Poème avions - 4 Poèmes sur avions


4 poèmes


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Le déluge de Louise Ackermann


À VICTOR HUGO

Tu l'as dit : C'en est fait ; ni fuite ni refuge
Devant l'assaut prochain et furibond des flots.
Ils avancent toujours. C'est sur ce mot, Déluge,
Poète de malheur, que ton livre s'est clos.
Mais comment osa-t-il échapper à ta bouche ?
Ah ! pour le prononcer, même au dernier moment,
Il fallait ton audace et ton ardeur farouche,
Tant il est plein d'horreur et d'épouvantement.
Vous êtes avertis : c'est une fin de monde
Que ces flux, ces rumeurs, ces agitations.
Nous n'en sommes encore qu'aux menaces de l'onde,
À demain les fureurs et les destructions.

Déjà depuis longtemps, saisis de terreurs vagues,
Nous regardions la mer qui soulevait son sein,
Et nous nous demandions : « Que veulent donc ces vagues ?
On dirait qu'elles ont quelque horrible dessein. »
Tu viens de le trahir ce secret lamentable ;
Grâce à toi, nous savons à quoi nous en tenir.
Oui, le Déluge est là, terrible, inévitable ;
Ce n'est pas l'appeler que de le voir venir.

Pourtant, nous l'avouerons, si toutes les colères
De ce vaste océan qui s'agite et qui bout,
N'allaient qu'à renverser quelques tours séculaires
Que nous nous étonnions de voir encore debout,
Monuments que le temps désagrège ou corrode,
Et qui nous inspiraient une secrète horreur :
Obstacles au progrès, missel usé, vieux code,
Où se réfugiaient l'injustice et l'erreur,
Des autels délabrés, des trônes en décombre
Qui nous rétrécissaient à dessein l'horizon,
Et dont les débris seuls projetaient assez d'ombre
Pour retarder longtemps l'humaine floraison,
Nous aurions à la mer déjà crié : « Courage !
Courage ! L'oeuvre est bon que ton onde accomplit. »
Mais quoi ! ne renverser qu'un môle ou qu'un barrage ?
Ce n'est pas pour si peu qu'elle sort de son lit.
Ses flots, en s'élançant par-dessus toute cime,
N'obéissent, hélas ! qu'à d'aveugles instincts.
D'ailleurs, sachez-le bien, ces enfants de l'abîme,
Pour venir de plus bas, n'en sont que plus hautains.
Rien ne satisfera leur convoitise immense.
Dire : « Abattez ceci, mais respectez cela, »
N'amènerait en eux qu'un surcroît de démence ;
On ne fait point sa part à cet Océan-là.
Ce qu'il lui faut, c'est tout. Le même coup de houle
Balaiera sous les yeux de l'homme épouvanté
Le phare qui s'élève et le temple qui croule,
Ce qui voilait le jour ou donnait la clarté,
L'obscure sacristie et le laboratoire,
Le droit nouveau, le droit divin et ses décrets,
Le souterrain profond et le haut promontoire
D'où nous avions déjà salué le Progrès.
Tout cela ne fera qu'une ruine unique.
Avenir et passé s'y vont amonceler.
Oui, nous le proclamons, ton Déluge est inique :
Il ne renversera qu'afin de niveler.
Si nous devons bientôt, des bas-fonds en délire,
Le voir s'avancer, fier de tant d'écroulements,
Du moins nous n'aurons pas applaudi de la lyre
Au triomphe futur d'ignobles éléments.
Nous ne trouvons en nous que des accents funèbres,
Depuis que nous savons l'affreux secret des flots.
Nous voulions la lumière, ils feront les ténèbres ;
Nous rêvions l'harmonie, et voici le chaos.

