécrable et sublime.
Compatir
, quel forfait ! Se dévouer, quel crime !
Quoi !
j'aurais, impuni, défiant tes rigueurs,
Ouvert
aux opprimés mes bras libérateurs ?
Insensé !
m'être ému quand la pitié s'expie !
Pourtant
c'est Prométhée, oui, c'est ce même impie
Qui
naguère t'aidait à vaincre les Titans.
J
'étais à tes côtés dans l'ardente mêlée ;
Tandis
que mes conseils guidaient les combattants,
Mes
coups faisaient trembler la demeure étoilée.
Il
s'agissait pour moi du sort de l'univers :
Je
voulais en finir avec les dieux pervers.

Ton
règne allait m'ouvrir cette ère pacifique
Que
mon cœur transporté saluait de ses vœux.
En
son cours éthéré le soleil magnifique
N
'aurait plus éclairé que des êtres heureux.
La
Terreur s'enfuyait en écartant les ombres
Qui
voilaient ton sourire ineffable et clément,
Et
le réseau d'airain des Nécessités sombres
Se
brisait de lui-même aux pieds d'un maître aimant.
Tout
était joie, amour, essor, efflorescence ;
Lui-même
Dieu n'était que le rayonnement
De
la toute-bonté dans la toute-puissance.

O
mes désirs trompés ! O songe évanoui !
Des
splendeurs d'un tel rêve, encor l'œil ébloui,
Me
retrouver devant l'iniquité céleste.
Devant
un Dieu jaloux qui frappe et qui déteste,
Et
dans mon désespoir me dire avec horreur :
« Celui
qui pouvait tout a voulu la douleur ! »

Mais
ne t'abuse point ! Sur ce roc solitaire
Tu
ne me verras pas succomber en entier.
Un
esprit de révolte a transformé la terre,
Et
j'ai dès aujourd'hui choisi mon héritier.
Il
poursuivra mon œuvre en marchant sur ma trace,
qu'il est comme moi pour tenter et souffrir.
Aux
humains affranchis je lègue mon audace,
Héritage
sacré qui ne peut plus périr.
La
raison s'affermit, le doute est prêt à naître.
Enhardis
à ce point d'interroger leur maître,
Des
mortels devant eux oseront te citer :
Pourquoi
leurs maux ? Pourquoi ton caprice et ta haine ?
Oui
, ton juge t'attend, - la conscience humaine ;
Elle
ne peut t'absoudre et va te rejeter.

Le
voilà, ce vengeur promis à ma détresse !
Ah !
quel souffle épuré d'amour et d'allégresse
En
traversant le monde enivrera mon cœur
Le
jour où, moins hardie encor que magnanime,
Au
lieu de l'accuser, ton auguste victime
Niera
son oppresseur !

Délivré
de la Foi comme d'un mauvais rêve,
L
'homme répudiera les tyrans immortels,
Et
n'ira plus, en proie à des terreurs sans trêve,
Se
courber lâchement au pied de tes autels.
Las
de le trouver sourd, il croira le ciel vide.
Jetant
sur toi son voile éternel et splendide,
La
Nature déjà te cache à son regard ;
Il
ne découvrira dans l'univers sans borne,
Pour
tout Dieu désormais, qu'un couple aveugle et morne,
La
Force et le Hasard.

Montre-toi
, Jupiter, éclate alors, fulmine,
Contre
ce fugitif à ton joug échappé !
Refusant
dans ses maux de voir ta main divine,
Par
un pouvoir fatal il se dira frappé.
Il
tombera sans peur, sans plainte, sans prière ;
Et
quand tu donnerais ton aigle et ton tonnerre
Pour
l'entendre pousser, au fort de son tourment,
Un
seul cri qui t'atteste, une injure, un blasphème,
Il
restera muet : ce silence suprême
Sera
ton châtiment.

