Poème cache - 21 Poèmes sur cache


21 poèmes


Phonétique (Cliquez pour la liste complète) : cacha cachai cachais cachait cachas cachât cache caché cachée cachées caches cachés cachet cacheté cachot cachou cachous Cauchy coach coaches cocha cochai cochais cochait cochas cochât coche coché cochée ...

La Nature à l’Homme de Louise Ackermann


Dans tout l'enivrement d'un orgueil sans mesure,
Ébloui
des lueurs de ton esprit borné,
Homme
, tu m'as crié : « Repose-toi, Nature !
Ton
œuvre est close : je suis né ! »

Quoi !
lorsqu'elle a l'espace et le temps devant elle,
Quand
la matière est là sous son doigt créateur,
Elle
s'arrêterait, l'ouvrière immortelle,
Dans
l'ivresse de son labeur?

Et
c'est toi qui serais mes limites dernières ?
L
'atome humain pourrait entraver mon essor ?
C
'est à cet abrégé de toutes les misères
Qu
'aurait tendu mon long effort ?

Non
, tu n'es pas mon but, non, tu n'es pas ma borne
A
te franchir déjà je songe en te créant ;
Je
ne viens pas du fond de l'éternité morne.
Pour
n'aboutir qu'à ton néant.

Ne
me vois-tu donc pas, sans fatigue et sans trêve,
Remplir
l'immensité des œuvres de mes mains ?
Vers
un terme inconnu, mon espoir et mon rêve,
M
'élancer par mille chemins,

Appelant
, tour à tour patiente ou pressée,
Et
jusqu'en mes écarts poursuivant mon dessein,
A
la forme, à la vie et même à la pensée
La
matière éparse en mon sein ?

J
'aspire ! C'est mon cri, fatal, irrésistible.
Pour
créer l'univers je n'eus qu'à le jeter ;
L
'atome s'en émut dans sa sphère invisible,
L
'astre se mit à graviter.

L
'éternel mouvement n'est que l'élan des choses
Vers
l'idéal sacré qu'entrevoit mon désir ;
Dans
le cours ascendant de mes métamorphoses
Je
le poursuis sans le saisir ;

Je
le demande aux cieux, à l'onde, à l'air fluide,
Aux
éléments confus, aux soleils éclatants ;
S
'il m'échappe ou résiste à mon étreinte avide,
Je
le prendrai des mains du Temps.

Quand
j'entasse à la fois naissances, funérailles,
Quand
je crée ou détruis avec acharnement,
Que
fais-je donc, sinon préparer mes entrailles
Pour
ce suprême enfantement ?

Point
d'arrêt à mes pas, point de trêve à ma tâche !
Toujours
recommencer et toujours repartir.
Mais
je n'engendre pas sans fin et sans relâche
Pour
le plaisir d'anéantir.

J
'ai déjà trop longtemps fait œuvre de marâtre,
J
'ai trop enseveli, j'ai trop exterminé,
Moi
qui ne suis au fond que la mère idolâtre
D
'un seul enfant qui n'est pas né.

Quand
donc pourrai-je enfin, émue et palpitante,
Après
tant de travaux et tant d'essais ingrats,
A
ce fils de mes vœux et de ma longue attente
Ouvrir
éperdument les bras ?

De
toute éternité, certitude sublime !
Il
est conçu ; mes flancs l'ont senti s'agiter.
L
'amour qui couve en moi, l'amour que je comprime
N
'attend que Lui pour éclater.

Qu
'il apparaisse au jour, et, nourrice en délire,
Je
laisse dans mon sein ses regards pénétrer.
-
Mais un voile te cache. - Eh bien ! je le déchire :
Me
découvrir c'est me livrer.

Surprise
dans ses jeux, la Force est asservie.
Il
met les Lois au joug. A sa voix, à son gré,
Découvertes
enfin, les sources de la Vie
Vont
épancher leur flot sacré.

Dans
son élan superbe Il t'échappe, ô Matière !
Fatalité
, sa main rompt tes anneaux d'airain !
Et
je verrai planer dans sa propre lumière
Un
être libre et souverain.

serez-vous alors, vous qui venez de naître,
Ou
qui naîtrez encore, ô multitude, essaim,
Qui
, saisis tout à coup du vertige de l'être,
Sortiez
en foule de mon sein ?

Dans
la mort, dans l'oubli. Sous leurs vagues obscures
Les
âges vous auront confondus et roulés,
Ayant
fait un berceau pour les races futures
De
vos limons accumulés.

Toi-même
qui te crois la couronne et le faîte
Du
monument divin qui n'est point achevé,
Homme
, qui n'es au fond que l'ébauche imparfaite
Du
chef-d'œuvre que j'ai rêvé,

A
ton tour, à ton heure, if faut que tu périsses.
Ah !
ton orgueil a beau s'indigner et souffrir,
Tu
ne seras jamais dans mes mains créatrices
Que
de l'argile à repétrir.

La Nature à l’Homme un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 9)  Voter pour ce poème768 votes

Prométhée de Louise Ackermann


Frappe encor, Jupiter, accable-moi, mutile
L
'ennemi terrassé que tu sais impuissant !
Écraser
n'est pas vaincre, et ta foudre inutile
S
'éteindra dans mon sang,

Avant
d'avoir dompté l'héroïque pensée
Qui
fait du vieux Titan un révolté divin ;
C
'est elle qui te brave, et ta rage insensée
N
'a cloué sur ces monts qu'un simulacre vain.
Tes
coups n'auront porté que sur un peu d'argile ;
Libre
dans les liens de cette chair fragile,
L
'âme de Prométhée échappe à ta fureur.
Sous
l'ongle du vautour qui sans fin me dévore,
Un
invisible amour fait palpiter encore
Les
lambeaux de mon cœur.

Si
ces pics désolés que la tempête assiège
Ont
vu couler parfois sur leur manteau de neige
Des
larmes que mes yeux ne pouvaient retenir,
Vous
le savez, rochers, immuables murailles
Que
d'horreur cependant je sentais tressaillir,
La
source de mes pleurs était dans mes entrailles ;
C
'est la compassion qui les a fait jaillir.

