Poème saisis - 10 Poèmes sur saisis


10 poèmes


Phonétique : saisi saisie saisies saisis saisit seize sise sises sosie sosies suez suiez szet

Le déluge de Louise Ackermann


À VICTOR HUGO

Tu l'as dit : C'en est fait ; ni fuite ni refuge
Devant l'assaut prochain et furibond des flots.
Ils avancent toujours. C'est sur ce mot, Déluge,
Poète de malheur, que ton livre s'est clos.
Mais comment osa-t-il échapper à ta bouche ?
Ah ! pour le prononcer, même au dernier moment,
Il fallait ton audace et ton ardeur farouche,
Tant il est plein d'horreur et d'épouvantement.
Vous êtes avertis : c'est une fin de monde
Que ces flux, ces rumeurs, ces agitations.
Nous n'en sommes encore qu'aux menaces de l'onde,
À demain les fureurs et les destructions.

Déjà depuis longtemps, saisis de terreurs vagues,
Nous regardions la mer qui soulevait son sein,
Et nous nous demandions : « Que veulent donc ces vagues ?
On dirait qu'elles ont quelque horrible dessein. »
Tu viens de le trahir ce secret lamentable ;
Grâce à toi, nous savons à quoi nous en tenir.
Oui, le Déluge est là, terrible, inévitable ;
Ce n'est pas l'appeler que de le voir venir.

Pourtant, nous l'avouerons, si toutes les colères
De ce vaste océan qui s'agite et qui bout,
N'allaient qu'à renverser quelques tours séculaires
Que nous nous étonnions de voir encore debout,
Monuments que le temps désagrège ou corrode,
Et qui nous inspiraient une secrète horreur :
Obstacles au progrès, missel usé, vieux code,
Où se réfugiaient l'injustice et l'erreur,
Des autels délabrés, des trônes en décombre
Qui nous rétrécissaient à dessein l'horizon,
Et dont les débris seuls projetaient assez d'ombre
Pour retarder longtemps l'humaine floraison,
Nous aurions à la mer déjà crié : « Courage !
Courage ! L'oeuvre est bon que ton onde accomplit. »
Mais quoi ! ne renverser qu'un môle ou qu'un barrage ?
Ce n'est pas pour si peu qu'elle sort de son lit.
Ses flots, en s'élançant par-dessus toute cime,
N'obéissent, hélas ! qu'à d'aveugles instincts.
D'ailleurs, sachez-le bien, ces enfants de l'abîme,
Pour venir de plus bas, n'en sont que plus hautains.
Rien ne satisfera leur convoitise immense.
Dire : « Abattez ceci, mais respectez cela, »
N'amènerait en eux qu'un surcroît de démence ;
On ne fait point sa part à cet Océan-là.
Ce qu'il lui faut, c'est tout. Le même coup de houle
Balaiera sous les yeux de l'homme épouvanté
Le phare qui s'élève et le temple qui croule,
Ce qui voilait le jour ou donnait la clarté,
L'obscure sacristie et le laboratoire,
Le droit nouveau, le droit divin et ses décrets,
Le souterrain profond et le haut promontoire
D'où nous avions déjà salué le Progrès.
Tout cela ne fera qu'une ruine unique.
Avenir et passé s'y vont amonceler.
Oui, nous le proclamons, ton Déluge est inique :
Il ne renversera qu'afin de niveler.
Si nous devons bientôt, des bas-fonds en délire,
Le voir s'avancer, fier de tant d'écroulements,
Du moins nous n'aurons pas applaudi de la lyre
Au triomphe futur d'ignobles éléments.
Nous ne trouvons en nous que des accents funèbres,
Depuis que nous savons l'affreux secret des flots.
Nous voulions la lumière, ils feront les ténèbres ;
Nous rêvions l'harmonie, et voici le chaos.