Vieux monde, abîme-toi, disparais, noble arène
jusqu'au bout l'Idée envoya ses lutteurs,
Où le penseur lui-même, à sa voix souveraine,
Pour combattre au besoin, descendait des hauteurs.
Tu ne méritais pas, certes, un tel cataclysme,
Toi si fertile encore, ô vieux sol enchanté !
D'où pour faire jaillir des sources d'héroïsme,
Il suffisait d'un mot, Patrie ou Liberté !
Un océan fangeux va couvrir de ses lames
Tes sillonsgermaient de sublimes amours,
Terrain cher et sacré, fait d'alluvions d'âmes,
Et qui ne demandais qu'à t'exhausser toujours.
Que penseront les cieux et que diront les astres,
Quand leurs rayons en vain chercheront tes sommets,
Et qu'ils assisteront d'en haut à tes désastres,
Eux qui croyaient pouvoir te sourire à jamais ?
De quel œil verront-ils, du fond des mers sans borne,
À la placejadis s'étalaient tes splendeurs,
Émerger brusquement dans leur nudité morne,
Des continents nouveaux sans verdure et sans fleurs ?
Ah ! si l'attraction à la céleste voûte
Par de fermes liens ne les attachait pas,
Ils tomberaient du ciel ou changeraient de route,
Plutôt que d'éclairer un pareil ici-bas.
Nous que rien ne retient, nous, artistes qu'enivre
L'Idéal qu'ardemment poursuit notre désir,
Du moins nous n'aurons point la douleur de survivre
Au monde où nous avions espéré le saisir.
Nous serons les premiers que les vents et que l'onde
Emporteront brisés en balayant nos bords.
Dans les gouffres ouverts d'une mer furibonde,
N'ayant pu les sauver, nous suivrons nos trésors.
Après tout, quand viendra l'heure horrible et fatale,
En plein déchaînement d'aveugles appétits,
Sous ces flots gros de haine et de rage brutale,
Les moins à plaindre encore seront les engloutis.

Le déluge un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 495)  Voter pour ce poème129 votes

Les Malheureux de Louise Ackermann


La trompette a sonné. Des tombes entr'ouvertes
Les
pâles habitants ont tout à coup frémi.
Ils
se lèvent, laissant ces demeures désertes
dans l'ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelgues
morts cependant sont restés immobiles ;
Ils
ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni
l'ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne
les arracheront.

« Quoi !
renaître ! revoir le ciel et la lumière,
Ces
témoins d'un malheur qui n'est point oublié,
Eux
qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont
souri sans pitié !

Non
, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !
Fille
du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.
Et
toi, sœur du Sommeil, toi qui nous as bercés,
Mort
, ne nous livre pas ; contre ton sein fidèle
Tiens-nous
bien embrassés.

Ah!
l'heure où tu parus est à jamais bénie ;
Sur
notre front meurtri que ton baiser fut doux !
Quand
tout nous rejetait, le néant et la vie,
Tes
bras compatissants, ô notre unique amie !
Se
sont ouverts pour nous.

Nous
arrivions à toi, venant d'un long voyage,
Battus
par tous les vents, haletants, harassés.
L
'Espérance elle-même, au plus fort de l'orage,
Nous
avait délaissés.

Nous
n'avions rencontré que désespoir et doute,
Perdus
parmi les flots d'un monde indifférent ;
d'autres s'arrêtaient enchantés sur la route,
Nous
errions en pleurant.

Près
de nous la Jeunesse a passé, les mains vides,
Sans
nous avoir fêtés, sans nous avoir souri.
Les
sources de l'amour sous nos lèvres avides,
Comme
une eau fugitive, au printemps ont tari.
Dans
nos sentiers brûlés pas une fleur ouverte.
Si
, pour aider nos pas, quelque soutien chéri
Parfois
s'offrait à nous sur la route déserte,
Lorsque
nous les touchions, nos appuis se brisaient :
Tout
devenait roseau quand nos cœurs s'y posaient.
Au
gouffre que pour nous creusait la Destinée
Une
invisible main nous poussait acharnée.
Comme
un bourreau, craignant de nous voir échapper,
A
nos côtés marchait le Malheur inflexible.
Nous
portions une plaie à chaque endroit sensible,
Et
l'aveugle Hasard savait où nous frapper.

Peut-être
aurions-nous droit aux celestes délices ;
Non !
ce n'est point à nous de redouter l'enfer,
Car
nos fautes n'ont pas mérité de supplices :
Si
nous avons failli, nous avons tant souffert !
Eh
bien, nous renonçons même à cette espérance
D
'entrer dans ton royaume et de voir tes splendeurs,
Seigneur !
nous refusons jusqu'à ta récompense,
Et
nous ne voulons pas du prix de nos douleurs.