Ce
n'était point assez de mon propre martyre ;
Ces
flancs ouverts, ce sein qu'un bras divin déchire
Est
rempli de pitié pour d'autres malheureux.
Je
les vois engager une lutte éternelle ;
L
'image horrible est là ; j'ai devant la prunelle
La
vision des maux qui vont fondre sur eux.
Ce
spectacle navrant m'obsède et m'exaspère.
Supplice
intolérable et toujours renaissant,
Mon
vrai, mon seul vautour, c'est la pensée amère
Que
rien n'arrachera ces germes de misére
Que
ta haine a semés dans leur chair et leur sang.

Pourtant
, ô Jupiter, l'homme est ta créature ;
C
'est toi qui l'as conçu, c'est toi qui l'as formé,
Cet
être déplorable, infirme, désarmé,
Pour
qui tout est danger, épouvante, torture,
Qui
, dans le cercle étroit de ses jours enfermé,
Étouffe
et se débat, se blesse et se lamente.
Ah !
quand tu le jetas sur la terre inclémente,
Tu
savais quels fléaux l'y devaient assaillir,
Qu
'on lui disputerait sa place et sa pâture,
Qu
'un souffle l'abattrait, que l'aveugle Nature
Dans
son indifférence allait l'ensevelir.
Je
l'ai trouvé blotti sous quelque roche humide,
Ou
rampant dans les bois, spectre hâve et timide
Qui
n'entendait partout que gronder et rugir,
Seul
affamé, seul triste au grand banquet des êtres,
Du
fond des eaux, du sein des profondeurs champêtres
Tremblant
toujours de voir un ennemi surgir.

Mais
quoi ! sur cet objet de ta haine immortelle,
Imprudent
que j'étais, je me suis attendri ;
J
'allumai la pensée et jetai l'étincelle
Dans
cet obscur limon dont tu l'avais pétri.
Il
n'était qu'ébauché, j'achevai ton ouvrage.
Plein
d'espoir et d'audace, en mes vastes desseins
J
'aurais sans hésiter mis les cieux au pillage,
Pour
le doter après du fruit de mes larcins.
Je
t'ai ravi le feu ; de conquête en conquête
J
'arrachais de tes mains ton sceptre révéré.
Grand
Dieu ! ta foudre à temps éclata sur ma tête ;
Encore
un attentat, l'homme était délivré !

La
voici donc ma faute, exécrable et sublime.
Compatir
, quel forfait ! Se dévouer, quel crime !
Quoi !
j'aurais, impuni, défiant tes rigueurs,
Ouvert
aux opprimés mes bras libérateurs ?
Insensé !
m'être ému quand la pitié s'expie !
Pourtant
c'est Prométhée, oui, c'est ce même impie
Qui
naguère t'aidait à vaincre les Titans.
J
'étais à tes côtés dans l'ardente mêlée ;
Tandis
que mes conseils guidaient les combattants,
Mes
coups faisaient trembler la demeure étoilée.
Il
s'agissait pour moi du sort de l'univers :
Je
voulais en finir avec les dieux pervers.

Ton
règne allait m'ouvrir cette ère pacifique
Que
mon cœur transporté saluait de ses vœux.
En
son cours éthéré le soleil magnifique
N
'aurait plus éclairé que des êtres heureux.
La
Terreur s'enfuyait en écartant les ombres
Qui
voilaient ton sourire ineffable et clément,
Et
le réseau d'airain des Nécessités sombres
Se
brisait de lui-même aux pieds d'un maître aimant.
Tout
était joie, amour, essor, efflorescence ;
Lui-même
Dieu n'était que le rayonnement
De
la toute-bonté dans la toute-puissance.

O
mes désirs trompés ! O songe évanoui !
Des
splendeurs d'un tel rêve, encor l'œil ébloui,
Me
retrouver devant l'iniquité céleste.
Devant
un Dieu jaloux qui frappe et qui déteste,
Et
dans mon désespoir me dire avec horreur :
« Celui
qui pouvait tout a voulu la douleur ! »

Mais
ne t'abuse point ! Sur ce roc solitaire
Tu
ne me verras pas succomber en entier.
Un
esprit de révolte a transformé la terre,
Et
j'ai dès aujourd'hui choisi mon héritier.
Il
poursuivra mon œuvre en marchant sur ma trace,
qu'il est comme moi pour tenter et souffrir.
Aux
humains affranchis je lègue mon audace,
Héritage
sacré qui ne peut plus périr.
La
raison s'affermit, le doute est prêt à naître.
Enhardis
à ce point d'interroger leur maître,
Des
mortels devant eux oseront te citer :
Pourquoi
leurs maux ? Pourquoi ton caprice et ta haine ?
Oui
, ton juge t'attend, - la conscience humaine ;
Elle
ne peut t'absoudre et va te rejeter.

Le
voilà, ce vengeur promis à ma détresse !
Ah !
quel souffle épuré d'amour et d'allégresse
En
traversant le monde enivrera mon cœur
Le
jour où, moins hardie encor que magnanime,
Au
lieu de l'accuser, ton auguste victime
Niera
son oppresseur !

Délivré
de la Foi comme d'un mauvais rêve,
L
'homme répudiera les tyrans immortels,
Et
n'ira plus, en proie à des terreurs sans trêve,
Se
courber lâchement au pied de tes autels.
Las
de le trouver sourd, il croira le ciel vide.
Jetant
sur toi son voile éternel et splendide,
La
Nature déjà te cache à son regard ;
Il
ne découvrira dans l'univers sans borne,
Pour
tout Dieu désormais, qu'un couple aveugle et morne,
La
Force et le Hasard.

Montre-toi
, Jupiter, éclate alors, fulmine,
Contre
ce fugitif à ton joug échappé !
Refusant
dans ses maux de voir ta main divine,
Par
un pouvoir fatal il se dira frappé.
Il
tombera sans peur, sans plainte, sans prière ;
Et
quand tu donnerais ton aigle et ton tonnerre
Pour
l'entendre pousser, au fort de son tourment,
Un
seul cri qui t'atteste, une injure, un blasphème,
Il
restera muet : ce silence suprême
Sera
ton châtiment.

Tu
n'auras plus que moi dans ton immense empire
Pour
croire encore en toi, funeste Déité.
Plutôt
nier le jour ou l'air que je respire
Que
ta puissance inique et que ta cruauté.
Perdu
dans cet azur, sur ces hauteurs sublimes,
Ah !
j'ai vu de trop près tes fureurs et tes crimes ;
J
'ai sous tes coups déjà trop souffert, trop saigné ;
Le
doute est impossible à mon cœur indigné.
Oui !
tandis que du Mal, œuvre de ta colère,
Renonçant
désormais à sonder le mystère,
L
'esprit humain ailleurs portera son flambeau,
Seul
je saurai le mot de cette énigme obscure,
Et
j'aurai reconnu, pour comble de torture,
Un
Dieu dans mon bourreau.