Vieux monde, abîme-toi, disparais, noble arène
jusqu'au bout l'Idée envoya ses lutteurs,
Où le penseur lui-même, à sa voix souveraine,
Pour combattre au besoin, descendait des hauteurs.
Tu ne méritais pas, certes, un tel cataclysme,
Toi si fertile encore, ô vieux sol enchanté !
D'où pour faire jaillir des sources d'héroïsme,
Il suffisait d'un mot, Patrie ou Liberté !
Un océan fangeux va couvrir de ses lames
Tes sillonsgermaient de sublimes amours,
Terrain cher et sacré, fait d'alluvions d'âmes,
Et qui ne demandais qu'à t'exhausser toujours.
Que penseront les cieux et que diront les astres,
Quand leurs rayons en vain chercheront tes sommets,
Et qu'ils assisteront d'en haut à tes désastres,
Eux qui croyaient pouvoir te sourire à jamais ?
De quel œil verront-ils, du fond des mers sans borne,
À la placejadis s'étalaient tes splendeurs,
Émerger brusquement dans leur nudité morne,
Des continents nouveaux sans verdure et sans fleurs ?
Ah ! si l'attraction à la céleste voûte
Par de fermes liens ne les attachait pas,
Ils tomberaient du ciel ou changeraient de route,
Plutôt que d'éclairer un pareil ici-bas.
Nous que rien ne retient, nous, artistes qu'enivre
L'Idéal qu'ardemment poursuit notre désir,
Du moins nous n'aurons point la douleur de survivre
Au monde où nous avions espéré le saisir.
Nous serons les premiers que les vents et que l'onde
Emporteront brisés en balayant nos bords.
Dans les gouffres ouverts d'une mer furibonde,
N'ayant pu les sauver, nous suivrons nos trésors.
Après tout, quand viendra l'heure horrible et fatale,
En plein déchaînement d'aveugles appétits,
Sous ces flots gros de haine et de rage brutale,
Les moins à plaindre encore seront les engloutis.

Le déluge un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 495)  Voter pour ce poème44 votes

La Nature à l’Homme de Louise Ackermann


Dans tout l'enivrement d'un orgueil sans mesure,
Ébloui
des lueurs de ton esprit borné,
Homme
, tu m'as crié : « Repose-toi, Nature !
Ton
œuvre est close : je suis né ! »

Quoi !
lorsqu'elle a l'espace et le temps devant elle,
Quand
la matière est là sous son doigt créateur,
Elle
s'arrêterait, l'ouvrière immortelle,
Dans
l'ivresse de son labeur?

Et
c'est toi qui serais mes limites dernières ?
L
'atome humain pourrait entraver mon essor ?
C
'est à cet abrégé de toutes les misères
Qu
'aurait tendu mon long effort ?

Non
, tu n'es pas mon but, non, tu n'es pas ma borne
A
te franchir déjà je songe en te créant ;
Je
ne viens pas du fond de l'éternité morne.
Pour
n'aboutir qu'à ton néant.

Ne
me vois-tu donc pas, sans fatigue et sans trêve,
Remplir
l'immensité des œuvres de mes mains ?
Vers
un terme inconnu, mon espoir et mon rêve,
M
'élancer par mille chemins,

Appelant
, tour à tour patiente ou pressée,
Et
jusqu'en mes écarts poursuivant mon dessein,
A
la forme, à la vie et même à la pensée
La
matière éparse en mon sein ?

J
'aspire ! C'est mon cri, fatal, irrésistible.
Pour
créer l'univers je n'eus qu'à le jeter ;
L
'atome s'en émut dans sa sphère invisible,
L
'astre se mit à graviter.

L
'éternel mouvement n'est que l'élan des choses
Vers
l'idéal sacré qu'entrevoit mon désir ;
Dans
le cours ascendant de mes métamorphoses
Je
le poursuis sans le saisir ;

Je
le demande aux cieux, à l'onde, à l'air fluide,
Aux
éléments confus, aux soleils éclatants ;
S
'il m'échappe ou résiste à mon étreinte avide,
Je
le prendrai des mains du Temps.

Quand
j'entasse à la fois naissances, funérailles,
Quand
je crée ou détruis avec acharnement,
Que
fais-je donc, sinon préparer mes entrailles
Pour
ce suprême enfantement ?

Point
d'arrêt à mes pas, point de trêve à ma tâche !
Toujours
recommencer et toujours repartir.
Mais
je n'engendre pas sans fin et sans relâche
Pour
le plaisir d'anéantir.

J
'ai déjà trop longtemps fait œuvre de marâtre,
J
'ai trop enseveli, j'ai trop exterminé,
Moi
qui ne suis au fond que la mère idolâtre
D
'un seul enfant qui n'est pas né.

Quand
donc pourrai-je enfin, émue et palpitante,
Après
tant de travaux et tant d'essais ingrats,
A
ce fils de mes vœux et de ma longue attente
Ouvrir
éperdument les bras ?

De
toute éternité, certitude sublime !
Il
est conçu ; mes flancs l'ont senti s'agiter.
L
'amour qui couve en moi, l'amour que je comprime
N
'attend que Lui pour éclater.

Qu
'il apparaisse au jour, et, nourrice en délire,
Je
laisse dans mon sein ses regards pénétrer.
-
Mais un voile te cache. - Eh bien ! je le déchire :
Me
découvrir c'est me livrer.

Surprise
dans ses jeux, la Force est asservie.
Il
met les Lois au joug. A sa voix, à son gré,
Découvertes
enfin, les sources de la Vie
Vont
épancher leur flot sacré.

