Poème foudre - 9 Poèmes sur foudre


9 poèmes


Phonétique (Cliquez pour la liste complète) : fader fadera faderai faderais faderait faderas fadeur fadeurs faudra faudrai faudrais faudrait faudras fédéra fédérai fédérais fédérait fédéras fédérât fédère fédéré fédérée fédérées Federer fédérer fédérera fédérerai fédérerais fédérerait ...

Prométhée de Louise Ackermann


Frappe encor, Jupiter, accable-moi, mutile
L
'ennemi terrassé que tu sais impuissant !
Écraser
n'est pas vaincre, et ta foudre inutile
S
'éteindra dans mon sang,

Avant
d'avoir dompté l'héroïque pensée
Qui
fait du vieux Titan un révolté divin ;
C
'est elle qui te brave, et ta rage insensée
N
'a cloué sur ces monts qu'un simulacre vain.
Tes
coups n'auront porté que sur un peu d'argile ;
Libre
dans les liens de cette chair fragile,
L
'âme de Prométhée échappe à ta fureur.
Sous
l'ongle du vautour qui sans fin me dévore,
Un
invisible amour fait palpiter encore
Les
lambeaux de mon cœur.

Si
ces pics désolés que la tempête assiège
Ont
vu couler parfois sur leur manteau de neige
Des
larmes que mes yeux ne pouvaient retenir,
Vous
le savez, rochers, immuables murailles
Que
d'horreur cependant je sentais tressaillir,
La
source de mes pleurs était dans mes entrailles ;
C
'est la compassion qui les a fait jaillir.

Ce
n'était point assez de mon propre martyre ;
Ces
flancs ouverts, ce sein qu'un bras divin déchire
Est
rempli de pitié pour d'autres malheureux.
Je
les vois engager une lutte éternelle ;
L
'image horrible est là ; j'ai devant la prunelle
La
vision des maux qui vont fondre sur eux.
Ce
spectacle navrant m'obsède et m'exaspère.
Supplice
intolérable et toujours renaissant,
Mon
vrai, mon seul vautour, c'est la pensée amère
Que
rien n'arrachera ces germes de misére
Que
ta haine a semés dans leur chair et leur sang.

Pourtant
, ô Jupiter, l'homme est ta créature ;
C
'est toi qui l'as conçu, c'est toi qui l'as formé,
Cet
être déplorable, infirme, désarmé,
Pour
qui tout est danger, épouvante, torture,
Qui
, dans le cercle étroit de ses jours enfermé,
Étouffe
et se débat, se blesse et se lamente.
Ah !
quand tu le jetas sur la terre inclémente,
Tu
savais quels fléaux l'y devaient assaillir,
Qu
'on lui disputerait sa place et sa pâture,
Qu
'un souffle l'abattrait, que l'aveugle Nature
Dans
son indifférence allait l'ensevelir.
Je
l'ai trouvé blotti sous quelque roche humide,
Ou
rampant dans les bois, spectre hâve et timide
Qui
n'entendait partout que gronder et rugir,
Seul
affamé, seul triste au grand banquet des êtres,
Du
fond des eaux, du sein des profondeurs champêtres
Tremblant
toujours de voir un ennemi surgir.

Mais
quoi ! sur cet objet de ta haine immortelle,
Imprudent
que j'étais, je me suis attendri ;
J
'allumai la pensée et jetai l'étincelle
Dans
cet obscur limon dont tu l'avais pétri.
Il
n'était qu'ébauché, j'achevai ton ouvrage.
Plein
d'espoir et d'audace, en mes vastes desseins
J
'aurais sans hésiter mis les cieux au pillage,
Pour
le doter après du fruit de mes larcins.
Je
t'ai ravi le feu ; de conquête en conquête
J
'arrachais de tes mains ton sceptre révéré.
Grand
Dieu ! ta foudre à temps éclata sur ma tête ;
Encore
un attentat, l'homme était délivré !