Prométhée un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 7)  Voter pour ce poème803 votes

Le nuage de Louise Ackermann


Levez les yeux ! C'est moi qui passe sur vos têtes,
Diaphane
et léger, libre dans le ciel pur ;
L
'aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je
plonge et nage en plein azur.

Comme
un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré
par l'aurore et le soir tour à tour,
Miroir
aérien, je reflète au passage
Les
sourires changeants du jour.

Le
soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché
sur l'horizon dont j'enflamme le bord ;
Dans
mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance
en fuyant ses flèches d'or.

Quand
la lune, écartant son cortège d'étoiles,
Jette
un regard pensif sur le monde endormi,
Devant
son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou
je les soulève à demi.

On
croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand
, d'un bond furieux fendant l'air ébranlé,
L
'ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S
'assied comme un pilote ailé.

Dans
les champs de l'éther je livre des batailles ;
La
ruine et la mort ne sont pour moi qu'un jeu.
Je
me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La
foudre et ses hydres de feu.

Sur
le sol altéré je m'épanche en ondées.
La
terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C
'est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L
'épi qui nourrit les humains.

j'ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le
sillon que j'enivre enfante avec ardeur.
Je
suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché
dans la source ou la fleur.

Un
fleuve me recueille, il m'emporte, et je coule
Comme
une veine au cœur des continents profonds.
Sur
les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou
s'engouffre à travers les monts.

Rien
ne m'arrête plus ; dans mon élan rapide
J
'obéis au courant, par le désir poussé,
Et
je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu
'un bras invisible a lancé.

Océan
, ô mon père ! Ouvre ton sein, j'arrive !
Tes
flots tumultueux m'ont déjà répondu ;
Ils
accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant
leur accueil éperdu.

En
ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour
des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous
allons, confondus, recommencer ensemble
Nos
fureurs et nos jeux sans fin.

Mais
le soleil, baissant vers toi son œil splendide,
M
'a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son
rayon tout puissant baise mon front limpide :
J
'ai repris le chemin des airs !

Ainsi
, jamais d'arrêt. L'immortelle matière
Un
seul instant encor n'a pu se reposer.
La
Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que
dissoudre et recomposer.

Tout
se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout
le mouvement incessant et divers,
Dans
le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant
l'immense univers.


Le nuage un poème de Louise Ackermann

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Quel froid ! de Agénor Altaroche


Sans feu Paris ne peut plus vivre ;
Il
court, tout crispé de frissons,
Secouant
sa barbe de givre
Et
son lourd manteau de glaçons.
Sous
la laine où le vent pénètre,
Chaque
nez rouge que l'on voit
Dit
encore mieux qu'un thermomètre :
Quel froid ! Quel froid !

Dans
sa mansarde crevassée,
Ouverte
aux injures du temps,
Le
pauvre sous la paille usée
Cache
ses membres grelottants.
Trop
faible, en vain sa voix appelle
Le
pain qui manque... A son vieux toit
Un
seul hôte reste fidèle :
Le froid ! Le froid !

Le
monarque, en dix-huit cent trente,
Sur
ses pas amassait toujours
La
foule enthousiaste, ardente,
Sous
le chaud soleil des trois jours.
Mais
quand sur le quai la cour passe,
Aujourd
'hui, Seine et peuple, on voit
Tout
immobile, tout de glace...
Quel froid ! Quel froid !

Toujours
la gauche dynastique,
Eprise
de programmes creux,
Poursuit
sa futile tactique
De
demi-pas, de demi-vœux.
Son
éloquence en vain s'agite
Et
tourne dans un cercle étroit ;
Le
peuple dit en passant vile :
C'est froid ! C'est froid !

Chaque
matin, près de Lisette,
Mon
voisin, adroit séducteur,
Sans
feu, dans une humble chambrette
De
sa flamme exprime l'ardeur.
Mais
lorsqu'après l'amour en fraude,
L
'amour conjugal le reçoit,
Quoique
la chambre soit bien chaude,
Quel froid ! Quel froid !

En
dépit des calorifères,
Le
froid pénètre un peu partout,
Dans
les salons des ministères,
Et
même dans plus d'un grand raout.
A
l'Institut où l'on sommeille,
Aux
Cours où sans peine on s’assoit,
Aux
Français où l'art se réveille,
Quel froid ! Quel froid !

Mais
je sens, malgré ma douillette,
Qu
'en mon corps le froid s'est glissé,
Car
le feu sacré du poète
Est
lui-même au froid exposé,
Je
n'ai plus la force d'écrire
Et
la plume échappe à mon doigt...
Cessons
, car vous pourriez me dire
C'est froid ! C'est froid !

Quel froid ! un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 470)  Voter pour ce poème39 votes

Les Yeux d'Elsa de Louis Aragon


Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai
vu tous les soleils y venir se mirer
S'y
jeter à mourir tous les désespérés
Tes
yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À
l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis
le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été
taille la nue au tablier des anges
Le
ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les
vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes
yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes
yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le
verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère
des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept
glaives ont percé le prisme des couleurs
Le
jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris
troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes
yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par
où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque
le coeur battant ils virent tous les trois
Le
manteau de Marie accroché dans la crèche

Une
bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour
toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop
peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il
leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant
accaparé par les belles images
Écarquille
les siens moins démesurément
Quand
tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On
dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils
des éclairs dans cette lavande
Des
insectes défont leurs amours violentes
Je
suis pris au filet des étoiles filantes
Comme
un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai
retiré ce radium de la pechblende
Et
j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô
paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes
yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il
advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur
des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi
je voyais briller au-dessus de la mer
Les
yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa


Les Yeux d'Elsa un poème de Louis Aragon

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La grandeur de ce mal où tu te crois savante de Charles Baudelaire


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Nous avons fait la nuit de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


Nous avons fait la nuit je tiens ta main je veille
Je
te soutiens de toutes mes forces
Je
grave sur un roc l'étoile de tes forces
Sillons
profonds où la bonté de ton corps germera
Je
me répète ta voix cachée ta voix publique
Je
ris encore de l'orgueilleuse
que
tu traites comme une mendiante
Des
fous que tu respectes des simples où tu te baignes
Et
dans ma tête qui se met doucement d'accord avec la tienne avec la nuit
Je
m'émerveille de l'inconnue semblable à toi semblable à tout ce que j'aime
Qui
est toujours nouveau.

