Poème changer - 10 Poèmes sur changer


10 poèmes


Synonymes (Cliquez pour la liste complète) : aggraver altérer alterner améliorer amender bifurquer bouger bouleverser chambarder chambouler commuer contrefaire convertir copermuter corriger décaler défaire défigurer déformer dégénérer déguiser délasser déloger déménager dénaturer déplacer déranger désacclimater désennuyer ...

Phonétique (Cliquez pour la liste complète) : chaînage chaînages change changé changea changeable changeables changeai changeaient changeais changeait changeâmes changeant changeante changeantes changeants changeas changeasse changeassent changeasses changeassiez changeassions changeât changeâtes changée changées changement changements changent ...

In memoriam (I) de Louise Ackermann


J'aime à changer de cieux, de climat, de lumière.
Oiseau d'une saison, je fuis avec l'été,
Et mon vol inconstant va du rivage austère
Au rivage enchanté.

Mais qu'à jamais le vent bien loin du bord m'emporte
Où j'ai dans d'autres temps suivi des pas chéris,
Et qu'aujourd'hui déjà ma félicité morte
Jonche de ses débris !

Combien ce lieu m'a plu ! non pas que j'eusse encore
Vu le ciel y briller sous un soleil pâli ;
L'amour qui dans mon âme enfin venait d'éclore
L'avait seul embelli.

Hélas ! avec l'amour ont disparu ses charmes ;
Et sous ces grands sapins, au bord des lacs brumeux,
Je verrais se lever comme un fantôme en larmes
L'ombre des jours heureux.

Oui, pour moi tout est plein sur cette froide plage
De la présence chère et du regard aimé,
Plein de la voix connue et de la douce image
Dont j'eus le coeur charmé.

Comment pourrais-je encor, désolée et pieuse,
Par les mêmes sentiers traîner ce coeur meurtri,
Seule où nous étions deux, triste où j'étais joyeuse,
Pleurante où j'ai souri ?

In memoriam (I) un poème de Louise Ackermann

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Le déluge de Louise Ackermann


À VICTOR HUGO

Tu l'as dit : C'en est fait ; ni fuite ni refuge
Devant l'assaut prochain et furibond des flots.
Ils avancent toujours. C'est sur ce mot, Déluge,
Poète de malheur, que ton livre s'est clos.
Mais comment osa-t-il échapper à ta bouche ?
Ah ! pour le prononcer, même au dernier moment,
Il fallait ton audace et ton ardeur farouche,
Tant il est plein d'horreur et d'épouvantement.
Vous êtes avertis : c'est une fin de monde
Que ces flux, ces rumeurs, ces agitations.
Nous n'en sommes encore qu'aux menaces de l'onde,
À demain les fureurs et les destructions.

Déjà depuis longtemps, saisis de terreurs vagues,
Nous regardions la mer qui soulevait son sein,
Et nous nous demandions : « Que veulent donc ces vagues ?
On dirait qu'elles ont quelque horrible dessein. »
Tu viens de le trahir ce secret lamentable ;
Grâce à toi, nous savons à quoi nous en tenir.
Oui, le Déluge est là, terrible, inévitable ;
Ce n'est pas l'appeler que de le voir venir.

Pourtant, nous l'avouerons, si toutes les colères
De ce vaste océan qui s'agite et qui bout,
N'allaient qu'à renverser quelques tours séculaires
Que nous nous étonnions de voir encore debout,
Monuments que le temps désagrège ou corrode,
Et qui nous inspiraient une secrète horreur :
Obstacles au progrès, missel usé, vieux code,
Où se réfugiaient l'injustice et l'erreur,
Des autels délabrés, des trônes en décombre
Qui nous rétrécissaient à dessein l'horizon,
Et dont les débris seuls projetaient assez d'ombre
Pour retarder longtemps l'humaine floraison,
Nous aurions à la mer déjà crié : « Courage !
Courage ! L'oeuvre est bon que ton onde accomplit. »
Mais quoi ! ne renverser qu'un môle ou qu'un barrage ?
Ce n'est pas pour si peu qu'elle sort de son lit.
Ses flots, en s'élançant par-dessus toute cime,
N'obéissent, hélas ! qu'à d'aveugles instincts.
D'ailleurs, sachez-le bien, ces enfants de l'abîme,
Pour venir de plus bas, n'en sont que plus hautains.
Rien ne satisfera leur convoitise immense.
Dire : « Abattez ceci, mais respectez cela, »
N'amènerait en eux qu'un surcroît de démence ;
On ne fait point sa part à cet Océan-là.
Ce qu'il lui faut, c'est tout. Le même coup de houle
Balaiera sous les yeux de l'homme épouvanté
Le phare qui s'élève et le temple qui croule,
Ce qui voilait le jour ou donnait la clarté,
L'obscure sacristie et le laboratoire,
Le droit nouveau, le droit divin et ses décrets,
Le souterrain profond et le haut promontoire
D'où nous avions déjà salué le Progrès.
Tout cela ne fera qu'une ruine unique.
Avenir et passé s'y vont amonceler.
Oui, nous le proclamons, ton Déluge est inique :
Il ne renversera qu'afin de niveler.
Si nous devons bientôt, des bas-fonds en délire,
Le voir s'avancer, fier de tant d'écroulements,
Du moins nous n'aurons pas applaudi de la lyre
Au triomphe futur d'ignobles éléments.
Nous ne trouvons en nous que des accents funèbres,
Depuis que nous savons l'affreux secret des flots.
Nous voulions la lumière, ils feront les ténèbres ;
Nous rêvions l'harmonie, et voici le chaos.