Tu
n'auras plus que moi dans ton immense empire
Pour
croire encore en toi, funeste Déité.
Plutôt
nier le jour ou l'air que je respire
Que
ta puissance inique et que ta cruauté.
Perdu
dans cet azur, sur ces hauteurs sublimes,
Ah !
j'ai vu de trop près tes fureurs et tes crimes ;
J
'ai sous tes coups déjà trop souffert, trop saigné ;
Le
doute est impossible à mon cœur indigné.
Oui !
tandis que du Mal, œuvre de ta colère,
Renonçant
désormais à sonder le mystère,
L
'esprit humain ailleurs portera son flambeau,
Seul
je saurai le mot de cette énigme obscure,
Et
j'aurai reconnu, pour comble de torture,
Un
Dieu dans mon bourreau.

Prométhée un poème de Louise Ackermann

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Les Malheureux de Louise Ackermann


La trompette a sonné. Des tombes entr'ouvertes
Les
pâles habitants ont tout à coup frémi.
Ils
se lèvent, laissant ces demeures désertes
dans l'ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelgues
morts cependant sont restés immobiles ;
Ils
ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni
l'ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne
les arracheront.

« Quoi !
renaître ! revoir le ciel et la lumière,
Ces
témoins d'un malheur qui n'est point oublié,
Eux
qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont
souri sans pitié !

Non
, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !
Fille
du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.
Et
toi, sœur du Sommeil, toi qui nous as bercés,
Mort
, ne nous livre pas ; contre ton sein fidèle
Tiens-nous
bien embrassés.

Ah!
l'heure où tu parus est à jamais bénie ;
Sur
notre front meurtri que ton baiser fut doux !
Quand
tout nous rejetait, le néant et la vie,
Tes
bras compatissants, ô notre unique amie !
Se
sont ouverts pour nous.

Nous
arrivions à toi, venant d'un long voyage,
Battus
par tous les vents, haletants, harassés.
L
'Espérance elle-même, au plus fort de l'orage,
Nous
avait délaissés.

Nous
n'avions rencontré que désespoir et doute,
Perdus
parmi les flots d'un monde indifférent ;
d'autres s'arrêtaient enchantés sur la route,
Nous
errions en pleurant.

Près
de nous la Jeunesse a passé, les mains vides,
Sans
nous avoir fêtés, sans nous avoir souri.
Les
sources de l'amour sous nos lèvres avides,
Comme
une eau fugitive, au printemps ont tari.
Dans
nos sentiers brûlés pas une fleur ouverte.
Si
, pour aider nos pas, quelque soutien chéri
Parfois
s'offrait à nous sur la route déserte,
Lorsque
nous les touchions, nos appuis se brisaient :
Tout
devenait roseau quand nos cœurs s'y posaient.
Au
gouffre que pour nous creusait la Destinée
Une
invisible main nous poussait acharnée.
Comme
un bourreau, craignant de nous voir échapper,
A
nos côtés marchait le Malheur inflexible.
Nous
portions une plaie à chaque endroit sensible,
Et
l'aveugle Hasard savait où nous frapper.

Peut-être
aurions-nous droit aux celestes délices ;
Non !
ce n'est point à nous de redouter l'enfer,
Car
nos fautes n'ont pas mérité de supplices :
Si
nous avons failli, nous avons tant souffert !
Eh
bien, nous renonçons même à cette espérance
D
'entrer dans ton royaume et de voir tes splendeurs,
Seigneur !
nous refusons jusqu'à ta récompense,
Et
nous ne voulons pas du prix de nos douleurs.

Nous
le savons, tu peux donner encor des ailes
Aux
âmes qui ployaient sous un fardeau trop lourd ;
Tu
peux, lorsqu'il te plaît, loin des sphères mortelles,
Les
élever à toi dans la grâce et l'amour ;
Tu
peux, parmi les chœurs qui chantent tes louanges,
A
tes pieds, sous tes yeux, nous mettre au premier rang,
Nous
faire couronner par la main de tes anges,
Nous
revêtir de gloire en nous transfigurant.
Tu
peux nous pénétrer d'une vigueur nouvelle,
Nous
rendre le désir que nous avions perdu…
Oui
, mais le Souvenir, cette ronce immortelle
Attachée
à nos cœurs, l'en arracheras-tu ?