Nous
le savons, tu peux donner encor des ailes
Aux
âmes qui ployaient sous un fardeau trop lourd ;
Tu
peux, lorsqu'il te plaît, loin des sphères mortelles,
Les
élever à toi dans la grâce et l'amour ;
Tu
peux, parmi les chœurs qui chantent tes louanges,
A
tes pieds, sous tes yeux, nous mettre au premier rang,
Nous
faire couronner par la main de tes anges,
Nous
revêtir de gloire en nous transfigurant.
Tu
peux nous pénétrer d'une vigueur nouvelle,
Nous
rendre le désir que nous avions perdu…
Oui
, mais le Souvenir, cette ronce immortelle
Attachée
à nos cœurs, l'en arracheras-tu ?

Quand
de tes chérubins la phalange sacrée
Nous
saluerait élus en ouvrant les saints lieux,
Nous
leur crierions bientôt d'une voix éplorée :
« Nous
élus ? nous heureux ? Mais regardez nos yeux !
Les
pleurs y sont encor, pleurs amers, pleurs sans nombre.
Ah !
quoi que vous fassiez, ce voile épais et sombre
Nous
obscurcit vos cieux. »

Contre
leur gré pourqoui ranimer nos poussières ?
Que
t'en reviendra-t-il ? et que t'ont-elles fait ?
Tes
dons mêmes, après tant d'horribles misères,
Ne
sont plus un bienfait.

Au !
tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu
l'entends, tu le vois ! la Souffrance a vaincu.
Dans
un sommeil sans fin, ô puissance éternelle !
Laisse-nous
oublier que nous avons vécu.

Les Malheureux un poème de Louise Ackermann

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À Alfred de Musset de Louise Ackermann


Un poète est parti ; sur sa tombe fermée
Pas un chant, pas un mot dans cette langue aimée
Dont la douceur divine ici-bas l'enivrait.
Seul, un pauvre arbre triste à la pâle verdure,
Le saule qu'il rêvait, au vent du soir, murmure
Sur son ombre éplorée un tendre et long regret.

Ce n'est pas de l'oubli ; nous répétons encore,
Poète de l'amour, ces chants que fit éclore
Dans ton âme éperdue un éternel tourment,
Et le Temps sans pitié qui brise de son aile
Bien des lauriers, le Temps d'une grâce nouvelle
Couronne en s'éloignant ton souvenir charmant.

Tu fus l'enfant choyé du siècle. Tes caprices
Nous trouvaient indulgents. Nous étions les complices
De tes jeunes écarts ; tu pouvais tout oser.
De la Muse pour toi nous savions les tendresses,
Et nos regards charmés ont compté ses caresses,
De son premier sourire à son dernier baiser.

Parmi nous maint poète à la bouche inspirée
Avait déjà rouvert une source sacrée ;
Oui, d'autres nous avaient de leurs chants abreuvés.
Mais le cri qui saisit le cœur et le remue,
Mais ces accents profonds qui d'une lèvre émue
Vont à l'âme de tous, toi seul les as trouvés.

Au concert de nos pleurs ta voix s'était mêlée.
Entre nous, fils souffrants d'une époque troublée,
Le doute et la douleur formaient comme un lien.
Ta lyre en nous touchant nous était douce et chère ;
Dans le chantre divin nous sentions tous un frère ;
C'est le sang de nos cœurs qui courait dans le tien.

Rien n'arrêtait ta plainte, et ton âme blessée
La laissait échapper navrante et cadencée.
Tandis que vers le ciel qui se voile et se clôt
De la foule montait une rumeur confuse,
Fier et beau, tu jetais, jeune amant de la Muse,
À travers tous ces bruits ton immortel sanglot.

Lorsque le rossignol, dans la saison brûlante
De l'amour et des fleurs, sur la branche tremblante
Se pose pour chanter son mal cher et secret,
Rien n'arrête l'essor de sa plainte infinie,
Et de son gosier frêle un long jet d'harmonie
S'élance et se répand au sein de la forêt.

La voix mélodieuse enchante au loin l'espace...
Mais soudain tout se tait ; le voyageur qui passe
Sous la feuille des bois sent un frisson courir.
De l'oiseau qu'entraînait une ivresse imprudente
L'âme s'est envolée avec la note ardente ;
Hélas ! chanter ainsi c'était vouloir mourir !