Vieux monde, abîme-toi, disparais, noble arène
jusqu'au bout l'Idée envoya ses lutteurs,
Où le penseur lui-même, à sa voix souveraine,
Pour combattre au besoin, descendait des hauteurs.
Tu ne méritais pas, certes, un tel cataclysme,
Toi si fertile encore, ô vieux sol enchanté !
D'où pour faire jaillir des sources d'héroïsme,
Il suffisait d'un mot, Patrie ou Liberté !
Un océan fangeux va couvrir de ses lames
Tes sillonsgermaient de sublimes amours,
Terrain cher et sacré, fait d'alluvions d'âmes,
Et qui ne demandais qu'à t'exhausser toujours.
Que penseront les cieux et que diront les astres,
Quand leurs rayons en vain chercheront tes sommets,
Et qu'ils assisteront d'en haut à tes désastres,
Eux qui croyaient pouvoir te sourire à jamais ?
De quel œil verront-ils, du fond des mers sans borne,
À la placejadis s'étalaient tes splendeurs,
Émerger brusquement dans leur nudité morne,
Des continents nouveaux sans verdure et sans fleurs ?
Ah ! si l'attraction à la céleste voûte
Par de fermes liens ne les attachait pas,
Ils tomberaient du ciel ou changeraient de route,
Plutôt que d'éclairer un pareil ici-bas.
Nous que rien ne retient, nous, artistes qu'enivre
L'Idéal qu'ardemment poursuit notre désir,
Du moins nous n'aurons point la douleur de survivre
Au monde où nous avions espéré le saisir.
Nous serons les premiers que les vents et que l'onde
Emporteront brisés en balayant nos bords.
Dans les gouffres ouverts d'une mer furibonde,
N'ayant pu les sauver, nous suivrons nos trésors.
Après tout, quand viendra l'heure horrible et fatale,
En plein déchaînement d'aveugles appétits,
Sous ces flots gros de haine et de rage brutale,
Les moins à plaindre encore seront les engloutis.

Le déluge un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 495)  Voter pour ce poème1 votes

Fi de la popularité de Agénor Altaroche


Je connais plus d'un sot qui loue
Comme
le trésor le plus beau,
L
'amour que le bon peuple voue
A
ceux qui suivent son drapeau.
Du
peuple que me fait l'estime ?
Puisque
ce trésor si vanté
Ne
rapporteras un centime,

Fi de la popularité !

Cet
amour, fol et vain caprice,
Impose
, comme l'autre amour,
Chaque
jour nouveau sacrifice,
Et
nouveau tourment chaque jour,
A
ceux que chez nous il escorte
Combien
, hélas ! a-t-il coûté ?
Moi
, j'aime mieux ce qui rapporte,

Fi de la popularité !

Le
peuple, c'est une coquette
Habile
à plumer ses amants,
Et
qu'on voit changer d'amourette
Comme
un magistrat de serments.
Au
premier mois amour extrême,
Au
deuxième infidélité...
Chaque
mois m'apporte un douzième.

Fi de la popularité !

La
faveur du peuple bafoue
Celle
du pouvoir ? Sot motif !
L
'une a plus d'éclat, je l'avoue ;
Mais
l'autre a plus de positif.
L
'amour qu'aux siens le peuple donne
Reluit
sans poids ni densité ;
Je
préfère l'amour qui sonne.

Fi de la popularité !

Dans
une fable fort sensée,
Un
sage nous dit en beaux vers :
«
Si la treille est trop haut placée,
Criez
que les raisins sont verts. »
Pour
que le peuple nous encense,
S
'il faut réunir équité,
Vertu
, dévouement, éloquence,

Fi de la popularité !

Que
d'autres cherchent, sauf mécompte,
A
toucher des cœurs vains ou froids ;
J
'aime mieux toucher, pour mon compte,
Quatre
ou cinq mille francs par mois.
Lorsqu
'on reçoit si gros salaire,
On
peut clamer en sûreté,
Même
sous un roi populaire.

Fi
de la popularité !

Fi de la popularité un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 462)  Voter pour ce poème9 votes

Est-ce ainsi que les hommes vivent de Louis Aragon


Tout est affaire de décor
Changer
de lit changer de corps
À
quoi bon puisque c'est encore
Moi
qui moi-même me trahis
Moi
qui me traîne et m'éparpille
Et
mon ombre se déshabille
Dans
les bras semblables des filles
j'ai cru trouver un pays.

Coeur
léger coeur changeant coeur lourd
Le
temps de rêver est bien court
Que
faut-il faire de mes jours
Que
faut-il faire de mes nuits
Je
n'avais amour ni demeure
Nulle
part où je vive ou meure
Je
passais comme la rumeur
Je
m'endormais comme le bruit.

C'était
un temps déraisonnable
On
avait mis les morts à table
On
faisait des châteaux de sable
On
prenait les loups pour des chiens
Tout
changeait de pôle et d'épaule
La
pièce était-elle ou non drôle
Moi
si j'y tenais mal mon rôle
C'était
de n'y comprendre rien

Est-ce
ainsi que les hommes vivent
Et
leurs baisers au loin les suivent

Dans
le quartier Hohenzollern
Entre
La Sarre et les casernes
Comme
les fleurs de la luzerne
Fleurissaient
les seins de Lola
Elle
avait un coeur d'hirondelle
Sur
le canapé du bordel
Je
venais m'allonger près d'elle
Dans
les hoquets du pianola.

Le
ciel était gris de nuages
Il
y volait des oies sauvages
Qui
criaient la mort au passage
Au-dessus
des maisons des quais
Je
les voyais par la fenêtre
Leur
chant triste entrait dans mon être
Et
je croyais y reconnaître
Du
Rainer Maria Rilke.