La
voici donc ma faute, exécrable et sublime.
Compatir
, quel forfait ! Se dévouer, quel crime !
Quoi !
j'aurais, impuni, défiant tes rigueurs,
Ouvert
aux opprimés mes bras libérateurs ?
Insensé !
m'être ému quand la pitié s'expie !
Pourtant
c'est Prométhée, oui, c'est ce même impie
Qui
naguère t'aidait à vaincre les Titans.
J
'étais à tes côtés dans l'ardente mêlée ;
Tandis
que mes conseils guidaient les combattants,
Mes
coups faisaient trembler la demeure étoilée.
Il
s'agissait pour moi du sort de l'univers :
Je
voulais en finir avec les dieux pervers.

Ton
règne allait m'ouvrir cette ère pacifique
Que
mon cœur transporté saluait de ses vœux.
En
son cours éthéré le soleil magnifique
N
'aurait plus éclairé que des êtres heureux.
La
Terreur s'enfuyait en écartant les ombres
Qui
voilaient ton sourire ineffable et clément,
Et
le réseau d'airain des Nécessités sombres
Se
brisait de lui-même aux pieds d'un maître aimant.
Tout
était joie, amour, essor, efflorescence ;
Lui-même
Dieu n'était que le rayonnement
De
la toute-bonté dans la toute-puissance.

O
mes désirs trompés ! O songe évanoui !
Des
splendeurs d'un tel rêve, encor l'œil ébloui,
Me
retrouver devant l'iniquité céleste.
Devant
un Dieu jaloux qui frappe et qui déteste,
Et
dans mon désespoir me dire avec horreur :
« Celui
qui pouvait tout a voulu la douleur ! »

Mais
ne t'abuse point ! Sur ce roc solitaire
Tu
ne me verras pas succomber en entier.
Un
esprit de révolte a transformé la terre,
Et
j'ai dès aujourd'hui choisi mon héritier.
Il
poursuivra mon œuvre en marchant sur ma trace,
qu'il est comme moi pour tenter et souffrir.
Aux
humains affranchis je lègue mon audace,
Héritage
sacré qui ne peut plus périr.
La
raison s'affermit, le doute est prêt à naître.
Enhardis
à ce point d'interroger leur maître,
Des
mortels devant eux oseront te citer :
Pourquoi
leurs maux ? Pourquoi ton caprice et ta haine ?
Oui
, ton juge t'attend, - la conscience humaine ;
Elle
ne peut t'absoudre et va te rejeter.

Le
voilà, ce vengeur promis à ma détresse !
Ah !
quel souffle épuré d'amour et d'allégresse
En
traversant le monde enivrera mon cœur
Le
jour où, moins hardie encor que magnanime,
Au
lieu de l'accuser, ton auguste victime
Niera
son oppresseur !

Délivré
de la Foi comme d'un mauvais rêve,
L
'homme répudiera les tyrans immortels,
Et
n'ira plus, en proie à des terreurs sans trêve,
Se
courber lâchement au pied de tes autels.
Las
de le trouver sourd, il croira le ciel vide.
Jetant
sur toi son voile éternel et splendide,
La
Nature déjà te cache à son regard ;
Il
ne découvrira dans l'univers sans borne,
Pour
tout Dieu désormais, qu'un couple aveugle et morne,
La
Force et le Hasard.

Montre-toi
, Jupiter, éclate alors, fulmine,
Contre
ce fugitif à ton joug échappé !
Refusant
dans ses maux de voir ta main divine,
Par
un pouvoir fatal il se dira frappé.
Il
tombera sans peur, sans plainte, sans prière ;
Et
quand tu donnerais ton aigle et ton tonnerre
Pour
l'entendre pousser, au fort de son tourment,
Un
seul cri qui t'atteste, une injure, un blasphème,
Il
restera muet : ce silence suprême
Sera
ton châtiment.