Quand
de tes chérubins la phalange sacrée
Nous
saluerait élus en ouvrant les saints lieux,
Nous
leur crierions bientôt d'une voix éplorée :
« Nous
élus ? nous heureux ? Mais regardez nos yeux !
Les
pleurs y sont encor, pleurs amers, pleurs sans nombre.
Ah !
quoi que vous fassiez, ce voile épais et sombre
Nous
obscurcit vos cieux. »

Contre
leur gré pourqoui ranimer nos poussières ?
Que
t'en reviendra-t-il ? et que t'ont-elles fait ?
Tes
dons mêmes, après tant d'horribles misères,
Ne
sont plus un bienfait.

Au !
tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu
l'entends, tu le vois ! la Souffrance a vaincu.
Dans
un sommeil sans fin, ô puissance éternelle !
Laisse-nous
oublier que nous avons vécu.

Les Malheureux un poème de Louise Ackermann

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Satan de Louise Ackermann


Nous voilà donc encore une fois en présence,
Lui
le tyran divin, moi le vieux révolté.
Or
je suis la Justice, il n'est que la Puissance ;
A
qui va, de nous deux, rester l'Humanité ?
Ah !
tu comptais sans moi, Divinité funeste,
Lorsque
tu façonnais le premier couple humain,
Et
que dans ton Éden, sous ton regard céleste,
Tu
l'enfermas jadis au sortir de ta main.
Je
n'eus qu'à le voir là, languissant et stupide,
Comme
un simple animal errer et végéter,
Pour
concevoir soudain dans mon âme intrépide
L
'audacieux dessein de te le disputer.
Quoi !
je l'aurais laissée, au sein de la nature,
Sans
espoir à jamais s'engourdir en ce lieu ?
Je
l'aimais trop déjà, la faible créature,
Et
je ne pouvais pas l'abandonner à Dieu.
Contre
ta volonté, c'est moi qui l'ai fait naître,
Le
désir de savoir en cet être ébauché ;
Puisque
pour s'achever, pour penser, pour connaître,
Il
fallait qu'il péchât, eh bien ! il a péché.
Il
le prit de ma main, ce fruit de délivrance,
Qu
'il n'eût osé tout seul ni cueillir ni goûter :
Sortir
du fond obscur d'une éroite ignorance,
Ce
n'était point déchoir, non, non ! c'était monter.
Le
premier pas est fait, l'ascension commence ;
Ton
Paradis, tu peux le fermer à ton gré ;
Quand
tu l'eusses rouvert en un jour de clémence,
Le
noble fugitif n'y fût jamais rentré.
Ah !
plutôt le désert, plutôt la roche humide,
Que
ce jardin de fleurs et d'azur couronné !
C
'en est fait pour toujours du pauvre Adam timide ;
Voici
qu'un nouvel être a surgi : l'Homme est né !
L
'Homme, mon œuvre, à moi, car j'y mis tout moi-même :
Il
ne saurait tromper mes vœux ni mon dessein.
Défiant
ton courroux, par un effort suprême
J
'éveillai la raison qui dormait en son sein.
Cet
éclair faible encor, cette lueur première
Que
deviendra le jour, c'est de moi qu'il ta tient.
Nous
avons tous les deux créé notre lumière,
Oui
, mais mon Fiat lux l'emporte sur le tien !
Il
a du premier coup levé bien d'autres voiles
Que
ceux du vieux chaos où se jouait ta main.
Toi
, tu n'as que ton ciel pour semer tes étoiles ;
Pour
lancer mon soleil, moi, j'ai l'esprit humain !

Satan un poème de Louise Ackermann

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De la Lumière ! de Louise Ackermann


Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! »
Contre
l'obscurité luttant avec effort,
Ah !
Lui du moins déjà sentait sur sa paupière
Peser
le voile de la mort.

Nous
, pour le proférer ce même cri terrible,
Nous
avons devancé les affres du trépas ;
Notre
œil perçoit encore, oui ! Mais, supplice horrible !
C
'est notre esprit qui ne voit pas.