Est-ce
ainsi que les hommes vivent
Et
leurs baisers au loin les suivent.

Elle
était brune elle était blanche
Ses
cheveux tombaient sur ses hanches
Et
la semaine et le dimanche
Elle
ouvrait à tous ses bras nus
Elle
avait des yeux de faïence
Elle
travaillait avec vaillance
Pour
un artilleur de Mayence
Qui
n'en est jamais revenu.

Il
est d'autres soldats en ville
Et
la nuit montent les civils
Remets
du rimmel à tes cils
Lola
qui t'en iras bientôt
Encore
un verre de liqueur
Ce
fut en avril à cinq heures
Au
petit jour que dans ton coeur
Un
dragon plongea son couteau

Est-ce
ainsi que les hommes vivent
Et
leurs baisers au loin les suivent.


Est-ce ainsi que les hommes vivent un poème de Louis Aragon

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À haute voix de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard (n° 22)  Voter pour ce poème569 votes

Belphégor de Jean de La Fontaine


De votre nom j’orne le frontispice
Des
derniers vers que ma Muse a polis.
Puisse
le tout ô charmante Philis,
Aller
si loin que notre los franchisse
La
nuit des temps: nous la saurons dompter
Moi
par écrire, et vous par réciter.
Nos
noms unis perceront l’ombre noire
Vous
régnerez longtemps dans la mémoire,

Après
avoir régné jusques ici
Dans
les esprits, dans les cœurs même aussi.
Qui
ne connaît l’inimitable actrice
Représentant
ou Phèdre, ou Bérénice
Chimène
en pleurs, ou Camille en fureur ?
Est-il
quelqu’un que votre voix n’enchante ?
S’en
trouve-t-il une autre aussi touchante ?

Une
autre enfin allant si droit au cœur ?
N’attendez
pas que je fasse l’éloge
De
ce qu’en vous on trouve de parfait
Comme
il n’est point de grâce qui n’y loge
Ce
serait trop, je n’aurais jamais fait.
De
mes Philis vous seriez la première.
Vous
auriez eu mon âme toute entière
Si
de mes vœux j’eusse plus présumé,

Mais
en aimant qui ne veut être aimé?
Par
des transports n’espérant pas vous plaire,
Je
me suis dit seulement votre ami ;
De
ceux qui sont amants plus d’à demi:
Et
plût au sort que j’eusse pu mieux faire.
Ceci
soit dit: venons à notre affaire.

Un
jour Satan, monarque des enfers,
Faisait
passer ses sujets en revue.

confondus tous les états divers,
Princes
et rois, et la tourbe menue,
Jetaient
maint pleur, poussaient maint et maint cri,
Tant
que Satan en était étourdi.
Il
demandait en passant à chaque âme:
« Qui
t’a jetée en l’éternelle flamme ? »
L’une
disait: « Hélas c’est mon mari ; »

L’autre
aussitôt répondait: «c’est ma femme. »
Tant
et tant fut ce discours répété,
Qu’enfin
Satan dit en plein consistoire :
«Si
ces gens-ci disent la vérité
Il
est aisé d’augmenter notre gloire.
Nous
n’avons donc qu’à le vérifier.
Pour
cet effet il nous faut envoyer
Quelque
démon plein d’art et de prudence ;

Qui
non content d’observer avec soin
Tous
les hymens dont il sera témoin,
Y
joigne aussi sa propre expérience. »
Le
prince ayant proposé sa sentence,
Le
noir sénat suivit tout d’une voix.
De
Belphégor aussitôt on fit choix.
Ce
diable était tout yeux et tout oreilles,
Grand
éplucheur, clairvoyant à merveilles,

Capable
enfin de pénétrer dans tout,
Et
de pousser l’examen jusqu’au bout.
Pour
subvenir aux frais de l’entreprise,
On
lui donna mainte et mainte remise,
Toutes
à vue, et qu’en lieux différents
Il
pût toucher par des correspondants.
Quant
au surplus, les fortunes humaines,
Les
biens, les maux, les plaisirs et les peines,
Bref
ce qui suit notre condition,

Fut
une annexe à sa légation.
Il
se pouvait tirer d’affliction,
Par
ses bons tours, et par son industrie,
Mais
non mourir, ni revoir sa patrie,
Qu’il
n’eût ici consumé certain temps :
Sa
mission devait durer dix ans.
Le
voilà donc qui traverse et qui passe
Ce
que le Ciel voulut mettre d’espace

Entre
ce monde et l’éternelle nuit;
Il
n’en mit guère, un moment y conduit.
Notre
démon s’établit à Florence,
Ville
pour lors de luxe et de dépense.
Même
il la crut propre pour le trafic.
sous le nom du seigneur Roderic,
Il
se logea, meubla, comme un riche homme ;
Grosse
maison, grand train, nombre de gens,

Anticipant
tous les jours sur la somme
Qu’il
ne devait consumer qu’en dix ans
On
s’étonnait d’une telle bombance.
II
tenait table, avait de tous côtés
Gens
à ses frais, soit pour ses voluptés
Soit
pour le faste et la magnificence.
L’un
des plaisirs où plus il dépensa
Fut
la louange : Apollon l’encensa

Car
il est maître en l’art de flatterie.
Diable
n’eut onc tant d’honneurs en sa vie.
Son
cœur devint le but de tous les traits
Qu’Amour
lançait: il n’était point de belle
Qui
n’employât ce qu’elle avait d’attraits
Pour
le gagner, tant sauvage fut-elle:
Car
de trouver une seule rebelle,
Ce
n’est la mode à gens de qui la main
Par
les présents s’aplanit tout chemin.