Nous avons fait la nuit un poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

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Une brise de danses de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


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Je vous aime, ô jeune fille ! de Théophile Gautier


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Premier sourire du printemps de Théophile Gautier


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Le Lion et le Moucheron de Jean de La Fontaine


" Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre ! "
C
'est en ces mots que le lion
Parlait
un jour au moucheron.
L
'autre lui déclara la guerre.
" Penses-tu
, lui dit-il, que ton titre de roi
Me
fasse peur ni me soucie ?
Un
bœuf est plus puissant que toi :
Je
le mène à ma fantaisie. "
A
peine il achevait ces mots,
Que
lui-même il sonna la charge,
Fut
le trompette et le héros.
Dans
l'abord il se met au large ;
Puis
prend son temps, fond sur le cou
Du
lion, qu'il rend presque fou.
Le
quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il
rugit ; on se cache, on tremble à l'environ :
Et
cette alarme universelle
Est
l'ouvrage d'un moucheron.
Un
avorton de mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt
pique l'échine, et tantôt le museau,
Tantôt
entre au fond du naseau.
La
rage alors se trouve à son faîte montée.
L
'invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu
'il n'est griffe ni dent en la bête irritée
Qui
de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le
malheureux lion se déchire lui-même,
Fait
résonner sa queue à l'entour de ses flancs,
Bat
l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême
Le
fatigue, l'abat : le voilà sur les dents.
L
'insecte du combat se retire avec gloire :
Comme
il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va
partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L
'embuscade d'une araignée ;
Il
y rencontre aussi sa fin.

Quelle
chose par là nous peut être enseignée ?
J
'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis
Les
plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L
'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui
périt pour la moindre affaire.

Le Lion et le Moucheron un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 373)  Voter pour ce poème598 votes

Les Deux Taureaux et une Grenouille de Jean de La Fontaine


Deux taureaux combattaient à qui posséderait
Une génisse avec l'empire.
Une grenouille en soupirait.
" Qu'avez-vous ? " se mit à lui dire
Quelqu'un du peuple croassant.
" Et ! ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle
Sera l'exil de l'un ; que l'autre, le chassant,
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne régnera plus sur l'herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux ;
Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse
Du combat qu'a causé Madame la génisse. "
Cette crainte était de bon sens.
L'un des taureaux en leur demeure
S'alla cacher à leurs dépens :
Il en écrasait vingt par heure.

Hélas !
on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.

Les Deux Taureaux et une Grenouille un poème de Jean de La Fontaine

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L'Aigle et l'Escarbot de Jean de La Fontaine


L'aigle donnait la chasse à maître Jean Lapin,
Qui
droit à son terrier s'enfuyait au plus vite.
Le
trou de l'escarbot se rencontre en chemin.
Je
laisse à penser si ce gîte
Était
sûr ; mais où mieux ? Jean Lapin s'y blottit.
L
'aigle fondant sur lui nonobstant cet asile,
L
'escarbot intercède, et dit :
" Princesse
des oiseaux, il vous est fort facile
D
'enlever malgré moi ce pauvre malheureux ;
Mais
ne me faites pas cet affront, je vous prie ;
Et
puisque Jean Lapin vous demande la vie,
Donnez-la-lui
, de grâce, ou l'ôtez à tous deux :
C
'est mon voisin, c'est mon compère. "
L
'oiseau de Jupiter, sans répondre un seul mot,
Choque
de l'aile l'escarbot,
L
'étourdit, l'oblige à se taire,
Enlève
Jean Lapin. L'escarbot indigné
Vole
au nid de l'oiseau, fracasse, en son absence,
Ses
œufs, ses tendres œufs, sa plus douce espérance :
Pas
un seul ne fut épargné.
L
'aigle étant de retour, et voyant ce ménage,
Remplit
le ciel de cris : et pour comble de rage,
Ne
sait sur qui venger le tort qu'elle a souffert.
Elle
gémit en vain : sa plainte au vent se perd.
Il
fallut pour cet an vivre en mère affligée.
L
'an suivant, elle mit son nid en lieu plus haut.
L
'escarbot prend son temps, fait faire aux œufs le saut :
La
mort de Jean Lapin derechef est vengée.
Ce
second deuil fut tel, que l'écho de ces bois
N
'en dormit de plus de six mois.
L
'oiseau qui porte Ganymède
Du
monarque des dieux enfin implore l'aide,
Dépose
en son giron ses œufs, et croit qu'en paix
Ils
seront dans ce lieu ; que pour ses intérêts,
Jupiter
se verra contraint de les défendre :
Hardi
qui les iraitprendre.
Aussi
ne les y prit-on pas.
Leur
ennemi changea de note,
Sur
la robe du dieu fit tomber une crotte ;
Le
dieu la secouant jeta les œufs à bas.
Quand
l'aigle sut l'inadvertance,
Elle
menaça Jupiter
D
'abandonner sa cour, d'aller vivre au désert,
De
quitter toute dépendance,
Avec
mainte autre extravagance.
Le
pauvre Jupiter se tut :
Devant
son tribunal l'escarbot comparut,
Fit
sa plainte, et conta l'affaire.
On
fit entendre à l'aigle enfin qu'elle avait tort.
Mais
, les deux ennemis ne voulant point d'accord,
Le
monarque des dieux s'avisa, pour bien faire,
De
transporter le temps où l'aigle fait l'amour
En
une autre saison, quand la race escarbote
Est
en quartier d'hiver, et, comme la marmotte,
Se
cache et ne voit point le jour.