À Alfred de Musset un poème de Louise Ackermann

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Souvenir de Alfred de Musset


J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir
En
osant te revoir, place à jamais sacrée,
Ô
la plus chère tombe et la plus ignorée
dorme un souvenir !

Que
redoutiez-vous donc de cette solitude,
Et
pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,
Alors
qu'une si douce et si vieille habitude
Me
montrait ce chemin ?

Les
voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et
ces pas argentins sur le sable muet,
Ces
sentiers amoureux, remplis de causeries,
son bras m'enlaçait.

Les
voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette
gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces
sauvages amis, dont l'antique murmure
A
bercé mes beaux jours.

Les
voilà, ces buissonstoute ma jeunesse,
Comme
un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux
charmants, beau désertpassa ma maîtresse,
Ne
m'attendiez-vous pas ?

Ah
! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces
larmes que soulève un cœur encor blessé !
Ne
les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce
voile du passé !

Je
ne viens point jeter un regret inutile
Dans
l'écho de ces bois témoins de mon bonheur.
Fière
est cette forêt dans sa beauté tranquille,
Et
fier aussi mon cœur.

Que
celui-là se livre à des plaintes amères,
Qui
s'agenouille et prie au tombeau d'un ami.
Tout
respire en ces lieux ; les fleurs des cimetières
Ne
poussent point ici.

Voyez
! la lune monte à travers ces ombrages.
Ton
regard tremble encor, belle reine des nuits;
Mais
du sombre horizon déjà tu te dégages,
Et
tu t'épanouis.

Ainsi
de cette terre, humide encor de pluie,
Sortent
, sous tes rayons, tous les parfums du jour;
Aussi
calme, aussi pur, de mon âme attendrie
Sort
mon ancien amour.

Que
sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?
Tout
ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant;
Et
rien qu'en regardant cette vallée amie
Je
redeviens enfant.

Ô
puissance du temps ! ô légères années !
Vous
emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets;
Mais
la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées
Vous
ne marchez jamais.

Tout
mon cœur te bénit, bonté consolatrice !
Je
n'aurais jamais cru que l'on pût tant souffrir
D
'une telle blessure, et que sa cicatrice
Fût
si douce à sentir.

Loin
de moi les vains mots, les frivoles pensées,
Des
vulgaires douleurs linceul accoutumé,
Que
viennent étaler sur leurs amours passées
Ceux
qui n'ont point aimé !

Dante
, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère
Qu
'un souvenir heureux dans les jours de douleur ?
Quel
chagrin t'a dicté cette parole amère,
Cette
offense au malheur ?

En
est-il donc moins vrai que la lumière existe,
Et
faut-il l'oublier du moment qu'il fait nuit ?
Est-ce
bien toi, grande âme immortellement triste,
Est-ce
toi qui l'as dit ?

Non
, par ce pur flambeau dont la splendeur m'éclaire,
Ce
blasphème vanté ne vient pas de ton cœur.
Un
souvenir heureux est peut-être sur terre
Plus
vrai que le bonheur.

Eh
quoi ! l'infortuné qui trouve une étincelle
Dans
la cendre brûlantedorment ses ennuis,
Qui
saisit cette flamme et qui fixe sur elle
Ses
regards éblouis ;

Dans
ce passé perdu quand son âme se noie,
Sur
ce miroir brisé lorsqu'il rêve en pleurant,
Tu
lui dis qu'il se trompe, et que sa faible joie
N
'est qu'un affreux tourment !

Et
c'est à ta Françoise, à ton ange de gloire,
Que
tu pouvais donner ces mots à prononcer,
Elle
qui s'interrompt, pour conter son histoire,
D
'un éternel baiser !

Qu
'est-ce donc, juste Dieu, que la pensée humaine,
Et
qui pourra jamais aimer la vérité,
S
'il n'est joie ou douleur si juste et si certaine
Dont
quelqu'un n'ait douté ?

Comment
vivez-vous donc, étranges créatures ?
Vous
riez, vous chantez, vous marchez à grands pas;
Le
ciel et sa beauté, le monde et ses souillures
Ne
vous dérangent pas ;

Mais
, lorsque par hasard le destin vous ramène
Vers
quelque monument d'un amour oublié,
Ce
caillou vous arrête, et cela vous fait peine
Qu
'il vous heurte le pied.