Dans
son élan superbe Il t'échappe, ô Matière !
Fatalité
, sa main rompt tes anneaux d'airain !
Et
je verrai planer dans sa propre lumière
Un
être libre et souverain.

serez-vous alors, vous qui venez de naître,
Ou
qui naîtrez encore, ô multitude, essaim,
Qui
, saisis tout à coup du vertige de l'être,
Sortiez
en foule de mon sein ?

Dans
la mort, dans l'oubli. Sous leurs vagues obscures
Les
âges vous auront confondus et roulés,
Ayant
fait un berceau pour les races futures
De
vos limons accumulés.

Toi-même
qui te crois la couronne et le faîte
Du
monument divin qui n'est point achevé,
Homme
, qui n'es au fond que l'ébauche imparfaite
Du
chef-d'œuvre que j'ai rêvé,

A
ton tour, à ton heure, if faut que tu périsses.
Ah !
ton orgueil a beau s'indigner et souffrir,
Tu
ne seras jamais dans mes mains créatrices
Que
de l'argile à repétrir.

La Nature à l’Homme un poème de Louise Ackermann

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L'improvisation de Agénor Altaroche


Des vers, à loi, rimeur intarissable ?
A
toi des vers ? C'est un projet de fou !
C
'est au désert jeter un grain de sable ;
Sur
le rocher c'est poser un caillou.
N
'ai-je pas vu ma muse trop rebelle
A
mes désirs souvent se refuser ?
Or
, pour parler ta langue maternelle,
Il faut improviser.

Improviser
, c'est le premier mérite,
Le
vrai trésor, l'inestimable bien,
En
notre sièclecelui qui fait vite
A
plus de prix que celui qui fait bien.
Heureux
qui sait faire vite et bien faire !
Avec
cet art à tout l'on peut viser.
De
lui naquit ton succès populaire ;
Tu sus l'improviser !

Peu
d'élus ont ce talent en partage.
Ils
l'ignoraient, nos tuteurs des trois jours,
Oui
, de juillet saisissant l'héritage,
Ont
du torrent si bien réglé le cours.
Depuis
qu'ils ont remis tout à sa place,
Si
le pays n'est que plus divisé,
C
'est qu'oubliant le précepte d'Horace,
Ils ont improvisé.

Un
gros banquier qui ne prête qu'à douze,
A
, l'an dernier, serré le doux lien.
Avant
six mois, sa diligente épouse
Donne
à l'Etat un petit citoyen.
Le
financier d'abord éclate et peste ;
Puis
il médite, et bientôt ravisé,
«
Diable, dit-il, ma femme est un peu leste !
Aurais-je improvisé ? »

Si
le secret de ton art poétique
Aux
dieux du monde était du moins livré !
Société
, mœurs, lois et politique,
Tout
a besoin d'être régénéré.
Des
exploitants en vain l'absurde foule
Nous
dit : « Le temps peut seul organiser. »
Badauds, arrière ! autour de vous tout croule.
Il faut improviser.

L'improvisation un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 468)  Voter pour ce poème36 votes

A celle qui est restée en France de Victor Hugo



Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange
Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d'ange,
Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.

Ce livre où vit mon âme, espoir, deuil, rêve, effroi,
Ce livre qui contient le spectre de ma vie,
Mes angoisses, mon aube, hélas ! de pleurs suivie,
L'ombre et son ouragan, la rose et son pistil,
Ce livre azuré, triste, orageux, d'où sort-il ?
D'où sort le blême éclair qui déchire la brume ?
Depuis quatre ans, j'habite un tourbillon d'écume ;
Ce livre en a jailli. Dieu dictait, j'écrivais ;
Car je suis paille au vent. Va ! dit l'esprit. Je vais.
Et, quand j'eus terminé ces pages, quand ce livre
Se mit à palpiter, à respirer, à vivre,
Une église des champs, que le lierre verdit,
Dont la tour sonne l'heure à mon néant, m'a dit :
Ton cantique est fini ; donne-le-moi, poëte.
- Je le réclame, a dit la forêt inquiète ;
Et le doux pré fleuri m'a dit : - Donne-le-moi.
La mer, en le voyant frémir, m'a dit : - Pourquoi
Ne pas me le jeter, puisque c'est une voile !
- C'est à moi qu'appartient cet hymne, a dit l'étoile.
- Donne-le-nous, songeur, ont crié les grands vents.
Et les oiseaux m'ont dit : - Vas-tu pas aux vivants
Offrir ce livre, éclos si loin de leurs querelles ?
Laisse-nous l'emporter dans nos nids sur nos ailes ! -
Mais le vent n'aura point mon livre, ô cieux profonds !
Ni la sauvage mer, livrée aux noirs typhons,
Ouvrant et refermant ses flots, âpres embûches ;
Ni la verte forêt qu'emplit un bruit de ruches ;
Ni l'église où le temps fait tourner son compas ;
Le pré ne l'aura pas, l'astre ne l'aura pas,
L'oiseau ne l'aura pas, qu'il soit aigle ou colombe,
Les nids ne l'auront pas ; je le donne à la tombe.