L'Aigle et l'Escarbot un poème de Jean de La Fontaine

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Les Grenouilles qui demandent un Roi de Jean de La Fontaine


Les grenouilles se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant ;
Une autre la suivit, une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqusauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre, et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
" Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue. "
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et grenouilles de se plaindre,
Et Jupin de leur dire : " Eh quoi ? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fût débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire. "

Les Grenouilles qui demandent un Roi un poème de Jean de La Fontaine

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L' homme et son image de Jean de La Fontaine


POUR M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD

Un
homme qui s'aimait sans avoir de rivaux
Passait dans son esprit pour le plus beau du monde :
Il accusait toujours les miroirs d'être faux,
Vivant plus que content dans une erreur profonde.
Afin de le guérir, le sort officieux
Présentait partout à ses yeux
Les conseillers muets dont se servent nos dames :
Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,
Miroirs aux poches des galands,
Miroirs aux ceintures des femmes.
Que fait notre Narcisse ? Il se va confiner
Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer,
N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure.
Mais un canal, formé par une source pure,
Se trouve en ces lieux écartés :
Il s'y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau ;
Mais quoi ? le canal est si beau
Qu'il ne le quitte qu'avec peine.

On
voit bien où je veux venir.
Je parle à tous ; et cette erreur extrême
Est un mal que chacun se plaît d'entretenir.
Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même ;

Tant
de miroirs, ce sont les sottises d'autrui,
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ;
Et quant au canal, c'est celui
Que chacun sait, le livre des Maximes.

L' homme et son image un poème de Jean de La Fontaine

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Namouna - Chant deuxième de Alfred de Musset


Qu'est-ce que l'amour ?
L'échange de deux fantaisies
Et le contact de deux épidermes
Chamfort

I


Eh
bien ! en vérité, les sots auront beau dire,
Quand
on n'a pas d'argent, c'est amusant d'écrire.
Si
c'est un passe-temps pour se désennuyer,

Il
vaut bien la bouillotte ; et, si c'est un métier,
Peut-être
qu'après tout ce n'en est pas un pire
Que
fille entretenue, avocat ou portier
 

II


J
'aime surtout les vers, cette langue immortelle.
C
'est peut-être un blasphème, et je le dis tout bas
Mais
je l'aime à la rage. Elle a cela pour elle
Que
les sots d'aucun temps n'en ont pu faire cas,

Qu
'elle nous vient de Dieu, — qu'elle est limpide et belle,
Que
le monde l'entend, et ne la parle pas.
 

III


Eh
bien ! Sachez-le donc, vous qui voulez sans cesse
Mettre
votre scalpel dans un couteau de bois
Vous
qui cherchez l'auteur à de certains endroits,
Comme
un amant heureux cherche, dans son ivresse
Sur
un billet d'amour les pleurs de sa maîtresse,

Et
rêve, en le lisant, au doux son de sa voix.
 

IV


Sachez-le
, — c'est le cœur qui parle et qui soupire
Lorsque
la main écrit, — c'est le cœur qui se fond ;
C
'est le cœur qui s'étend, se découvre et respire
Comme
un gai pèlerin sur le sommet d'un mont
Et
puissiez-vous trouver, quand vous en voudrez rire
À
dépecer nos vers le plaisir qu'ils nous font !

 

V


Qu
'importe leur valeur ? La muse est toujours belle,
Même
pour l'insensé, même pour l'impuissant ;
Car
sa beauté pour nous, c'est notre amour pour elle.
Mordez
et croassez, corbeaux, battez de l'aile ;
Le
poète est au ciel, et lorsqu'en vous poussant
Il
vous y fait monter, c'est qu'il en redescend

 

VI

Allez
, — exercez-vous, — débrouillez la quenouille,
Essoufflez-vous
à faire un bœuf d'une grenouille
Avant
de lire un livre, et de dire : J'y crois !
Analysez
la plaie, et fourrez-y les doigts ;
Il
faudra de tout temps que l'incrédule y fouille,
Pour
savoir si son Christ est monté sur la croix

 

VII


Eh
, depuis quand un livre est-il donc autre chose
Que
le rêve d'un jour qu'on raconte un instant ;
Un
Oiseau qui gazouille et s'envole ; — une rose
Qu
'on respire et qu'on jette, et qui meurt en tombant ;
Un
ami qu'on aborde, avec lequel on cause,
Moitié
lui répondant, et moitié l'écoutant ?

 

VIII


Aujourd
'hui' par exemple, il plait à ma cervelle
De
rimer en sixains le conte que voici,
Va-t-on
le maltraiter et lui chercher querelle ?
Est-ce
sa faute, à lui, si je l'écris ainsi ?
Byron, me direz-vous, m'a servi de modèle.
Vous
ne savez donc pas qu'il imitait Pulci ?

 

IX


Lisez
les Italiens, vous verrez s'il les vole.
Rien
n'appartient à rien, tout appartient à tous.
Il
faut être ignorant comme un maître d'école
Pour
se flatter de dire une seule parole
Que
personne ici-bas n'ait pu dire avant vous.
C
'est imiter quelqu'un que de planter des choux.
 

X



Ah !
pauvre Laforêt, qui ne savais pas lire,
Quels
vigoureux soufflets ton nom seul a donnés
Au
peuple travailleur des discuteurs damnés !
Molière
t'écoutait lorsqu'il venait d'écrire
Quel
mépris des humains dans le simple et gros rire
Dont
tu lui baptisais ses hardis nouveau-nés !
 

XI


Il
ne te lisait pas, dit-on, les vers d'Alceste ;
Si
je les avais faits, je te les aurais lus.
L
'esprit et les bons mots auraient été perdus ;
Mais
les meilleurs accords de l'instrument céleste
Seraient
allés au cœur comme ils en sont venus.
J
'aurais dit aux bavards du siècle : A vous le reste
 

XII


Pourquoi
donc les amants veillent-ils nuit et jour ?
Pourquoi
donc le poète aime-t-il sa souffrance ?
Que
demandent-ils donc tous les deux en retour ?
Une
larme, ô mon Dieu, voilà leur récompense ;
Voilà
pour eux le ciel ; la gloire et l'éloquence,
Et
par là le génie est semblable à l'amour.

 

XIII

Mon
premier chant est fait. — Je viens de le relire.
J
'ai bien mal expliqué ce que je voulais dire ;
Je
n'ai pas dit un mot de ce que j'aurais dit
Si
j'avais fait un plan une heure avant d'écrire ;
Je
crève de dégoût, de rage et de dépit
Je
crois en vérité que j'ai fait de l'esprit

 

XIV

Deux
sortes de roués existent sur la terre :
L
'an, beau comme Satan, froid comme la vipère,
Hautain
, audacieux, plein d'imitation,
Ne
laissant palpiter sur son cœur solitaire
Que
l'écorce d'un homme et de la passion ;
Faisant
un manteau d'or à son ambition ;

 

XV

Corrompant
sans plaisir, amoureux de lui-même,
Et
, pour s'aimer toujours, voulant toujours qu'on l'aime ;
Regardant
au soleil son ombre se mouvoir ;
Dès
qu'une source est pure, et que l'on peut s'y voir,
Venant
comme Narcisse y pencher son front blême,
Et
chercher la douleur pour s'en faire un miroir.