C’est
un ressort en tous desseins utile.
Je
l’ai jà dit , et le redis encor
Je
ne connais d’autre premier mobile
Dans
l’univers, que l’argent et que l’or.
Notre
envoyé cependant tenait compte
De
chaque hymen, en journaux différents ;
L’un
, des époux satisfaits et contents,
Si
peu rempli que le diable en eut honte.

L’autre
journal incontinent fut plein.
A
Belphégor il ne restait enfin
Que
d’éprouver la chose par lui-même.
Certaine
fille à Florence était lors;
Belle
, et bien faite, et peu d’autres trésors;
Noble
d’ailleurs, mais d’un orgueil extrême;
Et
d’autant plus que de quelque vertu
Un
tel orgueil paraissait revêtu.
Pour
Roderic on en fit la demande.

Le
père dit que Madame Honnesta,
C’était
son nom, avait eu jusque-là
Force
partis; mais que parmi la bande
Il
pourrait bien Roderic préférer,
Et
demandait temps pour délibérer.
On
en convient. Le poursuivant s’applique
A
gagner celle ou ses vœux s’adressaient.
Fêtes
et bals, sérénades, musique,
Cadeaux
, festins, bien fort appetissaient

Altéraient
fort le fonds de l’ambassade.
Il
n’y plaint rien, en use en grand seigneur,
S’épuise
en dons : l’autre se persuade
Qu’elle
lui fait encor beaucoup d’honneur.
Conclusion
, qu’après force prières,
Et
des façons de toutes les manières,
Il
eut un oui de Madame Honnesta.
Auparavant
le notaire y passa:

Dont
Belphégor se moquant en son âme:
quoi, dit-il, on acquiert une femme
Comme
un château ! ces gens ont tout gâté.
Il
eut raison: ôtez d’entre les hommes
La
simple foi, le meilleur est ôté.
Nous
nous jetons, pauvres gens que nous sommes
Dans
les procès en prenant le revers.
Les
si, les cas, les contrats sont la porte

Par
où la noise entra dans l’univers:
N’espérons
pas que jamais elle en sorte.
Solennités
et lois n’empêchent pas
Qu’avec
l’Hymen Amour n’ait des débats
C’est
le cœur seul qui peut rendre tranquille.
Le
cœur fait tout, le reste est inutile.
Qu’ainsi
ne soit, voyons d’autres états.
Chez
les amis tout s’excuse, tout passe,;
Chez
les amants tout plaît, tout est.

Chez
les époux tout ennuie, et tout lasse.
Le
devoir nuit, chacun est ainsi fait.
Mais
, dira-t-on, n’est-il en nulles guises
D’heureux
ménage ? après mûr examen,
J’appelle
un bon, voire un parfait hymen,
Quand
les conjoints se souffrent leurs sottises.
Sur
ce point-là c’est assez raisonné.
Dès
que chez lui le diable eut amené

Son
épousée, il jugea par lui-même
Ce
qu’est l’hymen avec un tel démon:
Toujours
débats, toujours quelque sermon
Plein
de sottise en un degré suprême.
Le
bruit fut tel que Madame Honnesta
Plus
d’une fois les voisins éveilla:
Plus
d’une fois on courut à la noise
«Il
lui fallait quelque simple bourgeoise,
Ce
disait-elle, un petit trafiquant

Traiter
ainsi les filles de mon rang !
Méritait-il
femme si vertueuse?
Sur
mon devoir je suis trop scrupuleuse:
J’en
ai regret, et si je faisais bien... »
Il
n’est pas sûr qu’Honnesta ne fit rien:
Ces
prudes-là nous en font bien accroire.
Nos
deux époux, à ce que dit l’histoire,
Sans
disputer n’étaient pas un moment.

Souvent
leur guerre avait pour fondement
Le
jeu, la jupe ou quelque ameublement,
D’été
, d’hiver, d’entre-temps, bref un monde
D
inventions propres à tout gâter.
Le
pauvre diable eut lieu de regretter
De
l autre enfer la demeure profonde.
Pour
comble enfin Roderic épousa
La
parente de Madame Honnesta,
Ayant
sans cesse et le père, et la mère,

Et
la grand’sœur, avec le petit frère,
De
ses deniers mariant la grand’sœur,
Et
du petit payant le précepteur.
Je
n’ai pas dit la principale cause
De
sa ruine infaillible accident ;
Et
j’oubliais qu’il eût un intendant.
Un
intendant ? qu’est-ce que cette chose ?

Je
définis cet être, un animal
Qui
comme on dit sait pécher en eau trouble,
Et
plus le bien de son maître va mal,
Plus
le sien croît, plus son profit redouble;
Tant
qu’aisément lui-même achèterait
Ce
qui de net au seigneur resterait:
Dont
par raison bien et dûment déduite
On
pourrait voir chaque chose réduite
En
son état, s’il arrivait qu’un jour

L’autre
devînt l’intendant à son tour,
Car
regagnant ce qu’il eut étant maître,
Ils
reprendraient tous deux leur premier être.
Le
seul recours du pauvre Roderic,
Son
seul espoir, était certain trafic
Qu’il
prétendait devoir remplir sa bourse,
Espoir
douteux, incertaine ressource.
Il
était dit que tout serait fatal
A
notre époux, ainsi tout alla mal.