Tu
n'auras plus que moi dans ton immense empire
Pour
croire encore en toi, funeste Déité.
Plutôt
nier le jour ou l'air que je respire
Que
ta puissance inique et que ta cruauté.
Perdu
dans cet azur, sur ces hauteurs sublimes,
Ah !
j'ai vu de trop près tes fureurs et tes crimes ;
J
'ai sous tes coups déjà trop souffert, trop saigné ;
Le
doute est impossible à mon cœur indigné.
Oui !
tandis que du Mal, œuvre de ta colère,
Renonçant
désormais à sonder le mystère,
L
'esprit humain ailleurs portera son flambeau,
Seul
je saurai le mot de cette énigme obscure,
Et
j'aurai reconnu, pour comble de torture,
Un
Dieu dans mon bourreau.

Prométhée un poème de Louise Ackermann

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La guerre de Louise Ackermann


I

Du
fer, du feu, du sang ! C'est elle ! c'est la Guerre
Debout
, le bras levé, superbe en sa colère,
Animant
le combat d'un geste souverain.
Aux
éclats de sa voix s'ébranlent les armées ;
Autour
d'elle traçant des lignes enflammées,
Les
canons ont ouvert leurs entrailles d'airain.

Partout
chars, cavaliers, chevaux, masse mouvante !
En
ce flux et reflux, sur cette mer vivante,
A
son appel ardent l'épouvante s'abat.
Sous
sa main qui frémit, en ses desseins féroces,
Pour
aider et fournir aux massacres atroces
Toute
matière est arme, et tout homme soldat.

Puis
, quand elle a repu ses yeux et ses oreilles
De
spectacles navrants, de rumeurs sans pareilles,
Quand
un peuple agonise en son tombeau couché,
Pâle
sous ses lauriers, l'âme d'orgueil remplie,
Devant
l'œuvre achevée et la tâche accomplie,
Triomphante
elle crie à la Mort: « Bien fauché ! »

Oui
, bien fauché ! Vraiment la récolte est superbe ;
Pas
un sillon qui n'ait des cadavres pour gerbe !
Les
plus beaux, les plus forts sont les premiers frappés.
Sur
son sein dévasté qui saigne et qui frissonne
L
'Humanité, semblable au champ que l'on moissonne,
Contemple
avec douleur tous ces épis coupés.

Hélas !
au gré du vent et sous sa douce haleine
Ils
ondulaient au loin, des coteaux à la plaine,
Sur
la tige encor verte attendant leur saison.
Le
soleil leur versait ses rayons magnifiques ;
Riches
de leur trésor, sous les cieux pacifiques,
Ils
auraient pu mûrir pour une autre moisson.


II

Si
vivre c'est lutter, à l'humaine énergie
Pourquoi
n'ouvrir jamais qu'une arène rougie ?
Pour
un prix moins sanglant que les morts que voilà
L
'homme ne pourrait-il concourir et combattre ?
Manque-t-il
d'ennemis qu'il serait beau d'abattre ?
Le
malheureux ! il cherche, et la Misère est là !

Qu
'il lui crie : « A nous deux ! » et que sa main virile
S
'acharne sans merci contre ce flanc stérile
Qu
'il s'agit avant tout d'atteindre et de percer.
A
leur tour, le front haut, l'Ignorance et le Vice,
L
'un sur l'autre appuyé, l'attendent dans la lice :
Qu
'il y descende donc, et pour les terrasser.

A
la lutte entraînez les nations entières.
Délivrance
partout ! effaçant les frontières,
Unissez
vos élans et tendez-vous la main.
Dans
les rangs ennemis et vers un but unique,
Pour
faire avec succès sa trouée héroïque,
Certes
ce n'est pas trop de tout l'effort humain.

L
'heure semblait propice, et le penseur candide
Croyait
, dans le lointain d'une aurore splendide,
Voir
de la Paix déjà poindre le front tremblant.
On
respirait. Soudain, la trompette à la bouche,
Guerre
, tu reparais, plus âpre, plus farouche,
Écrasant
le progrès sous ton talon sanglant.

C
'est à qui le premier, aveuglé de furie,
Se
précipitera vers l'immense tuerie.
A
mort ! point de quartier ! L'emporter ou périr!
Cet
inconnu qui vient des champs ou de la forge
Est
un frère ; il fallait l'embrasser, - on l'égorge.
Quoi !
lever pour frapper des bras faits pour s'ouvrir !