Il
tâtonne au hasard depuis des jours sans nombre,
A
chaque pas qu'il fait forcé de s'arrêter ;
Et
, bien loin de percer cet épais réseau d'ombre,
Il
peut à peine l'écarter.

Parfois
son désespoir confine à la démence.
Il
s'agite, il s'égare au sein de l'Inconnu,
Tout
prêt à se jeter, dans son angoisse immense,
Sur
le premier flambeau venu.

La
Foi lui tend le sien en lui disant : « J'éclaire !
Tu
trouveras en moi la fin de tes tourments. »
Mais
lui, la repoussant du geste avec colère,
A
déjà répondu : « Tu mens ! »

« Ton
prétendu flambeau n'a jamais sur la terre
Apporté
qu'un surcroît d'ombre et de cécité ;
Mais
réponds-nous d'abord : est-ce avec ton mystère
Que
tu feras de la clarté ? »

La
Science à son tour s'avance et nous appelle.
Ce
ne sont entre nous que veilles et labeurs.
Eh
bien ! Tous nos efforts à sa torche immortelle
N
'ont arraché que les lueurs.

Sans
doute elle a rendu nos ombres moins funèbres ;
Un
peu de jour s'est fait où ses rayons portaient ;
Mais
son pouvoir ne va qu'à chasser des ténèbres
Les
fantômes qui les hantaient.

Et
l'homme est là, devant une obscurité vide,
Sans
guide désormais, et tout au désespoir
De
n'avoir pu forcer, en sa poursuite avide,
L
'Invisible à se laisser voir.

Rien
ne le guérira du mal qui le possède ;
Dans
son âme et son sang il est enraciné,
Et
le rêve divin de la lumière obsède
A
jamais cet aveugle-né.

Qu
'on ne lui parle pas de quitter sa torture.
S
'il en souffre, il en vit ; c'est là son élément ;
Et
vous n'obtiendrez pas de cette créature
Qu
'elle renonce à son tourment.

De
la lumière donc ! Bien que ce mot n'exprime
Qu
'un désir sans espoir qui va s'exaspérant.
A
force d'être en vain poussé, ce cri sublime
Devient
de plus en plus navrant.

Et
, quand il s'éteindra, le vieux Soleil lui-même
Frissonnera
d'horreur dans son obscurité,
En
l'entendant sortir, comme un adieu suprême,
Des
lèvres de l'Humanité

De la Lumière ! un poème de Louise Ackermann

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La lyre d'Orphée de Louise Ackermann


Quand Orphée autrefois, frappé par les Bacchantes,
Près de l'Hèbre tomba, sur les vagues sanglantes
On vit longtemps encor sa lyre surnager.
Le fleuve au loin chantait sous le fardeau léger.
Le gai zéphyr s'émut; ses ailes amoureuses
Baisaient les cordes d'or, et les vagues heureuses

Comme pour l'arrêter, d'un effort doux et vain
S'empressaient à l'entour de l'instrument divin.
Les récifs, les îlots, le sable à son passage
S'est revêtu de fleurs, et cet âpre rivage
Voit soudain, pour toujours délivré des autans,
Au toucher de la lyre accourir le Printemps.

Ah ! que nous sommes loin de ces temps de merveilles !
Les ondes, les rochers, les vents n'ont plus d'oreilles,
Les coeurs même, les cœurs refusent de s'ouvrir,
Et la lyre en passant ne fait plus rien fleurir.

La lyre d'Orphée un poème de Louise Ackermann

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Un autre coeur de Louise Ackermann


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L'hyménée et l'amour de Louise Ackermann


Sur le seuil des enfers Eurydice éplorée
S'évaporait légère, et cette ombre adorée
À son époux en vain dans un suprême effort
Avait tendu les bras. Vers la nuit éternelle,
Par delà les flots noirs le Destin la rappelle ;
Déjà la barque triste a gagné l'autre bord.

Tout entier aux regrets de sa perte fatale,
Orphée erra longtemps sur la rive infernale.
Sa voix du nom chéri remplit ces lieux déserts.
Il repoussait du chant la douceur et les charmes ;
Mais, sans qu'il la touchât, sa lyre sous ses larmes
Rendait un son plaintif qui mourait dans les airs.