Ses
agents tels que la plupart des nôtres,
En
abusaient: il perdit un vaisseau,
Et
vit aller le commerce à vau-l’eau,
Trompe
des uns, mal servi par les autres.
II
emprunta. Quand ce vint à payer,
Et
qu’à sa porte il vit le créancier,
Force
lui fut d’esquiver par la fuite,
Gagnant
les champs, où de l’âpre poursuite
Il
se sauva chez un certain fermier,

En
certain coin remparé de fumier.
Mais
Matheo moyennant grosse somme
L’en
fit sortir au premier mot qu’il dit.
C’était
à Naple, il se transporte à Rome ;
Saisit
un corps: Matheo l’en bannit,
Le
chasse encore: autre somme nouvelle.
Trois
fois enfin, toujours d’un corps femelle,
Remarquez
bien, notre diable sortit.

Le
roi de Naple  avait lors une fille,
Honneur
du sexe, espoir de sa famille ;
Maint
jeune prince était son poursuivant.
d’Honnesta Belphégor se sauvant,
On
ne le put tirer de cet asile.
II
n’était bruit aux champs comme à la ville
Que
d’un manant qui chassait les esprits.

Cent
mille écus d’abord lui sont promis.
Bien
affligé de manquer cette somme
(Car
les trois fois l’empêchaient d’espérer
Que
Belphégor se laissât conjurer)
Il
la refuse: il se dit un pauvre homme,
Pauvre
pécheur, qui sans savoir comment,
Sans
dons du Ciel, par hasard seulement,
De
quelques corps a chassé quelque diable,
Apparemment
chétif, et misérable,

Et
ne connaît celui-ci nullement.
Il
beau dire; on le force, on l’amène,
On
le menace, on lui dit que sous peine
D’être
pendu, d’être mis haut et court
En
un gibet, il faut que sa puissance
Se
manifeste avant la fin du jour.
Dès
l’heure même on vous met en présence
Notre
démon et son conjurateur.
D’un
tel combat le prince est spectateur.

Chacun
y court; n’est fils de bonne mère
Qui
pour le voir ne quitte toute affaire.
D’un
côté sont le gibet et la hart,
Cent
mille écus bien comptés d’autre part.
Matheo
tremble, et lorgne la finance.
L’esprit
malin voyant sa contenance
Riait
sous cape, alléguait les trois fois;
Dont
Matheo suait en son harnois,
Pressait
, priait, conjurait avec larmes.

Le
tout en vain: plus il est en alarmes,
Plus
l’autre rit. Enfin le manant dit
Que
sur ce diable il n’avait nul crédit.
On
vous le happe, et mène à la potence.
Comme
il allait haranguer l’assistance,
Nécessite
lui suggéra ce tour:
Il
dit tout bas qu’on battît le tambour,
Ce
qui fut fait; de quoi l’esprit immonde
Un
peu surpris au manant demanda:

«Pourquoi
ce bruit ? coquin, qu’entends-je là?»
L’autre
répond: «C’est Madame Honnesta
Qui
vous réclame, et va par tout le monde
Cherchant
l’époux que le Ciel lui donna. »
Incontinent
le diable décampa,
S’enfuit
au fond des enfers, et conta
Tout
le succès qu’avait eu son voyage:
«Sire
, dit-il, le nœud du mariage

Damne
aussi dru qu’aucuns autres états.
Votre
Grandeur voit tomber ici-bas
Non
par flocons, mais menu comme pluie
Ceux
que l’Hymen fait de sa confrérie
J’ai
par moi-même examiné le cas.
Non
que de soi la chose ne soit bonne
Elle
eut jadis un plus heureux destin
Mais
comme tout se corrompt à la fin
Plus
beau fleuron n’est en votre couronne. »

Satan
le crut: il fut récompensé
Encor
qu’il eût son retour avancé
Car
qu’eut-il fait ? ce n’était pas merveilles
Qu’ayant
sans cesse un diable à ses oreilles,
Toujours
le même, et toujours sur un ton,
Il
fut contraint d’enfiler la venelle ;
Dans
les enfers encore en change-t-on ;

L’autre
peine est à mon sens plus cruelle.
Je
voudrais voir quelque gens y durer
Elle
eut à Job fait tourner la cervelle.
De
tout ceci que prétends-je inférer ?
Premièrement
je ne sais pire chose
Que
de changer son logis en prison:
En
second lieu si par quelque raison
Votre
ascendant à l’hymen vous expose

N’épousez
point d’Honnesta s’il se peut
N’a
pas pourtant une Honnesta qui veut.

Belphégor un poème de Jean de La Fontaine

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La Goutte et l'Araignée de Jean de La Fontaine