Les
hameaux, les cités s'écroulent dans les flammes.
Les
pierres ont souffert ; mais que dire des âmes ?
Près
des pères les fils gisent inanimés.
Le
Deuil sombre est assis devant les foyers vides,
Car
ces monceaux de morts, inertes et livides,
Étaient
des cœurs aimants et des êtres aimés.

Affaiblis
et ployant sous la tâche infinie,
Recommence
, Travail ! rallume-toi, Génie !
Le
fruit de vos labeurs est broyé, dispersé.
Mais
quoi ! tous ces trésors ne formaient qu'un domaine ;
C
'était le bien commun de la famille humaine,
Se
ruiner soi-même, ah ! c'est être insensé !

Guerre
, au seul souvenir des maux que tu déchaînes,
Fermente
au fond des cœurs le vieux levain des haines ;
Dans
le limon laissé par tes flots ravageurs
Des
germes sont semés de rancune et de rage,
Et
le vaincu n'a plus, dévorant son outrage,
Qu
'un désir, qu'un espoir : enfanter des vengeurs.

Ainsi
le genre humain, à force de revanches,
Arbre
découronné, verra mourir ses branches,
Adieu
, printemps futurs ! Adieu, soleils nouveaux !
En
ce tronc mutilé la sève est impossible.
Plus
d'ombre, plus de fleurs ! et ta hache inflexible,
Pour
mieux frapper les fruits, a tranché les rameaux.


III

Non
, ce n'est point à nous, penseur et chantre austère,
De
nier les grandeurs de la mort volontaire ;
D
'un élan généreux il est beau d'y courir.
Philosophes
, savants, explorateurs, apôtres,
Soldats
de l'Idéal, ces héros sont les nôtres :
Guerre !
ils sauront sans toi trouver pour qui mourir.

Mais
à ce fier brutal qui frappe et qui mutile,
Aux
exploits destructeurs, au trépas inutile,
Ferme
dans mon horreur, toujours je dirai : « Non ! »
O
vous que l'Art enivre ou quelque noble envie,
Qui
, débordant d'amour, fleurissez pour la vie,
On
ose vous jeter en pâture au canon !

Liberté
, Droit, Justice, affaire de mitraille !
Pour
un lambeau d'Etat, pour un pan de muraille,
Sans
pitié, sans remords, un peuple est massacré.
-
Mais il est innocent ! - Qu'importe ? On l'extermine.
Pourtant
la vie humaine est de source divine :
N
'y touchez pas, arrière ! Un homme, c'est sacré !

Sous
des vapeurs de poudre et de sang, quand les astres
Pâlissent
indignés parmi tant de désastres,
Moi-même
à la fureur me laissant emporter,
Je
ne distingue plus les bourreaux des victimes ;
Mon
âme se soulève, et devant de tels crimes
Je
voudrais être foudre et pouvoir éclater.

Du
moins te poursuivant jusqu'en pleine victoire,
A
travers tes lauriers, dans les bras de l'Histoire
Qui
, séduite, pourrait t'absoudre et te sacrer,
O
Guerre, Guerre impie, assassin qu'on encense,
Je
resterai, navrée et dans mon impuissance,
Bouche
pour te maudire, et cœur pour t'exécrer !

La guerre un poème de Louise Ackermann

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Mon Livre de Louise Ackermann


Je ne vous offre plus pour toutes mélodies
Que
des cris de révolte et des rimes hardies.
Oui !
Mais en m'écoutant si vous alliez pâlir ?
Si
, surpris des éclats de ma verve imprudente,
Vous
maudissez la voix énergique et stridente
Qui
vous aura fait tressaillir ?

Pourtant
, quand je m'élève à des notes pareilles,
Je
ne prétends blesser les cœurs ni les oreilles.
Même
les plus craintifs n'ont point à s'alarmer ;
L
'accent désespéré sans doute ici domine,
Mais
je n'ai pas tiré ces sons de ma poitrine
Pour
le plaisir de blasphémer.