II

Autrefois, quand septembre en larmes revenait,
Je partais, je quittais tout ce qui me connaît,
Je m'évadais ; Paris s'effaçait ; rien, personne !
J'allais, je n'étais plus qu'une ombre qui frissonne,
Je fuyais, seul, sans voir, sans penser, sans parler,
Sachant bien que j'irais où je devais aller ;
Hélas ! je n'aurais pu même dire : Je souffre !
Et, comme subissant l'attraction d'un gouffre,
Que le chemin fût beau, pluvieux, froid, mauvais,
J'ignorais, je marchais devant moi, j'arrivais.
Ô souvenirs ! ô forme horrible des collines !
Et, pendant que la mère et la soeur, orphelines,
Pleuraient dans la maison, je cherchais le lieu noir
Avec l'avidité morne du désespoir ;
Puis j'allais au champ triste à côté de l'église ;
Tête nue, à pas lents, les cheveux dans la bise,
L'oeil aux cieux, j'approchais ; l'accablement soutient ;
Les arbres murmuraient : C'est le père qui vient !
Les ronces écartaient leurs branches desséchées ;
Je marchais à travers les humbles croix penchées,
Disant je ne sais quels doux et funèbres mots ;
Et je m'agenouillais au milieu des rameaux
Sur la pierre qu'on voit blanche dans la verdure.
Pourquoi donc dormais-tu d'une façon si dure
Que tu n'entendais pas lorsque je t'appelais ?

Et les pêcheurs passaient en traînant leurs filets,
Et disaient : Qu'est-ce donc que cet homme qui songe ?
Et le jour, et le soir, et l'ombre qui s'allonge,
Et Vénus, qui pour moi jadis étincela,
Tout avait disparu que j'étais encor là.
J'étais là, suppliant celui qui nous exauce ;
J'adorais, je laissais tomber sur cette fosse,
Hélas ! où j'avais vu s'évanouir mes cieux,
Tout mon coeur goutte à goutte en pleurs silencieux ;
J'effeuillais de la sauge et de la clématite ;
Je me la rappelais quand elle était petite,
Quand elle m'apportait des lys et des jasmins,
Ou quand elle prenait ma plume dans ses mains,
Gaie, et riant d'avoir de l'encre à ses doigts roses ;
Je respirais les fleurs sur cette cendre écloses,
Je fixais mon regard sur ces froids gazons verts,
Et par moments, ô Dieu, je voyais, à travers
La pierre du tombeau, comme une lueur d'âme !

Oui, jadis, quand cette heure en deuil qui me réclame
Tintait dans le ciel triste et dans mon coeur saignant,
Rien ne me retenait, et j'allais ; maintenant,
Hélas !... - Ô fleuve ! ô bois ! vallons dont je fus l'hôte,
Elle sait, n'est-ce pas ? que ce n'est pas ma faute
Si, depuis ces quatre ans, pauvre coeur sans flambeau,
Je ne suis pas allé prier sur son tombeau !

III

Ainsi, ce noir chemin que je faisais, ce marbre
Que je contemplais, pâle, adossé contre un arbre,
Ce tombeau sur lequel mes pieds pouvaient marcher,
La nuit, que je voyais lentement approcher,
Ces ifs, ce crépuscule avec ce cimetière,
Ces sanglots, qui du moins tombaient sur cette pierre,
Ô mon Dieu, tout cela, c'était donc du bonheur !

Dis, qu'as-tu fait pendant tout ce temps-là ? - Seigneur,
Qu'a-t-elle fait ? - Vois-tu la vie en vos demeures ?
A quelle horloge d'ombre as-tu compté les heures ?
As-tu sans bruit parfois poussé l'autre endormi ?
Et t'es-tu, m'attendant, réveillée à demi ?
T'es-tu, pâle, accoudée à l'obscure fenêtre
De l'infini, cherchant dans l'ombre à reconnaître
Un passant, à travers le noir cercueil mal joint,
Attentive, écoutant si tu n'entendais point
Quelqu'un marcher vers toi dans l'éternité sombre ?
Et t'es-tu recouchée ainsi qu'un mât qui sombre,
En disant : Qu'est-ce donc ? mon père ne vient pas !
Avez-vous tous les deux parlé de moi tout bas ?