Quand l'Enfer eut produit la goutte et l'araignée,
" Mes
filles, leur dit-il, vous pouvez vous vanter
D
'être pour l'humaine lignée
Également
à redouter.
Or
avisons aux lieux qu'il vous faut habiter.
Voyez-vous
ces cases étrètes,
Et
ces palais si grands, si beaux, si bien dorés :
Je
me suis proposé d'en faire vos retraites.
Tenez
donc, voici deux bûchettes ;
Accommodez-vous
, ou tirez.
- Il
n'est rien, dit l'aragne, aux cases qui me plaise. "
L
'autre, tout au rebours, voyant les palais pleins
De
ces gens nommés médecins,
Ne
crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
Elle
prend l'autre lot, y plante le piquet,
S
'étend à son plaisir sur l'orteil d'un pauvre homme,
Disant :
" Je ne crois pas qu'en ce poste je chôme,
Ni
que d'en déloger et faire mon paquet
Jamais
Hippocrate me somme. "
L
'aragne cependant se campe en un lambris,
Comme
si de ces lieux elle eût fait bail à vie,
Travaille
à demeurer : voilà sa toile ourdie,
Voilà
des moucherons de pris.
Une
servante vient balayer tout l'ouvrage.
Autre
toile tissue, autre coup de balai.
Le
pauvre bestion tous les jours déménage.
Enfin
, après un vain essai,
Il
va trouver la goutte. Elle était en campagne,
Plus
malheureuse mille fois
Que
la plus malheureuse aragne.
Son
hôte la menait tantôt fendre du bois,
Tantôt
fouir, houer : goutte bien tracassée
Est
, dit-on, à demi pansée.
" Oh !
je ne saurais plus, dit-elle, y résister.
Changeons
, ma sœur l'aragne. " Et l'autre d'écouter :
Elle
la prend au mot, se glisse en la cabane :
Point
de coup de balai qui l'oblige à changer.
La
goutte, d'autre part, va tout droit se loger
Chez
un prélat, qu'elle condamne
A
jamais du lit ne bouger.
Cataplasmes
, Dieu sait ! Les gens n'ont point de honte
De
faire aller le mal toujours de pis en pis.
L
'une et l'autre trouva de la sorte son compte,
Et
fit très sagement de changer de logis

La Goutte et l'Araignée un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 406)  Voter pour ce poème320 votes

La Chatte métamorphosée en Femme de Jean de La Fontaine


Un homme chérissait éperdument sa chatte ;
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
Qui miaulait d'un ton fort doux :
Il était plus fou que les fous.
Cet homme donc, par prières, par larmes,
Par sortilèges et par charmes,
Fait tant qu'il obtient du destin
Que sa chatte, en un beau matin,
Devient femme ; et le matin même,
Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d'amour extrême,
De fou qu'il était d'amitié.
Jamais la dame la plus belle
Ne charma tant son favori
Que fait cette épouse nouvelle
Son hypocondre de mari.
Il l'amadoue ; elle le flatte :
Il n'y trouve plus rien de chatte ;
Et, poussant l'erreur jusqu'au bout,
La croit femme en tout et partout :
Un soir quelques souris qui rongeaient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
Aussitôt la femme est sur pieds.
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir femme d'être en posture :
Pour cette fois elle accourut à point ;
Car ayant changé de figure,
Les souris ne la craignaient point.
Ce lui fut toujours une amorce,
Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli.
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer :
Quelque chose qu'on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourche ni d'étrivières
Ne lui font changer de manières ;
Et fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n'en serez les maîtres.
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.

La Chatte métamorphosée en Femme un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 381)  Voter pour ce poème354 votes

Idylle de Alfred de Musset


A quoi passer la nuit quand on soupe en carême ?
Ainsi
, le verre en main, raisonnaient deux amis.
Quels
entretiens choisir, honnêtes et permis,
Mais
gais, tels qu'un vieux vin les conseille et les aime ?

RODOLPHE


Parlons
de nos amours ; la joie et la beauté
Sont
mes dieux les plus chers, après la liberté.
Ébauchons
, en trinquant, une joyeuse idylle.
Par
les bois et les prés, les bergers de Virgile
Fêtaient
la poésie à toute heure, en tout lieu ;
Ainsi
chante au soleil la cigale-dorée.
D
'une voix plus modeste, au hasard inspirée,
Nous
, comme le grillon, chantons au coin du feu.

ALBERT


Faisons
ce qui te plaît. Parfois, en cette vie,
Une
chanson nous berce et nous aide à souffrir,
Et
, si nous offensons l'antique poésie,
Son
ombre même est douce à qui la sait chérir.


RODOLPHE


Rosalie
est le nom de la brune fillette
Dont
l'inconstant hasard m'a fait maître et seigneur.
Son
nom fait mon délice, et, quand je le répète,
Je
le sens, chaque fois, mieux gravé dans mon coeur.

ALBERT


Je
ne puis sur ce ton parler de mon amie.
Bien
que son nom aussi soit doux à prononcer,
J e
ne saurais sans honte à tel point l'offenser,
Et
dire, en un seul mot, le secret de ma vie.

RODOLPHE


Que
la fortune abonde en caprices charmants
Dès
nos premiers regards nous devînmes amants.
C
'était un mardi gras dans une mascarade ;
Nous
soupions ; - la Folie agita ses grelots,
Et
notre amour naissant sortit d'une rasade,
Comme
autrefois Vénus de l'écume des flots.

ALBERT


Quels
mystères profonds dans l'humaine misère !
Quand
, sous les marronniers, à côté de sa mère,
Je
la vis, à pas lents, entrer si doucement
(Son
front était si pur, son regard si tranquille ! ),
Le
ciel m'en est témoin, dès le premier moment,
Je
compris que l'aimer était peine inutile ;
Et
cependant mon coeur prit un amer plaisir
À
sentir qu'il aimait et qu'il allait souffrir !

RODOLPHE


Depuis
qu'à mon chevet rit cette tête folle,
Elle
en chasse à la fois le sommeil et l'ennui ;
Au
bruit de nos baisers le temps joyeux s'envole,
Et
notre lit de fleurs n'a pas encore un pli.

ALBERT


Depuis
que dans ses yeux ma peine a pris naissance,
Nul
ne sait le tourment dont je suis déchiré.
Elle-même
l'ignore, - et ma seule espérance
Est
qu'elle le devine un jour, quand j'en mourrai.

RODOLPHE


Quand
mon enchanteresse entr'ouvre sa paupière,
Sombre
comme la nuit, pur comme la lumière,
Sur
l'émail de ses yeux brille un noir diamant.