Comment ?
la Liberté déchaîne ses colères ;
Partout
, contre l'effort des erreurs séculaires ;
La
Vérité combat pour s'ouvrir un chemin ;
Et
je ne prendrais pas parti de ce grand drame ?
Quoi !
ce cœur qui bat là, pour être un cœur de femme,
En
est-il moins un cœur humain ?

Est-ce
ma faute à moi si dans ces jours de fièvre
D
'ardentes questions se pressent sur ma lèvre ?
Si
votre Dieu surtout m'inspire des soupçons ?
Si
la Nature aussi prend des teintes funèbres,
Et
si j'ai de mon temps, le long de mes vertèbres,
Senti
courir tous les frissons ?

Jouet
depuis longtemps des vents et de la houle,
Mon
bâtiment fait eau de toutes parts ; il coule.
La
foudre seule encore à ses signaux répond.
Le
voyant en péril et loin de toute escale,
Au
lieu de m'enfermer tremblante à fond de cale,
J
'ai voulu monter sur le pont.

À
l'écart, mais debout, là, dans leur lit immense
J
'ai contemplé le jeu des vagues en démence.
Puis
, prévoyant bientôt le naufrage et la mort,
Au
risque d'encourir l'anathème ou le blâme,
À
deux mains j'ai saisi ce livre de mon âme,
Et
j'ai lancé par-dessus bord.

C
'est mon trésor unique, amassé page à page.
À
le laisser au fond d'une mer sans rivage
Disparaître
avec moi je n'ai pu consentir.
En
dépit du courant qui l'emporte ou l'entrave,
Qu
'il se soutienne donc et surnage en épave
Sur
ces flots qui vont m'engloutir !


Paris, 7 janvier 1874.


Mon Livre un poème de Louise Ackermann

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Le nuage de Louise Ackermann


Levez les yeux ! C'est moi qui passe sur vos têtes,
Diaphane
et léger, libre dans le ciel pur ;
L
'aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je
plonge et nage en plein azur.

Comme
un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré
par l'aurore et le soir tour à tour,
Miroir
aérien, je reflète au passage
Les
sourires changeants du jour.

Le
soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché
sur l'horizon dont j'enflamme le bord ;
Dans
mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance
en fuyant ses flèches d'or.

Quand
la lune, écartant son cortège d'étoiles,
Jette
un regard pensif sur le monde endormi,
Devant
son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou
je les soulève à demi.

On
croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand
, d'un bond furieux fendant l'air ébranlé,
L
'ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S
'assied comme un pilote ailé.

Dans
les champs de l'éther je livre des batailles ;
La
ruine et la mort ne sont pour moi qu'un jeu.
Je
me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La
foudre et ses hydres de feu.

Sur
le sol altéré je m'épanche en ondées.
La
terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C
'est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L
'épi qui nourrit les humains.

j'ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le
sillon que j'enivre enfante avec ardeur.
Je
suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché
dans la source ou la fleur.

Un
fleuve me recueille, il m'emporte, et je coule
Comme
une veine au cœur des continents profonds.
Sur
les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou
s'engouffre à travers les monts.

Rien
ne m'arrête plus ; dans mon élan rapide
J
'obéis au courant, par le désir poussé,
Et
je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu
'un bras invisible a lancé.

Océan
, ô mon père ! Ouvre ton sein, j'arrive !
Tes
flots tumultueux m'ont déjà répondu ;
Ils
accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant
leur accueil éperdu.

En
ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour
des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous
allons, confondus, recommencer ensemble
Nos
fureurs et nos jeux sans fin.

Mais
le soleil, baissant vers toi son œil splendide,
M
'a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son
rayon tout puissant baise mon front limpide :
J
'ai repris le chemin des airs !

Ainsi
, jamais d'arrêt. L'immortelle matière
Un
seul instant encor n'a pu se reposer.
La
Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que
dissoudre et recomposer.

Tout
se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout
le mouvement incessant et divers,
Dans
le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant
l'immense univers.