Que de fois j'ai choisi, tout mouillés de rosée,
Des lys dans mon jardin, des lys dans ma pensée !
Que de fois j'ai cueilli de l'aubépine en fleur !
Que de fois j'ai, là-bas, cherché la tour d'Harfleur,
Murmurant : C'est demain que je pars ! et, stupide,
Je calculais le vent et la voile rapide,
Puis ma main s'ouvrait triste, et je disais : Tout fuit !
Et le bouquet tombait, sinistre, dans la nuit !
Oh ! que de fois, sentant qu'elle devait m'attendre,
J'ai pris ce que j'avais dans le coeur de plus tendre
Pour en charger quelqu'un qui passerait par là !

Lazare ouvrit les yeux quand Jésus l'appela ;
Quand je lui parle, hélas ! pourquoi les ferme-t-elle ?
serait donc le mal quand de l'ombre mortelle
L'amour violerait deux fois le noir secret,
Et quand, ce qu'un dieu fit, un père le ferait ?

IV

Que ce livre, du moins, obscur message, arrive,
Murmure, à ce silence, et, flot, à cette rive !
Qu'il y tombe, sanglot, soupir, larme d'amour !
Qu'il entre en ce sépulcre où sont entrés un jour
Le baiser, la jeunesse, et l'aube, et la rosée,
Et le rire adoré de la fraîche épousée,
Et la joie, et mon coeur, qui n'est pas ressorti !
Qu'il soit le cri d'espoir qui n'a jamais menti,
Le chant du deuil, la voix du pâle adieu qui pleure,
Le rêve dont on sent l'aile qui nous effleure !
Qu'elle dise : Quelqu'un est là ; j'entends du bruit !
Qu'il soit comme le pas de mon âme en sa nuit !

Ce livre, légion tournoyante et sans nombre
D'oiseaux blancs dans l'aurore et d'oiseaux noirs dans l'ombre,
Ce vol de souvenirs fuyant à l'horizon,
Cet essaim que je lâche au seuil de ma prison,
Je vous le confie, air, souffles, nuée, espace !
Que ce fauve océan qui me parle à voix basse,
Lui soit clément, l'épargne et le laisse passer !
Et que le vent ait soin de n'en rien disperser,
Et jusqu'au froid caveau fidèlement apporte
Ce don mystérieux de l'absent à la morte !

Ô Dieu ! puisqu'en effet, dans ces sombres feuillets,
Dans ces strophes qu'au fond de vos cieux je cueillais,
Dans ces chants murmurés comme un épithalame
Pendant que vous tourniez les pages de mon âme,
Puisque j'ai, dans ce livre, enregistré mes jours,
Mes maux, mes deuils, mes cris dans les problèmes sourds,
Mes amours, mes travaux, ma vie heure par heure ;
Puisque vous ne voulez pas encor que je meure,
Et qu'il faut bien pourtant que j'aille lui parler ;
Puisque je sens le vent de l'infini souffler
Sur ce livre qu'emplit l'orage et le mystère ;
Puisque j'ai versétoutes vos ombres, terre,
Humanité, douleur, dont je suis le passant ;
Puisque de mon esprit, de mon coeur, de mon sang,
J'ai fait l'âcre parfum de ces versets funèbres,
Va-t'en, livre, à l'azur, à travers les ténèbres !
Fuis vers la brume où tout à pas lents est conduit !
Oui, qu'il vole à la fosse, à la tombe, à la nuit,
Comme une feuille d'arbre ou comme une âme d'homme !
Qu'il roule au gouffre où va tout ce que la voix nomme !
Qu'il tombe au plus profond du sépulcre hagard,
A côté d'elle, ô mort ! et que là, le regard,
Près de l'ange qui dort, lumineux et sublime,
Le voie épanoui, sombre fleur de l'abîme !

V

Ô doux commencements d'azur qui me trompiez,
Ô bonheurs ! je vous ai durement expiés !
J'ai le droit aujourd'hui d'être, quand la nuit tombe,
Un de ceux qui se font écouter de la tombe,
Et qui font, en parlant aux morts blêmes et seuls,
Remuer lentement les plis noirs des linceuls,
Et dont la parole, âpre ou tendre, émeut les pierres,
Les grains dans les sillons, les ombres dans les bières,
La vague et la nuée, et devient une voix
De la nature, ainsi que la rumeur des bois.
Car voilà, n'est-ce pas, tombeaux ? bien des années,
Que je marche au milieu des croix infortunées,
Échevelé parmi les ifs et les cyprès,
L'âme au bord de la nuit, et m'approchant tout près,
Et que je vais, courbé sur le cercueil austère,
Questionnant le plomb, les clous, le ver de terre
Qui pour moi sort des yeux de la tête de mort,
Le squelette qui rit, le squelette qui mord,
Les mains aux doigts noueux, les crânes, les poussières,
Et les os des genoux qui savent des prières !