ALBERT


Comme
sur une fleur une goutte de pluie,
Comme
une pâle étoile au fond du firmament,
Ainsi
brille en tremblant le regard de ma vie.

RODOLPHE


Son
front n'est pas plus grand que celui de Vénus.
Par
un noeud de ruban deux bandeaux retenus
L
'entourent mollement d'une fraîche auréole ;
Et
, lorsqu'au pied du lit tombent ses longs cheveux,
On
croirait voir, le soir, sur ses flancs amoureux,
Se
dérouler gaiement la mantille espagnole.

ALBERT


Ce
bonheur à mes yeux n'a pas été donné
De
voir jamais ainsi la tête bien-aimée.
Le
chaste sanctuairesiège sa pensée
D
'un diadème d'or est toujours couronné.

RODOLPHE


Voyez-la
, le matin, qui gazouille et sautille ;
Son
coeur est un oiseau, - sa bouche est une fleur.
C
'est là qu'il faut saisir cette indolente fille,
Et
, sur la pourpre vive où le rire pétille,
De
son souffle enivrant respirer la fraîcheur.

ALBERT


Une
fois seulement, j'étais le soir près d'elle ;
Le
sommeil lui venait et la rendait plus belle ;
Elle
pencha vers moi son front plein de langueur,
Et
, comme on voit s'ouvrir une rose endormie,
Dans
un faible soupir, des lèvres de ma mie,
Je
sentis s'exhaler le parfum de son coeur.

RODOLPHE


Je
voudrais voir qu'un jour ma belle dégourdie,
Au
cabaret voisin de champagne étourdie,
S
'en vînt, en jupon court, se glisser dans tes bras.
Qu
'adviendrait-il alors de ta mélancolie ?
Car
enfin toute chose est possible ici-bas.

ALBERT


Si
le profond regard de ma chère maîtresse
Un
instant par hasard s'arrêtait sur le tien,
Qu
'adviendrait-il alors de cette folle ivresse ?
Aimer
est quelque chose, et le reste n'est rien.

RODOLPHE


Non
, l'amour qui se tait n'est qu'une rêverie.
Le
silence est la mort, et l'amour est la vie ;
Et
c'est un vieux mensonge à plaisir inventé,
Que
de croire au bonheur hors, de la volupté !
Je
ne puis partager ni plaindre ta souffrance
Le
hasard est là-haut pour les audacieux ;
Et
celui dont la crainte a tué l'espérance
Mérite
son malheur et fait injure aux dieux.

ALBERT


Non
, quand leur âme immense entra dans la nature,
Les
dieux n'ont pas tout dit à la matière impure
Qui
reçut dans ses flancs leur forme et leur beauté.
C
'est une vision que la réalité.
Non
, des flacons brisés, quelques vaines paroles
Qu
'on prononce au hasard et qu'on croit échanger,
Entre
deux froids baisers quelques rires frivoles,
Et
d'un être inconnu le contact passager,
Non
, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas même un rêve,
Et
la satiété, qui succède au désir,
Amène
un tel dégoût quand le coeur se soulève,
Que
je ne sais, au fond, si c'est peine ou plaisir.

RODOLPHE


Est-ce
peine ou plaisir, une alcôve bien close,
Et
le punch allumé, quand il fait mauvais temps ?
Est-ce
peine ou plaisir, l'incarnat de la rose,
La
blancheur de l'albâtre et l'odeur du printemps ?
Quand
la réalité ne serait qu'une image,
Et
le contour léger des choses d'ici-bas,
Me
préserve le ciel d'en savoir davantage !
Le
masque est si charmant, que j'ai peur du visage,
Et
même en carnaval je n'y toucherais pas.

ALBERT


Une
larme en dit plus que tu n'en pourrais dire.

RODOLPHE


Une
larme a son prix, c'est la soeur d'un sourire.
Avec
deux yeux bavards parfois j'aime à jaser ;
Mais
le seul vrai langage au monde est un baiser.

ALBERT


Ainsi
donc, à ton gré dépense ta paresse.
O
mon pauvre secret ! que nos chagrins sont doux !

RODOLPHE


Ainsi
donc, à ton gré promène ta tristesse.
O
mes pauvres soupers ! comme on médit de vous !

ALBERT


Prends
garde seulement que ta belle étourdie
Dans
quelque honnête ennui ne perde sa gaieté.

RODOLPHE


Prends
garde seulement que ta rose endormie
Ne
trouve un papillon quelque beau soir d'été.

ALBERT


Des
premiers feux du jour j'aperçois la lumière.

RODOLPHE


Laissons
notre dispute et vidons notre verre.
Nous
aimons, c'est assez, chacun à sa façon.
J
'en ai connu plus d'une, et j'en sais la chanson.
Le
droit est au plus fort, en amour comme en guerre,
Et
la femme qu'on aime aura toujours raison.

Idylle un poème de Alfred de Musset

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Alfred de Musset (n° 413)  Voter pour ce poème402 votes

Souvenir de Alfred de Musset


J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir
En
osant te revoir, place à jamais sacrée,
Ô
la plus chère tombe et la plus ignorée
dorme un souvenir !

Que
redoutiez-vous donc de cette solitude,
Et
pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,
Alors
qu'une si douce et si vieille habitude
Me
montrait ce chemin ?

Les
voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et
ces pas argentins sur le sable muet,
Ces
sentiers amoureux, remplis de causeries,
son bras m'enlaçait.

Les
voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette
gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces
sauvages amis, dont l'antique murmure
A
bercé mes beaux jours.