Le nuage un poème de Louise Ackermann

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Le cri de Louise Ackermann


Lorsque le passager, sur un vaisseau qui sombre,
Entend autour de lui les vagues retentir,
Qu'a perte de regard la mer immense et sombre
Se soulève pour l'engloutir,

Sans espoir de salut et quand le pont s'entr'ouvre,
Parmi les mâts brisés, terrifié, meurtri,
Il redresse son front hors du flot qui le couvre,
Et pousse au large un dernier cri.

Cri vain ! cri déchirant ! L'oiseau qui plane ou passe
Au delà du nuage a frissonné d'horreur,
Et les vents déchaînés hésitent dans l'espace
À l'étouffer sous leur clameur.

Comme ce voyageur, en des mers inconnues,
J'erre et vais disparaître au sein des flots hurlants ;
Le gouffre est à mes pieds, sur ma tête les nues
S'amoncellent, la foudre aux flancs.

Les ondes et les cieux autour de leur victime
Luttent d'acharnement, de bruit, d'obscurité ;
En proie à ces conflits, mon vaisseau sur l'abîme
Court sans boussole et démâté.

Mais ce sont d'autres flots, c'est un bien autre orage
Qui livre des combats dans les airs ténébreux ;
La mer est plus profonde et surtout le naufrage
Plus complet et plus désastreux.

Jouet de l'ouragan qui l'emporte et le mène,
Encombré de trésors et d'agrès submergés,
Ce navire perdu, mais c'est la nef humaine,
Et nous sommes les naufragés.

L'équipage affolé manœuvre en vain dans l'ombre ;
L'Épouvante est à bord, le Désespoir, le Deuil ;
Assise au gouvernail, la Fatalité sombre
Le dirige vers un écueil.

Moi, que sans mon aveu l'aveugle Destinée
Embarqua sur l'étrange et frêle bâtiment,
Je ne veux pas non plus, muette et résignée,
Subir mon engloutissement.

Puisque, dans la stupeur des détresses suprêmes,
Mes pâles compagnons restent silencieux,
À ma voix d'enlever ces monceaux d'anathèmes
Qui s'amassent contre les cieux.

Afin qu'elle éclatât d'un jet plus énergique,
J'ai, dans ma résistance à l'assaut des flots noirs,
De tous les cœurs en moi, comme en un centre unique,
Rassemblé tous les désespoirs.

Qu'ils vibrent donc si fort, mes accents intrépides,
Que ces mêmes cieux sourds en tressaillent surpris ;
Les airs n'ont pas besoin, ni les vagues stupides,
Pour frissonner d'avoir compris.

Ah ! c'est un cri sacré que tout cri d'agonie :
Il proteste, il accuse au moment d'expirer.
Eh bien ! ce cri d'angoisse et d'horreur infinie,
Je l'ai jeté ; je puis sombrer !

Le cri un poème de Louise Ackermann

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Prête aux baisers résurrecteurs de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


Pauvre je ne peux pas vivre dans l'ignorance
Il me faut voir entendre et abuser
T
'entendre nue et te voir nue
Pour
abuser de tes caresses

Par
bonheur ou par malheur
Je
connais ton secret pas cœur
Toutes
les portes de ton empire
Celle
des yeux celle des mains
Des
seins et de ta bouchechaque langue fond
ET
la porte du temps ouverte entre tes jambes
La
fleur des nuits d'été aux lèvres de la foudre
Au
seuil du paysage où la fleur rit et pleure
Tout
en gardant cette pâleur de perle morte
Tout
en donnant ton cœur tout en ouvrant tes jambes

Tu
es comme la mer tu berces les étoiles
Tu
es le champ d'amour tu lies et tu sépares
Les
amants et les fous
Tu
es la faim le pain la soif l'ivresse haute

Et
le dernier mariage entre rêve et vertu.

Prête aux baisers résurrecteurs un poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

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Une brise de danses de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


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Le Lièvre et les Grenouilles de Jean de La Fontaine


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Souvenir de Alfred de Musset


J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir
En
osant te revoir, place à jamais sacrée,
Ô
la plus chère tombe et la plus ignorée
dorme un souvenir !

Que
redoutiez-vous donc de cette solitude,
Et
pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,
Alors
qu'une si douce et si vieille habitude
Me
montrait ce chemin ?