 

XVI
<
br> Son
idéal, c'est lui -Quoi qu'il dise ou qu'il fasse,
Il
se regarde vivre, et s'écoute parler.
Car
il faut que demain on dise, quand il passe :
Cet homme que voilà, c'est Robert Lovelace
Autour
de ce mot-là le monde peut rouler ;
Il
est l'axe du monde, et lui permet d'aller.

 

XV


Avec
lui ni procès, ni crainte, ni scandale.
Il
jette un drap mouillé sur son père qui râle ;
Il
rôde, en chuchotant, sur la pointe du pied.
Un
amant plus sincère, à la main plus loyale,
Peut
serrer une main trop fort, et l'effrayer ;
Mais
lui, n'ayez pas peur de lui, c'est son métier.

 

XVIII

Qui
pourrait se vanter d'avoir surpris son âme ?
L
'étude de sa vie est d'en cacher le fond...
On
en parle, — on en pleure, — on en rit, qu'en voit on :
Quelques
duels oubliés, quelques soupirs de femme,
Quelque
joyau de prix sur une épaule infâme,
Quelque
croix de bois noir sur un tombeau sans nom.

 

XIX

Mais
comme tout se tait dès qu'il vient à paraître !
Clarisse
l'aperçoit, et commence à souffrir.
Comme
il est beau ! brillants comme il s'annonce en maître !
Si
Clarisse s'indigne et tarde à consentir,
Il
dira qu'il se tue-il se tuera peut-être ;

Mais
Clarisse aime mieux le sauver, et mourir.
 

XX

C
'est le roué sans cœur, le spectre à double face,
A
la patte de tigre, aux serres de vautour,
Le
roué sérieux qui n'eut jamais d'amour ;
Méprisant
la douleur comme la populace ;
Disant
au genre humain de lui laisser son jour-

Et
qui serait César, s'il n'était Lovelace
 

XXI

Ne
lui demandez pas s'il est heureux ou non ;
Il
n'en sait rien lui-même, il est ce qu'il doit être.
Il
meurt silencieux, tel que Dieu l'a fait naître
L
'antilope aux yeux bleus est plus tendre peut-être
Que
le roi des forêts ; mais le lion répond

Qu
'il n'est pas antilope, et qu'il a nom : lion.
 

XXII

Voilà
l'homme d'un siècle, et l'étoile polaire
Sur
qui les écoliers fixent leurs yeux ardents,
L
'homme dont Robertson fera le commentaire,
Qui
donnera sa vie à lire à nos enfants
Ses
crimes noirciront un large bréviaire,
Qui
brûlera les mains et les cœurs de vingt ans.

 

XXIII

Quant
au roué Français, au don Juan ordinaire,
Ivre
, riche, joyeux, raillant l'homme de pierre,
Ne
demandant partout qu'à trouver le vin bon,
Bernant
monsieur Dimanche, et disant à son père
Qu
'il serait mieux assis pour lui faire un sermon,
C
'est l'ombre d'un roué qui ne vaut pas Valmont.
 

XXIV


Il
en est un plus grand, plus beau, plus poétique,
Que
personne n'a fait, que Mozart a rêvé,
Qu
'Hoffmann a vu passer, au son de la musique,
Sous
un éclair divin de sa nuit fantastique,
Admirable
portrait qu'il n'a point achevé,
Et
que de notre temps Shakspeare aurait trouvé.
 

XXV

Un
jeune homme est assis au bord d'une prairie,

Pensif
comme l'amour, beau comme le génie ;
Sa
maîtresse enivrée est prête à s'endormir.
Il
vient d'avoir vingt ans, son cœur vient de s'ouvrir.
Rameau
tremblant encor de l'arbre de la vie,
Tombé
, comme le Christ, pour aimer et souffrir
 

XXVI

Le
voilà se noyant dans des larmes de femme,
Devant
cette nature aussi belle que lui ;

Pressant
le monde entier sur son cœur qui se pâme,
Faible
, et, comme le lierre, ayant besoin d'autrui ;
Et
ne le cachant pas, et suspendant son âme,
Comme
un luth éolien, aux lèvres de la Nuit.
 

XXVII

Le
voilà demandant pourquoi son cœur soupire,
Jurant
, les yeux en pleurs, qu'il ne désire rien ;

Caressant
sa maîtresse, et des sons de sa lyre
Egayant
son sommeil comme un ange gardien ;
Tendant
sa coupe d'or à ceux qu'il voit sourire,
Voulant
voir leur bonheur pour y chercher le sien.
 

XXVIII

Le
voilà, jeune et beau, sous le ciel de la France,
Déjà
riche à vingt ans comme un enfouisseur ;

Portant
sur la nature un cœur plein d'espérance,
Aimant
, aimé de tous, ouvert comme une fleur ;
Si
candide et si frais que l'ange d'innocence
Baiserait
sur son front la beauté de son cœur
 

XXIX

Le
voilà, regardez, devinez-lui sa vie.
Quel
sort peut-on prédire à cet enfant du ciel ?

L
'amour en l'approchant jure d'être éternel ;
Le
hasard pense à lui, — la sainte poésie
Retourne
en souriant sa coupe d'ambroisie
Sur
ses cheveux plus doux et plus blonds que le miel.
 

XXX

Ce
palais, c'est le sien ; — le serf et la campagne
Sont
à lui ; — la forêt, le fleuve et la montagne

Ont
retenu son nom en écoutant l'écho.
C
'est à lui le village, et le pâle troupeau
Des
moines. — Quand il passe et traverse un hameau,
Le
bon ange du lieu se lève et l'accompagne.
 

XXXI

Quatre
filles de prince ont demandé sa main.
Sachez
que s'il voulait la reine pour maîtresse,
Et
trois palais de plus, il les aurait demain !

Qu
'un juif deviendrait chauve à compter sa richesse,
Et
qu'il pourrait jeter, sans que rien en paraisse
Les
blés de ses moissons aux oiseaux du chemin.
 