Hélas ! j'ai fouillé tout. J'ai voulu voir le fond.
Pourquoi le mal en nous avec le bien se fond,
J'ai voulu le savoir. J'ai dit : Que faut-il croire ?
J'ai creusé la lumière, et l'aurore, et la gloire,
L'enfant joyeux, la vierge et sa chaste frayeur,
Et l'amour, et la vie, et l'âme, - fossoyeur.

Qu'ai-je appris ? J'ai, pensif , tout saisi sans rien prendre ;
J'ai vu beaucoup de nuit et fait beaucoup de cendre.
Qui sommes-nous ? que veut dire ce mot : Toujours ?
J'ai tout enseveli, songes, espoirs, amours,
Dans la fosse que j'ai creusée en ma poitrine.
Qui donc a la science ? où donc est la doctrine ?
Oh ! que ne suis-je encor le rêveur d'autrefois,
Qui s'égarait dans l'herbe, et les prés, et les bois,
Qui marchait souriant, le soir, quand le ciel brille,
Tenant la main petite et blanche de sa fille,
Et qui, joyeux, laissant luire le firmament,
Laissant l'enfant parler, se sentait lentement
Emplir de cet azur et de cette innocence !

Entre Dieu qui flamboie et l'ange qui l'encense,
J'ai vécu, j'ai lutté, sans crainte, sans remord.
Puis ma porte soudain s'ouvrit devant la mort,
Cette visite brusque et terrible de l'ombre.
Tu passes en laissant le vide et le décombre,
Ô spectre ! tu saisis mon ange et tu frappas.
Un tombeau fut dès lors le but de tous mes pas.

VI

Je ne puis plus reprendre aujourd'hui dans la plaine
Mon sentier d'autrefois qui descend vers la Seine ;
Je ne puis plus aller où j'allais ; je ne puis,
Pareil à la laveuse assise au bord du puits,
Que m'accouder au mur de l'éternel abîme ;
Paris m'est éclipsé par l'énorme Solime ;
La haute Notre-Dame à présent, qui me luit,
C'est l'ombre ayant deux tours, le silence et la nuit,
Et laissant des clartés trouer ses fatals voiles ;
Et je vois sur mon front un panthéon d'étoiles ;
Si j'appelle Rouen, Villequier, Caudebec,
Toute l'ombre me crie : Horeb, Cédron, Balbeck !
Et, si je pars, m'arrête à la première lieue,
Et me dit: Tourne-toi vers l'immensité bleue !
Et me dit : Les chemins où tu marchais sont clos.
Penche-toi sur les nuits, sur les vents, sur les flots !
A quoi penses-tu donc ? que fais-tu, solitaire ?
Crois-tu donc sous tes pieds avoir encor la terre ?
vas-tu de la sorte et machinalement ?
Ô songeur ! penche-toi sur l'être et l'élément !
Écoute la rumeur des âmes dans les ondes !
Contemple, s'il te faut de la cendre, les mondes ;
Cherche au moins la poussière immense, si tu veux
Mêler de la poussière à tes sombres cheveux,
Et regarde, en dehors de ton propre martyre,
Le grand néant, si c'est le néant qui t'attire !
Sois tout à ces soleils où tu remonteras !
Laisse là ton vil coin de terre. Tends les bras,
Ô proscrit de l'azur, vers les astres patries !
Revois-y refleurir tes aurores flétries ;
Deviens le grand oeil fixe ouvert sur le grand tout.
Penche-toi sur l'énigme où l'être se dissout,
Sur tout ce qui naît, vit, marche, s'éteint, succombe,
Sur tout le genre humain et sur toute la tombe !

Mais mon coeur toujours saigne et du même côté.
C'est en vain que les cieux, les nuits, l'éternité,
Veulent distraire une âme et calmer un atome.
Tout l'éblouissement des lumières du dôme
M'ôte-t-il une larme ? Ah ! l'étendue a beau
Me parler, me montrer l'universel tombeau,
Les soirs sereins, les bois rêveurs, la lune amie ;
J'écoute, et je reviens à la douce endormie.

VII

Des fleurs ! oh ! si j'avais des fleurs ! si Je pouvais
Aller semer des lys sur ces deux froids chevets !
Si je pouvais couvrir de fleurs mon ange pâle !
Les fleurs sont l'or, l'azur, l'émeraude, l'opale !
Le cercueil au milieu des fleurs veut se coucher ;
Les fleurs aiment la mort, et Dieu les fait toucher
Par leur racine aux os, par leur parfum aux âmes !
Puisque je ne le puis, aux lieux que nous aimâmes,
Puisque Dieu ne veut pas nous laisser revenir,
Puisqu'il nous fait lâcher ce qu'on croyait tenir,
Puisque le froid destin, dans ma geôle profonde,
Sur la première porte en scelle une seconde,
Et, sur le père triste et sur l'enfant qui dort,
Ferme l'exil après avoir fermé la mort,
Puisqu'il est impossible à présent que je jette
Même un brin de bruyère à sa fosse muette,
C'est bien le moins qu'elle ait mon âme, n'est-ce pas ?
Ô vent noir dont j'entends sur mon plafond le pas !
Tempête, hiver, qui bats ma vitre de ta grêle !
Mers, nuits ! et je l'ai mise en ce livre pour elle !