Les
voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et
ces pas argentins sur le sable muet,
Ces
sentiers amoureux, remplis de causeries,
son bras m'enlaçait.

Les
voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette
gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces
sauvages amis, dont l'antique murmure
A
bercé mes beaux jours.

Les
voilà, ces buissonstoute ma jeunesse,
Comme
un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux
charmants, beau désertpassa ma maîtresse,
Ne
m'attendiez-vous pas ?

Ah
! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces
larmes que soulève un cœur encor blessé !
Ne
les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce
voile du passé !

Je
ne viens point jeter un regret inutile
Dans
l'écho de ces bois témoins de mon bonheur.
Fière
est cette forêt dans sa beauté tranquille,
Et
fier aussi mon cœur.

Que
celui-là se livre à des plaintes amères,
Qui
s'agenouille et prie au tombeau d'un ami.
Tout
respire en ces lieux ; les fleurs des cimetières
Ne
poussent point ici.

Voyez
! la lune monte à travers ces ombrages.
Ton
regard tremble encor, belle reine des nuits;
Mais
du sombre horizon déjà tu te dégages,
Et
tu t'épanouis.

Ainsi
de cette terre, humide encor de pluie,
Sortent
, sous tes rayons, tous les parfums du jour;
Aussi
calme, aussi pur, de mon âme attendrie
Sort
mon ancien amour.

Que
sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?
Tout
ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant;
Et
rien qu'en regardant cette vallée amie
Je
redeviens enfant.

Ô
puissance du temps ! ô légères années !
Vous
emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets;
Mais
la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées
Vous
ne marchez jamais.

Tout
mon cœur te bénit, bonté consolatrice !
Je
n'aurais jamais cru que l'on pût tant souffrir
D
'une telle blessure, et que sa cicatrice
Fût
si douce à sentir.

Loin
de moi les vains mots, les frivoles pensées,
Des
vulgaires douleurs linceul accoutumé,
Que
viennent étaler sur leurs amours passées
Ceux
qui n'ont point aimé !

Dante
, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère
Qu
'un souvenir heureux dans les jours de douleur ?
Quel
chagrin t'a dicté cette parole amère,
Cette
offense au malheur ?

En
est-il donc moins vrai que la lumière existe,
Et
faut-il l'oublier du moment qu'il fait nuit ?
Est-ce
bien toi, grande âme immortellement triste,
Est-ce
toi qui l'as dit ?

Non
, par ce pur flambeau dont la splendeur m'éclaire,
Ce
blasphème vanté ne vient pas de ton cœur.
Un
souvenir heureux est peut-être sur terre
Plus
vrai que le bonheur.

Eh
quoi ! l'infortuné qui trouve une étincelle
Dans
la cendre brûlantedorment ses ennuis,
Qui
saisit cette flamme et qui fixe sur elle
Ses
regards éblouis ;

Dans
ce passé perdu quand son âme se noie,
Sur
ce miroir brisé lorsqu'il rêve en pleurant,
Tu
lui dis qu'il se trompe, et que sa faible joie
N
'est qu'un affreux tourment !

Et
c'est à ta Françoise, à ton ange de gloire,
Que
tu pouvais donner ces mots à prononcer,
Elle
qui s'interrompt, pour conter son histoire,
D
'un éternel baiser !

Qu
'est-ce donc, juste Dieu, que la pensée humaine,
Et
qui pourra jamais aimer la vérité,
S
'il n'est joie ou douleur si juste et si certaine
Dont
quelqu'un n'ait douté ?

Comment
vivez-vous donc, étranges créatures ?
Vous
riez, vous chantez, vous marchez à grands pas;
Le
ciel et sa beauté, le monde et ses souillures
Ne
vous dérangent pas ;

Mais
, lorsque par hasard le destin vous ramène
Vers
quelque monument d'un amour oublié,
Ce
caillou vous arrête, et cela vous fait peine
Qu
'il vous heurte le pied.