Enfin, las d'y gémir, il quitta ce rivage
Témoin de son malheur. Dans la Thrace sauvage
Il s'arrête, et là, seul, secouant la torpeur
Où le désespoir sombre endormait son génie,
Il laissa s'épancher sa tristesse infinie
En de navrants accords arrachés à son coeur.

Ce fut le premier chant de la douleur humaine
Que ce cri d'un époux et que sa plainte vaine ;
La parole et la lyre étaient des dons récents.
Alors la poésie émue et colorée
Voltigeait sans effort sur la lèvre inspirée
Dans la grâce et l'ampleur de ses jeunes accents.

Des sons harmonieux telle fut la puissance
Qu'elle adoucit bientôt cette amère souffrance ;
Un sanglot moins profond sort de ce sein brisé.
La Muse d'un sourire a calmé le poète ;
Il sent, tandis qu'il chante, une vertu secrète
Descendre lentement dans son coeur apaisé.

Et tout à coup sa voix qu'attendrissent encore
Les larmes qu'il versa, prend un accent sonore.
Son chant devient plus pur ; grave et mélodieux,
Il célèbre à la fois dans son élan lyrique
L'Hyménée et l'Amour, ce beau couple pudique
Qui marche heureux et fier sous le regard des Dieux.

Il les peint dans leur force et dans la confiance
De leurs voeux éternels. Sur le Temps qui s'avance
Ils ont leurs yeux fixés que nul pleur n'a ternis.
Leur présence autour d'eux répand un charme austère ;
Mais ces enfants du ciel descendus sur la terre
Ne sont vraiment divins que quand ils sont unis.

Oui, si quelque erreur triste un moment les sépare,
Dans leurs sentiers divers bientôt chacun s'égare.
Leur pied mal affermi trébuche à tout moment.
La Pudeur se détourne et les Grâces décentes,
Qui les suivaient, formant des danses innocentes,
Ont à l'instant senti rougir leur front charmant.

Eux seuls en l'enchantant font à l'homme éphémère
Oublier ses destins. Leur main douce et légère
Le soutient dans la vie et le guide au tombeau.
Si les temps sont mauvais et si l'horizon semble
S'assombrir devant eux, ils l'éclairent ensemble,
Appuyés l'un sur l'autre et n'ayant qu'un flambeau.

Pour mieux entendre Orphée, au sein de la nature
Tout se taisait ; les vents arrêtaient leur murmure.
Même les habitants de l'Olympe éthéré
Oubliaient le nectar ; devant leur coupe vide
Ils écoutaient charmés, et d'une oreille avide,
Monter vers eux la voix du mortel inspiré.

Ces deux divinités que chantait l'hymne antique
N'ont rien perdu pour nous de leur beauté pudique ;
Leur front est toujours jeune et serein. Dans leurs yeux
L'immortelle douceur de leur âme respire.
Calme et pur, le bonheur fleurit sous leur sourire ;
Un parfum sur leurs pas trahit encor les Dieux.

Bien des siècles ont fui depuis l'heure lointaine
Où la Thrace entendit ce chant ; sur l'âme humaine
Plus d'un souffle a passé; mais l'homme sent toujours
Battre le même coeur au fond de sa poitrine.
Gardons-nous d'y flétrir la fleur chaste et divine
De l'amour dans l'hymen éclose aux anciens jours.

L'âge est triste ; il pressent quelque prochaine crise.
Déjà plus d'un lien se relâche ou se brise.
On se trouble, on attend. Vers un but ignoré
Lorsque l'orage est là qui bientôt nous emporte,
Ah ! pressons, s'il se peut, d'une étreinte plus forte
Un coeur contre le nôtre, et dans un noeud sacré.