Prends ce livre ; et dis-toi : Ceci vient du vivant
Que nous avons laissé derrière nous, rêvant.
Prends. Et, quoique de loin, reconnais ma voix, âme !
Oh ! ta cendre est le lit de mon reste de flamme ;
Ta tombe est mon espoir, ma charité, ma foi ;
Ton linceul toujours flotte entre la vie et moi.
Prends ce livre, et fais-en sortir un divin psaume !
Qu'entre tes vagues mains il devienne fantôme !
Qu'il blanchisse, pareil à l'aube qui pâlit,
A mesure que l'oeil de mon ange le lit,
Et qu'il s'évanouisse, et flotte, et disparaisse,
Ainsi qu'un âtre obscur qu'un souffle errant caresse,
Ainsi qu'une lueur qu'on voit passer le soir,
Ainsi qu'un tourbillon de feu de l'encensoir,
Et que, sous ton regard éblouissant et sombre,
Chaque page s'en aille en étoiles dans l'ombre !

VIII

Oh ! quoi que nous fassions et quoi que nous disions,
Soit que notre âme plane au vent des visions,
Soit qu'elle se cramponne à l'argile natale,
Toujours nous arrivons à ta grotte fatale,
Gethsémani ! qu'éclaire une vague lueur !
Ô rocher de l'étrange et funèbre sueur !
Cave où l'esprit combat le destin ! ouverture
Sur les profonds effrois de la sombre nature !
Antre d'où le lion sort rêveur, en voyant
Quelqu'un de plus sinistre et de plus effrayant,
La douleur, entrer, pâle, amère, échevelée !
Ô chute ! asile ! ô seuil de la trouble vallée
D'où nous apercevons nos ans fuyants et courts,
Nos propres pas marqués dans la fange des jours,
L'échelle où le mal pèse et monte, spectre louche,
L'âpre frémissement de la palme farouche,
Les degrés noirs tirant en bas les blancs degrés,
Et les frissons aux fronts des anges effarés !

Toujours nous arrivons à cette solitude,
Et, là, nous nous taisons, sentant la plénitude !

Paix à l'ombre ! Dormez ! dormez ! dormez ! dormez !
Êtres, groupes confus lentement transformés !
Dormez, les champs ! dormez, les fleurs ! dormez, les tombes !
Toits, murs, seuils des maisons, pierres des catacombes,
Feuilles au fond des bois, plumes au fond des nids,
Dormez ! dormez, brins d'herbe, et dormez, infinis !
Calmez-vous, forêt, chêne, érable, frêne, yeuse !
Silence sur la grande horreur religieuse,
Sur l'océan qui lutte et qui ronge son mors,
Et sur l'apaisement insondable des morts !
Paix à l'obscurité muette et redoutée,
Paix au doute effrayant, à l'immense ombre athée,
A toi, nature, cercle et centre, âme et milieu,
Fourmillement de tout, solitude de Dieu !
Ô générations aux brumeuses haleines,
Reposez-vous ! pas noirs qui marchez dans les plaines !
Dormez, vous qui saignez ; dormez, vous qui pleurez !
Douleurs, douleurs, douleurs, fermez vos yeux sacrés !
Tout est religion et rien n'est imposture.
Que sur toute existence et toute créature,
Vivant du souffle humain ou du souffle animal,
Debout au seuil du bien, croulante au bord du mal,
Tendre ou farouche, immonde ou splendide, humble ou grande,
La vaste paix des cieux de toutes parts descende !
Que les enfers dormants rêvent les paradis !
Assoupissez-vous, flots, mers, vents, âmes, tandis
Qu'assis sur la montagne en présence de l'Être,
Précipice où l'on voit pêle-mêle apparaître
Les créations, l'astre et l'homme, les essieux
De ces chars de soleil que nous nommons les cieux,
Les globes, fruits vermeils des divines ramées,
Les comètes d'argent dans un champ noir semées,
Larmes blanches du drap mortuaire des nuits,
Les chaos, les hivers, ces lugubres ennuis,
Pâle, ivre d'ignorance, ébloui de ténèbres,
Voyant dans l'infini s'écrire des algèbres,
Le contemplateur, triste et meurtri, mais serein,
Mesure le problème aux murailles d'airain,
Cherche à distinguer l'aube à travers les prodiges,
Se penche, frémissant, au puits des grands vertiges,
Suit de l'oeil des blancheurs qui passent, alcyons,
Et regarde, pensif, s'étoiler de rayons,
De clartés, de lueurs, vaguement enflammées,
Le gouffre monstrueux plein d'énormes fumées.