Et
vous criez alors que la vie est un songe ;
Vous
vous tordez les bras comme en vous réveillant,
Et
vous trouvez fâcheux qu'un si joyeux mensonge
Ne
dure qu'un instant.

Malheureux
! cet instantvotre âme engourdie
A
secoué les fers qu'elle traîne ici-bas,
Ce
fugitif instant fut toute votre vie ;
Ne
le regrettez pas !

Regrettez
la torpeur qui vous cloue à la terre,
Vos
agitations dans la fange et le sang,
Vos
nuits sans espérance et vos jours sans lumière
C
'est là qu'est le néant !

Mais
que vous revient-il de vos froides doctrines ?
Que
demandent au ciel ces regrets inconstants
Que
vous allez semant sur vos propres ruines,
À
chaque pas du Temps ?

Oui
, sans doute, tout meurt; ce monde est un grand rêve,
Et
le peu de bonheur qui nous vient en chemin,
Nous
n'avons pas plus tôt ce roseau dans la main,
Que
le vent nous l'enlève.

Oui
, les premiers baisers, oui, les premiers serments
Que
deux êtres mortels échangèrent sur terre,
Ce
fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents,
Sur
un roc en poussière.

Ils
prirent à témoin de leur joie éphémère
Un
ciel toujours voilé qui change à tout moment,
Et
des astres sans nom que leur propre lumière
Dévore
incessamment.

Tout
mourait autour d'eux, l'oiseau dans le feuillage,
La
fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs pieds,
La
source desséchéevacillait l'image
De
leurs traits oubliés ;

Et
sur tous ces débris joignant leurs mains d'argile,
Étourdis
des éclairs d'un instant de plaisir,
Ils
croyaient échapper à cet Être immobile
Qui
regarde mourir !

-
Insensés ! dit le sage ? Heureux ! dit le poète.
Et
quels tristes amours as-tu donc dans le cœur,
Si
le bruit du torrent te trouble et t'inquiète,
Si
le vent te fait peur ?

J
'ai vu sous le soleil tomber bien d'autres choses
Que
les feuilles des bois et l'écume des eaux,
Bien
d'autres s'en aller que le parfum des roses
Et
le chant des oiseaux.

Mes
yeux ont contemplé des objets plus funèbres
Que
Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus
affreux que le toast à l'ange des ténèbres
Porté
par Roméo.

J
'ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenue
elle-même un sépulcre blanchi,
Une
tombe vivanteflottait la poussière
De
notre mort chéri,

De
notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous
avions sur nos cœurs si doucement bercé !
C
'était plus qu'une vie, hélas ! c'était un monde
Qui
s'était effacé !

Oui
, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je
l'ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses
lèvres s'entrouvraient, et c'était un sourire,
Et
c'était une voix ;

Mais
non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces
regards adorés dans les miens confondus;
Mon
cœur, encor plein d'elle, errait sur son visage,
Et
ne la trouvait plus.

Et
pourtant j'aurais pu marcher alors vers elle,
Entourer
de mes bras ce sein vide et glacé,
Et
j'aurais pu crier : Qu'as-tu fait, infidèle,
Qu
'as-tu fait du passé ?

Mais
non : il me semblait qu'une femme inconnue
Avait
pris par hasard cette voix et ces yeux;
Et
je laissai passer cette froide statue
En
regardant les cieux.

Eh
bien ! ce fut sans doute une horrible misère
Que
ce riant adieu d'un être inanimé.
Eh
bien ! qu'importe encore ? Ô nature ! ô ma mère !
En
ai-je moins aimé ?

La
foudre maintenant peut tomber sur ma tête ;
Jamais
ce souvenir ne peut m'être arraché !
Comme
le matelot brisé par la tempête,
Je
m'y tiens attaché.

Je
ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent ;
Ni
ce qu'il adviendra du simulacre humain,
Ni
si ces vastes cieux éclaireront demain
Ce
qu'ils ensevelissent.

Je
me dis seulement : À cette heure, en ce lieu,
Un
jour, je fus aimé, j'aimais, elle était belle.
J
'enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et
je l'emporte à Dieu !

Souvenir un poème de Alfred de Musset

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