XXXII

Eh
bien ! cet homme-là vivra dans les tavernes
Entre
deux charbonniers autour d'un poêle assis ;
La
poudre noircira sa barbe et ses sourcils ;

Vous
le verrez un jour, tremblant et les yeux ternes
Venir
dans son manteau dormir sous les lanternes,
La
face ensanglantée et les coudes noircis.
 

XXXIII

Vous
le verrez sauter sur l'échelle dorée,
Pour
courir dans un bouge au sortir d'un boudoir,
Portant
sa lèvre ardente à la prostituée,
Avant
qu'à son balcon done Elvire éplorée,

Dans
la profonde nuit croyant encor le voir,
Ait
cessé d'agiter sa lampe et son mouchoir.
 

XXXIV

Vous
le verrez, laquais pour une chambrière,
Cachant
sous ses habits son valet grelottant ;
Vous
le verrez, tranquille et froid comme une pierre,
Pousser
dans les ruisseaux le cadavre d'un père,
Et
laisser le vieillard traîner ses mains de sang

Sur
des murs chauds encor du viol de son enfant.
 

XXXV

Que
direz-vous alors ? Ah ! vous croirez peut-être
Que
le monde a blessé ce cœur vaste et hautain,
Que
c'est quelque Lara qui se sent méconnaître,
Que
l'homme a mal jugé, qui sait ce qu'il peut être,
Et
qui, s'apercevant qu'il le serait en vain,

Rend
haine contre haine et dédain pour dédain.
 

XXXVI

Eh
bien ! vous vous trompez. — Jamais personne au monde
N
'a pensé moins que lui qu'il c'`ait oublié.
Jamais
il n'a frappé sans qu'on ne lui réponde ;
Jamais
il n'a senti l'inconstance de l'onde,
Et
jamais il n'a vu se dresser sous son pié

Le
vivace serpent de la fausse amitié.
 

XXXVII

Que
dis-je ? tel qu'il est, le monde l'aime encore ;
Il
n'a perdu chez lui ni ses biens ni son rang.
Devant
Dieu, devant tous, il s'assoit à son banc.
Ce
qu'il a fait de mal, personne ne l'ignore ;
On
connaît son génie, on l'admire, on l'honore. —

Seulement
, voyez-vous, cet homme, c'est don Juan.
 

XXXVIII

Oui
, don Juan. Le voilà, ce nom que tout répète,
Ce
nom mystérieux que tout l'univers prend,
Dont
chacun vient parler, et que nul ne comprend ;
Si
vaste et si puissant qu'il n'est pas de poète
Qui
ne l'ait soulevé dans son cœur et sa tête,
Et
pour l'avoir tenté ne soit resté plus grand.

 

XXXIX

Insensé
que je suis ! que fais-je ici moi-même ?
Était-ce
donc mon tour de leur parler de toi,
Grande
ombre, et d'où viens-tu pour tomber jusqumoi ?
C
'est qu'avec leurs horreurs, leur doute et leur blasphème
Pas
un d'eux ne t'aimait, don Juan ; et moi, je t'aime

Comme
le vieux Blondel aimait son pauvre roi.
 

XL

Oh !
qui me jettera sur ton coursier rapide !
Oh !
qui me prêtera le manteau voyageur,
Pour
te suivre en pleurant, candide corrupteur !
Qui
me déroulera cette liste homicide,

Cette
liste d'amour si remplie et si vide,
Et
que ta main peuplait des oublis de ton cœur !
 

XLI

Trois
mille noms charmants ! Trois mille noms de femme !
Pas
un qu'avec des pleurs tu n'aies balbutié !
Et
ce foyer d'amour qui dévorait ton âme,

Qui
lorsque tu mourus, de tes veines de flamme
Remonta
dans le ciel comme un ange oublié,
De
ces trois mille amours pas un qui l'ait noyé !
 

XLII

Elles
t'aimaient pourtant, ces filles insensées
Que
sur ton cœur de fer tu pressas tour à tour ;
Le
vent qui t'emportait les avait traversées ;

Elles
t'aimaient, don Juan, ces pauvres délaissées
Qui
couvraient de baisers l'ombre de ton amour,
Qui
te donnaient leur vie, et qui n'avaient qu'un jour !
 

XLIII

Mais
toi, spectre énervé, toi, que faisais-tu d'elles ?
Ah !
massacre et malheur ! tu les aimais aussi,

Toi !
croyant toujours voir sur tes amours nouvelles
Se
lever le soleil de tes nuits éternelles,
Te
disant chaque soir : Peut-être le voici
Et
l'attendant toujours, et vieillissant ainsi !
 

XLIV

Demandant
aux forêts, à la mer, à la plaine,
Aux
brises du matin, à toute heure, à tout lieu,

La
femme de ton âme et de ton premier vœu !
Prenant
pour fiancée un rêve, une ombre vaine,
Et
fouillant dans le cœur d'une hécatombe humaine,
Prêtre
désespéré, pour y chercher ton Dieu.
 

XLV

Et
que voulais-tu donc ?-Voilà ce que le monde
Au
bout de trois cents ans demande encor tout bas

Le
sphinx aux yeux perçants attend qu'on lui réponde
Ils
savent compter l'heure, et que leur terre est ronde
Ils
marchent dans leur ciel sur le bout d'un compas'
Mais
ce que tu voulais, ils ne le savent pas.
 

XLVI

Quelle est donc, disent-ils,. cette femme inconnue,
Qui
seule eût mis la main au frein de son coursier ?
Qu
'il appelait toujours et qui n'est pas venue ?

l'avait-il trouvée ? où l'avait-il perdue ?
Et
quel nœud si puissant avait su les lier,
Que
, n'ayant pu venir, il n'ait pu l'oublier ?
 

XLVII

N
'en était-il pas une, ou plus noble, ou plus belle,
Parmi
tant de beautés, qui, de loin ou de près,
De
son vague idéal eût du moins quelques traits ?

Que
ne la gardait-il ! qu'on nous dise laquelle.
Toutes
lui ressemblaient, — ce n'était jamais elle,
Toutes
lui ressemblaient, don Juan, et tu marchais !
 

XLVIII

Tu
ne t'es pas lassé de parcourir la terre !
Ce
vain fantôme, à qui Dieu t'avait envoyé,
Tu
n'en as pas brisé la forme sous ton pied !

Tu
n'es pas remonté, comme l'aigle à son aire
Sans
avoir sa pâture, ou comme le tonnerre
Dans
sa nue aux flancs d'or, sans avoir foudroyé !
 