L'hyménée et l'amour un poème de Louise Ackermann

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La Belle au Bois dormant de Louise Ackermann


Une princesse, au fond des bois,
A dormi cent ans autrefois,
Oui, cent beaux ans, tout d'une traite.
L'enfant, dans sa fraîche retraite,
Laissait courir le temps léger.
Tout sommeillait à l'entour d'elle :
La brise n'eût pas de son aile
Fait la moindre feuille bouger ;
Le flot dormait sur le rivage ;
L'oiseau, perdu dans le feuillage,
Était sans voix et sans ébats ;
Sur sa tige fragile et verte
La rose restait entr'ouverte :
Cent printemps ne l'effeuillaient pas !
Le charme eût duré, je m'assure,
À jamais, sans le fils du roi.
Il pénétra dans cet endroit,
Et découvrit par aventure
Le trésor que Dieu lui gardait.
Un baiser, bien vite, il dépose
Sur la bouche qui, demi-close,
Depuis un siècle l'attendait.
La dame, confuse et vermeille,
À cet inconnu qui l'éveille
Sourit dans son étonnement.
Ô surprise toujours la même !
Sourire ému ! Baiser charmant !
L'amour est l'éveilleur suprême,
L'âme, la Belle au bois dormant.

La Belle au Bois dormant un poème de Louise Ackermann

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Le châtiment de la cuisson appliqué aux imposteurs de Alphonse Allais


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La vieillesse de Agénor Altaroche


Autrefois on vouait un saint culte au grand âge.
Quand
sur le sol tremblaient les autels chancelants,
Un
seul restait debout au milieu de l'orage,
L'autel des cheveux blancs.

La
vieillesse toujours, et dans Rome et dans Sparte,
Fut
l'arbitre des lois et du gouvernement.
Le
respect des vieillards de toute ancienne charte
Etait le fondement.

Les
jeunes gens couraient près d'une tête blanche,
Qu
'il était beau ce nœud qui, toujours enlacé,
Liait
le front adulte au front que le temps penche,
Le présent au passé !

Hélas
! elle n'est plus, cette ère de foi sainte !
La
vieillesse a perdu son antique pavois.
Elle
a suivi les Dieux : sa latrie est éteinte
Dans les mœurs, dans les lois.

En
notre âge pervers, pour la jeune moustache
On
a plus de respect que pour les blancs cheveux.
Le
vieillard-aujourd'hui n'est plus qu'une ganache,
Un radoteur, un vieux.

Mais
ce n'est point assez qu'on lance l’anathème,
De
nos jours, au vieillard autrefois vénéré.
Le
siècle peut montrer un vieillard... ô blasphème !
Fraîchement décoré !!!

Décoré
! c'est passer les bornes de l'insulte.
Décorer
un vieillard ! Un homme infirme encore !
C
'est digne d'un pouvoir qui garde pour tout culte
Le culte du Veau d'or.

N
'as-tu donc tant vécu que pour cette avanie ?
La
croix, ô Montlosier, la croix ! affreux malheur !
C
'est un lourd cauchemar qui, dans ton insomnie,
Pèsera sur ton cœur !

A
quoi donc t'ont servi les nombreuses pituites
Et
l'honneur amassés depuis quatre-vingts ans ?
Et
tes anciens combats contre les noirs jésuites,
Et tes patois récents ?

Quand
des petits journaux la lanière te blesse,
Le
pouvoir, te laissant dans un triste abandon,
Tare
grotesquement ta robe de vieillesse
De son rouge cordon.

C’est
montrer peu d'égards pour ta noble perruque.
Le
régime qu'on voit, de ton âge envieux,
Traiter
si lestement ta poitrine caduque,
Ne sera jamais vieux.

Toi
qui portes si bien le poids de ton grand âge,
Puisse-tu
, retrouvant ta primitive ardeur,
Avec
la même force et le même courage
Porter ta croix d'honneur !