Et
vous criez alors que la vie est un songe ;
Vous
vous tordez les bras comme en vous réveillant,
Et
vous trouvez fâcheux qu'un si joyeux mensonge
Ne
dure qu'un instant.

Malheureux
! cet instantvotre âme engourdie
A
secoué les fers qu'elle traîne ici-bas,
Ce
fugitif instant fut toute votre vie ;
Ne
le regrettez pas !

Regrettez
la torpeur qui vous cloue à la terre,
Vos
agitations dans la fange et le sang,
Vos
nuits sans espérance et vos jours sans lumière
C
'est là qu'est le néant !

Mais
que vous revient-il de vos froides doctrines ?
Que
demandent au ciel ces regrets inconstants
Que
vous allez semant sur vos propres ruines,
À
chaque pas du Temps ?

Oui
, sans doute, tout meurt; ce monde est un grand rêve,
Et
le peu de bonheur qui nous vient en chemin,
Nous
n'avons pas plus tôt ce roseau dans la main,
Que
le vent nous l'enlève.

Oui
, les premiers baisers, oui, les premiers serments
Que
deux êtres mortels échangèrent sur terre,
Ce
fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents,
Sur
un roc en poussière.

Ils
prirent à témoin de leur joie éphémère
Un
ciel toujours voilé qui change à tout moment,
Et
des astres sans nom que leur propre lumière
Dévore
incessamment.

Tout
mourait autour d'eux, l'oiseau dans le feuillage,
La
fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs pieds,
La
source desséchéevacillait l'image
De
leurs traits oubliés ;

Et
sur tous ces débris joignant leurs mains d'argile,
Étourdis
des éclairs d'un instant de plaisir,
Ils
croyaient échapper à cet Être immobile
Qui
regarde mourir !

-
Insensés ! dit le sage ? Heureux ! dit le poète.
Et
quels tristes amours as-tu donc dans le cœur,
Si
le bruit du torrent te trouble et t'inquiète,
Si
le vent te fait peur ?

J
'ai vu sous le soleil tomber bien d'autres choses
Que
les feuilles des bois et l'écume des eaux,
Bien
d'autres s'en aller que le parfum des roses
Et
le chant des oiseaux.

Mes
yeux ont contemplé des objets plus funèbres
Que
Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus
affreux que le toast à l'ange des ténèbres
Porté
par Roméo.

J
'ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenue
elle-même un sépulcre blanchi,
Une
tombe vivanteflottait la poussière
De
notre mort chéri,

De
notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous
avions sur nos cœurs si doucement bercé !
C
'était plus qu'une vie, hélas ! c'était un monde
Qui
s'était effacé !

Oui
, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je
l'ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses
lèvres s'entrouvraient, et c'était un sourire,
Et
c'était une voix ;

Mais
non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces
regards adorés dans les miens confondus;
Mon
cœur, encor plein d'elle, errait sur son visage,
Et
ne la trouvait plus.

Et
pourtant j'aurais pu marcher alors vers elle,
Entourer
de mes bras ce sein vide et glacé,
Et
j'aurais pu crier : Qu'as-tu fait, infidèle,
Qu
'as-tu fait du passé ?

Mais
non : il me semblait qu'une femme inconnue
Avait
pris par hasard cette voix et ces yeux;
Et
je laissai passer cette froide statue
En
regardant les cieux.

Eh
bien ! ce fut sans doute une horrible misère
Que
ce riant adieu d'un être inanimé.
Eh
bien ! qu'importe encore ? Ô nature ! ô ma mère !
En
ai-je moins aimé ?

La
foudre maintenant peut tomber sur ma tête ;
Jamais
ce souvenir ne peut m'être arraché !
Comme
le matelot brisé par la tempête,
Je
m'y tiens attaché.

Je
ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent ;
Ni
ce qu'il adviendra du simulacre humain,
Ni
si ces vastes cieux éclaireront demain
Ce
qu'ils ensevelissent.

Je
me dis seulement : À cette heure, en ce lieu,
Un
jour, je fus aimé, j'aimais, elle était belle.
J
'enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et
je l'emporte à Dieu !

Souvenir un poème de Alfred de Musset

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