XLIX

Tu
n'as jamais médit de ce monde stupide
Qui
te dévisageait d'un regard hébété ;
Tu
l'as vu, tel qu'il est, dans sa difformité ;

Et
tu montais toujours cette montagne aride,
Et
tu suçais toujours, plus jeune et plus aride,
Les
mamelles d'airain de la Réalité.
 

L

Et
la vierge aux yeux bleus, sur la souple ottomane,
Dans
ses bras parfumés te berçait mollement ;
De
la fille de roi jusqu'à la paysanne
Tu
ne méprisais rien, même la courtisane,

À
qui tu disputais son misérable amant ;
Mineur
, qui dans un puits cherchais un diamant.
 

LI

Tu
parcourais Madrid, Paris, Naple et Florence ;
Grand
seigneur aux palais, voleur aux carrefours ;
Ne
comptant ni l'argent, ni les nuits, ni les jours ;

Apprenant
du passant à chanter sa romance ;
Ne
demandant à Dieu, pour aimer l'existence,
Que
ton large horizon et tes larges amours.
 

LII

Tu
retrouvais partout la vérité hideuse,
Jamais
ce qu'ici-bas cherchaient tes vœux ardents,
Partout
l'hydre éternel qui te montrait les dents ;

Et
poursuivant toujours ta vie aventureuse,
Regardant
sous tes pieds cette mer orageuse,
Tu
te disais tout bas : Ma perle est là dedans.
 

LIII

Tu
mourus plein d'espoir dans ta route infinie,
Et
te souciant peu de laisser ici-bas
Des
larmes et du sang aux traces de tes pas.
Plus
vaste que le ciel et plus grand que la vie,

Tu
perdis ta beauté, ta gloire et ton génie
Pour
un être impossible, et qui n'existait pas.
 

LIV

Et
le jour que parut le convive de pierre,
Tu
vins à sa rencontre, et lui tendis la main ;
Tu
tombas foudroyé sur ton dernier festin :
Symbole
merveilleux de l'homme sur la terre,

Cherchant
de ta main gauche à soulever ton verre
Abandonnant
ta droite à celle du Destin !
 

LV

Maintenant
, c'est à toi, lecteur, de reconnaître
Dans
quel gouffre sans fond peut descendre ici-bas
Le
rêveur insensé qui voudrait d'un tel maître.
Je
ne dirai qu'un mot, et tu le comprendras :

Ce
que don Juan aimait, Hassan l'aimait peut-être ;
Ce
que don Juan cherchait, Hassan n'y croyait pas.

Namouna - Chant deuxième un poème de Alfred de Musset

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À Ninon de Alfred de Musset


Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui
sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
L’amour
, vous le savez, cause une peine extrême ;
C’est
un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;
Peut-être
cependant que vous m’en puniriez.

Si
je vous le disais, que six mois de silence
Cachent
de longs tourments et des vœux insensés :
Ninon
, vous êtes fine, et votre insouciance
Se
plaît, comme une fée, à deviner d’avance ;
Vous
me répondriez peut-être : Je le sais.

Si
je vous le disais, qu’une douce folie
A
fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas :
Un
petit air de doute et de mélancolie,
Vous
le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie;
Peut-être
diriez-vous que vous n’y croyez pas.

Si
je vous le disais, que j’emporte dans l’âme
Jusques
aux moindres mots de nos propos du soir :
Un
regard offensé, vous le savez, madame,
Change
deux yeux d’azur en deux éclairs de flamme ;
Vous
me défendriez peut-être de vous voir.

Si
je vous le disais, que chaque nuit je veille,
Que
chaque jour je pleure et je prie à genoux ;
Ninon
, quand vous riez, vous savez qu’une abeille
Prendrait
pour une fleur votre bouche vermeille ;
Si
je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais
vous n’en saurez rien. Je viens, sans rien en dire,
M’asseoir
sous votre lampe et causer avec vous ;
Votre
voix, je l’entends ; votre air, je le respire ;
Et
vous pouvez douter, deviner et sourire,
Vos
yeux ne verront pas de quoi m’être moins doux.

Je
récolte en secret des fleurs mystérieuses :
Le
soir, derrière vous, j’écoute au piano
Chanter
sur le clavier vos mains harmonieuses,
Et
, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,
Je
vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La
nuit, quand de si loin le monde nous sépare,
Quand
je rentre chez moi pour tirer mes verrous,
De
mille souvenirs en jaloux je m’empare ;
Et
là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,
J’ouvre
, comme un trésor, mon cœur tout plein de vous.

J’aime
, et je sais répondre avec indifférence ;
J’aime
, et rien ne le dit ; j’aime, et seul je le sais ;
Et
mon secret m’est cher, et chère ma souffrance ;
Et
j’ai fait le serment d’aimer sans espérance,
Mais
non pas sans bonheur ; je vous vois, c’est assez.

Non
, je n’étais pas né pour ce bonheur suprême,
De
mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.
Tout
me le prouve, hélas ! jusqu’à ma douleur même
Si
je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui
sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

À Ninon un poème de Alfred de Musset

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Alfred de Musset (n° 299)  Voter pour ce poème349 votes

Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles (n° 117)  Voter pour ce poème222 votes

Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


J'aime d'un amour clandestin.
Ce
que de toi nul n'a aimé :
Le
sourd battement enfermé
De
ton coeur et de ton instinct.

Nul
n'a songé avec douleur
À
ces beaux secrets écorchés
Du
mouvement intérieur,
Puissant
, indomptable et caché !

-
Mais moi je sais que c'est ton sang
Qui
te fait net, pur, précieux,
Et
mon rêve en ton corps descend
Comme
vers de plus sombres cieux...

Poème de l'amour un poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles (n° 209)  Voter pour ce poème187 votes

Madrigal de Pierre de Ronsard


Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver
, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier
toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer
et servir la beauté qui me nuit :

Si
c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit,
De
me perdre moi même et d'être solitaire,
Souffrir
beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer
, crier merci, et m'en voir éconduit :

Si
c'est aimer que de vivre en vous plus qu'en moi même,
Cacher
d'un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir
au fond de l'âme un combat inégal,
Chaud
, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

Honteux
, parlant à vous de confesser mon mal !
Si
cela est aimer : furieux je vous aime :
Je
vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le
coeur le dit assez, mais la langue est muette.


Madrigal un poème de Pierre de Ronsard

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