La vieillesse un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 465)  Voter pour ce poème133 votes

Ça dépend du prix qu'on y met de Agénor Altaroche


Le Commerce enfante à la ronde
Les produits les plus merveilleux;
Le trafic est la loi du monde,
La chaîne des temps et des lieux.
La vente est publique ou secrète ;
Mais, hors les œuvres de Viennet,
Tout ici bas se vend, s'achète...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Mondor est fier de sa croix neuve.
Ce Mondor s'est donc fait un nom ?
Nullement.
Il a donc fait preuve de courage ou de talent? --- Non.
Mais il est riche, et sa main jette
Tout l'or que sa bouche promet...
Il aura bientôt la rosette,
Ça dépend du prix qu'on y met.

La jeune Lise se retranche
Dans sa vertueuse rigueur.
Un doigt touche à peine sa manche,
Qu'elle proteste avec vigueur.
Un richard s'offre à la rebelle ;
Sur un mot d'ordre elle l'admet.
Il prend tout, la manche et la belle...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Certain orateur dynastique
Tonne, de toute la hauteur
De son éloquence élastique,
Contre un régime corrupteur.
Qu'un mot dans l'oreille on lui glisse,
Un rhume opportun le soumet
Au régime.... de la réglisse.
Ça dépend du prix qu'on y met.

Caroline errait en Vendée
A travers buissons et périls.
Des rois la fille bien gardée
Échappait à nos alguazils.
Thiers, plus fin, à sa piste en voie
Une bourse au lieu d'un plumet.
Dans huit jours il aura sa proie...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Oyez tous les ans nos ministres;
« Pour arrêter dans son essor
L'anarchie aux projets sinistres,
Il nous faut des millions encor.
Trois millions... elle est expulsée,
Notre zèle vous le promet.
Un de plus, elle est écrasée...
Ça dépend du prix qu'on y met. »

Indépendant de contrebande,
Un auteur des plus abondants
Livre, par ordre et sur commande,
De fort mauvais Indépendants.
C'est qu'il attend maigre salaire
De la pratique qui commet.
Payé mieux, il eût su mieux faire...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Il n'est rien que l'or ne procure :
Succès dramatiques, pouvoir,
Noblesse, esprit, beauté, droiture,
Places, rang, louanges, savoir,
Serments saints, dévouements austères
Que d'un prince à l'autre on transmet,
Majorités parlementaires...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Le Commerce, hors les temps de crises
parfois à court il est pris,
Offre à tout prix des marchandises ,
Des gouvernements à tout prix.
Toile ou roi, ministre ou faïence, Demandez... On vous en remet
Pour votre argent en conscience...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Ça dépend du prix qu'on y met un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 472)  Voter pour ce poème127 votes

Les Yeux d'Elsa de Louis Aragon


Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai
vu tous les soleils y venir se mirer
S'y
jeter à mourir tous les désespérés
Tes
yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À
l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis
le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été
taille la nue au tablier des anges
Le
ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les
vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes
yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes
yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le
verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère
des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept
glaives ont percé le prisme des couleurs
Le
jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris
troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes
yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par
où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque
le coeur battant ils virent tous les trois
Le
manteau de Marie accroché dans la crèche

Une
bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour
toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop
peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il
leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant
accaparé par les belles images
Écarquille
les siens moins démesurément
Quand
tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On
dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils
des éclairs dans cette lavande
Des
insectes défont leurs amours violentes
Je
suis pris au filet des étoiles filantes
Comme
un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai
retiré ce radium de la pechblende
Et
j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô
paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes
yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il
advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur
des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi
je voyais briller au-dessus de la mer
Les
yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa


Les Yeux d'Elsa un poème de Louis Aragon

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Correspondances de Charles Baudelaire


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Chanson d’après-midi de Charles Baudelaire


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Charles Baudelaire (n° 456)  Voter pour ce poème677 votes

Sed non satiata de Charles Baudelaire


Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au
parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre
de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière
au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,

Je
préfère au constance, à l'opium, au nuits,
L
'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;
Quand
vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes
yeux sont la citerneboivent mes ennuis.

Par
ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô
démon sans pitié ! Verse-moi moins de flamme ;
Je
ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois,

Hélas
! Et je ne puis, mégère libertine,
Pour
briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans
l'enfer de ton lit devenir Proserpine !

Sed non satiata un poème de Charles Baudelaire

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