Guernesey, 2 novembre 1855, jour des morts.

A celle qui est restée en France un poème de Victor Hugo

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Victor Hugo (n° 427)  Voter pour ce poème856 votes

Le Lion et l'Ane chassant de Jean de La Fontaine


Le roi des animaux se mit un jour en tête
De
giboyer : il célébrait sa fête.
Le
gibier du lion, ce ne sont pas moineaux,
Mais
beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux.
Pour
réussir dans cette affaire,
Il
se servit du ministère
De
l'âne à la voix de Stentor.
L
'âne à messer lion fit office de cor.
Le
lion le posta, le couvrit de ramée,
Lui
commanda de braire, assuré qu'à ce son
Les
moins intimidés fuiraient de leur maison.
Leur
troupe n'était pas encore accoutumée
A
la tempête de sa voix ;
L
'air en retentissait d'un bruit épouvantable :
La
frayeur saisissait les hôtes de ces bois,
Tous
fuyaient, tous tombaient au piège inévitable
les attendait le lion.
" N
'ai-je pas bien servi dans cette occasion ?
Dit
l'âne, en se donnant tout l'honneur de la chasse.

Oui
, reprit le lion, c'est bravement crié :
Si
je ne connaissais sa personne et ta race,
J
'en serais moi-même effrayé. "
L
'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère,
Encor
qu'on le raillât avec juste raison ;
Car
qui pourrait souffrir un âne fanfaron ?
Ce
n'est pas là leur caractère.

Le Lion et l'Ane chassant un poème de Jean de La Fontaine

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Les voleurs et l'Ane de Jean de La Fontaine


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Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


Peut-être que ton corps charmant, qui me tourmente
Par
la grâce des mains, des lèvres et de l'oeil,
Établit
en moi seule une saison démente
l'instinctif élan est grave comme un deuil.
Je
l'ai lu dans un juste et saisissant recueil:
«
La beauté de l'amant n'est qu'au coeur de l'amante »
C
'est donc moi qui te fais un excessif accueil !
-
Alors, pourquoi ce rare et précis esclavage ?
Mais
mon mal est sacré puisque le sort le veut !
Et
c'est mon besoin fol comme mon besoin sage
De
préférer au monde un seul de tes cheveux !

Poème de l'amour un poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles

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Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


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Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


Si je n'aimais que toi en toi
Je
guérirais de ton visage,
Je
guérirais bien de ta voix
Qui
m'émeut comme lorsqu'on voit,
Dans
le nocturne paysage,
La
lune énigmatique et sage,
Qui
nous étonne chaque fois.

-
Si c'était toi par qui je rêve,
Toi
vraiment seul, toi seulement,
J
'observerais tranquillement
Ce
clair contour, cette âme brève
Qui
te commence et qui t'achève.

Mais
à cause de nos regards,
À
cause de l'insaisissable,
À
cause de tous les hasards,
Je
suis parmi toi haute et stable
Comme
le palmier dans les sables;

Nous
sommes désormais égaux,
Tout
nous joint, rien ne nous sépare,
Je
te choisis si je compare;
-
C'est toi le riche et moi l'avare,
C
'est toi le chant et moi l'écho,
Et
t'ayant comblé de moi-même,
Ô
visage par qui je meurs,
Rêves
, désirs, parfums, rumeurs,
Est-ce
toi ou bien moi que j'aime ?

Poème de l'amour un poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles (n° 78)  Voter pour ce poème218 votes

Sois soumis, mon chagrin de Georges Perec


Sois soumis, mon chagrin, puis dans ton coin sois sourd.
Tu
la voulais la nuit, la voilà, la voici :
Un
air tout obscurci a chu sur nos faubourgs,
Ici
portant la paix, là-bas donnant souci.
Tandis
qu'un vil magma d'humains, oh, trop banals,
Sous
l'aiguillon Plaisir, guillotin sans amour,
Va
puisant son poison aux puants carnavals,
Mon
chagrin, saisis-moi la main; là, pour toujours,

Loin
d'ici. Vois s'offrir sur un balcon d'oubli,
Aux
habits pourrissants, nos ans qui sont partis;
Surgir
du fond marin un guignon souriant;

Apollon
moribond s'assoupir sous un arc,
Puis
ainsi qu'un drap noir traînant au clair ponant,
Ouïs
, Amour, ouïs la Nuit qui sourd du parc.

Sois soumis, mon chagrin un poème de Georges Perec

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Georges Perec (n° 338)  Voter pour ce poème549 votes


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