Les
voilà, ces buissonstoute ma jeunesse,
Comme
un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux
charmants, beau désertpassa ma maîtresse,
Ne
m'attendiez-vous pas ?

Ah
! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces
larmes que soulève un cœur encor blessé !
Ne
les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce
voile du passé !

Je
ne viens point jeter un regret inutile
Dans
l'écho de ces bois témoins de mon bonheur.
Fière
est cette forêt dans sa beauté tranquille,
Et
fier aussi mon cœur.

Que
celui-là se livre à des plaintes amères,
Qui
s'agenouille et prie au tombeau d'un ami.
Tout
respire en ces lieux ; les fleurs des cimetières
Ne
poussent point ici.

Voyez
! la lune monte à travers ces ombrages.
Ton
regard tremble encor, belle reine des nuits;
Mais
du sombre horizon déjà tu te dégages,
Et
tu t'épanouis.

Ainsi
de cette terre, humide encor de pluie,
Sortent
, sous tes rayons, tous les parfums du jour;
Aussi
calme, aussi pur, de mon âme attendrie
Sort
mon ancien amour.

Que
sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?
Tout
ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant;
Et
rien qu'en regardant cette vallée amie
Je
redeviens enfant.

Ô
puissance du temps ! ô légères années !
Vous
emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets;
Mais
la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées
Vous
ne marchez jamais.

Tout
mon cœur te bénit, bonté consolatrice !
Je
n'aurais jamais cru que l'on pût tant souffrir
D
'une telle blessure, et que sa cicatrice
Fût
si douce à sentir.

Loin
de moi les vains mots, les frivoles pensées,
Des
vulgaires douleurs linceul accoutumé,
Que
viennent étaler sur leurs amours passées
Ceux
qui n'ont point aimé !

Dante
, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misère
Qu
'un souvenir heureux dans les jours de douleur ?
Quel
chagrin t'a dicté cette parole amère,
Cette
offense au malheur ?

En
est-il donc moins vrai que la lumière existe,
Et
faut-il l'oublier du moment qu'il fait nuit ?
Est-ce
bien toi, grande âme immortellement triste,
Est-ce
toi qui l'as dit ?

Non
, par ce pur flambeau dont la splendeur m'éclaire,
Ce
blasphème vanté ne vient pas de ton cœur.
Un
souvenir heureux est peut-être sur terre
Plus
vrai que le bonheur.

Eh
quoi ! l'infortuné qui trouve une étincelle
Dans
la cendre brûlantedorment ses ennuis,
Qui
saisit cette flamme et qui fixe sur elle
Ses
regards éblouis ;

Dans
ce passé perdu quand son âme se noie,
Sur
ce miroir brisé lorsqu'il rêve en pleurant,
Tu
lui dis qu'il se trompe, et que sa faible joie
N
'est qu'un affreux tourment !

Et
c'est à ta Françoise, à ton ange de gloire,
Que
tu pouvais donner ces mots à prononcer,
Elle
qui s'interrompt, pour conter son histoire,
D
'un éternel baiser !

Qu
'est-ce donc, juste Dieu, que la pensée humaine,
Et
qui pourra jamais aimer la vérité,
S
'il n'est joie ou douleur si juste et si certaine
Dont
quelqu'un n'ait douté ?

Comment
vivez-vous donc, étranges créatures ?
Vous
riez, vous chantez, vous marchez à grands pas;
Le
ciel et sa beauté, le monde et ses souillures
Ne
vous dérangent pas ;

Mais
, lorsque par hasard le destin vous ramène
Vers
quelque monument d'un amour oublié,
Ce
caillou vous arrête, et cela vous fait peine
Qu
'il vous heurte le pied.

Et
vous criez alors que la vie est un songe ;
Vous
vous tordez les bras comme en vous réveillant,
Et
vous trouvez fâcheux qu'un si joyeux mensonge
Ne
dure qu'un instant.

Malheureux
! cet instantvotre âme engourdie
A
secoué les fers qu'elle traîne ici-bas,
Ce
fugitif instant fut toute votre vie ;
Ne
le regrettez pas !

Regrettez
la torpeur qui vous cloue à la terre,
Vos
agitations dans la fange et le sang,
Vos
nuits sans espérance et vos jours sans lumière
C
'est là qu'est le néant !

Mais
que vous revient-il de vos froides doctrines ?
Que
demandent au ciel ces regrets inconstants
Que
vous allez semant sur vos propres ruines,
À
chaque pas du Temps ?

Oui
, sans doute, tout meurt; ce monde est un grand rêve,
Et
le peu de bonheur qui nous vient en chemin,
Nous
n'avons pas plus tôt ce roseau dans la main,
Que
le vent nous l'enlève.

Oui
, les premiers baisers, oui, les premiers serments
Que
deux êtres mortels échangèrent sur terre,
Ce
fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents,
Sur
un roc en poussière.

Ils
prirent à témoin de leur joie éphémère
Un
ciel toujours voilé qui change à tout moment,
Et
des astres sans nom que leur propre lumière
Dévore
incessamment.

Tout
mourait autour d'eux, l'oiseau dans le feuillage,
La
fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs pieds,
La
source desséchéevacillait l'image
De
leurs traits oubliés ;

Et
sur tous ces débris joignant leurs mains d'argile,
Étourdis
des éclairs d'un instant de plaisir,
Ils
croyaient échapper à cet Être immobile
Qui
regarde mourir !

-
Insensés ! dit le sage ? Heureux ! dit le poète.
Et
quels tristes amours as-tu donc dans le cœur,
Si
le bruit du torrent te trouble et t'inquiète,
Si
le vent te fait peur ?

J
'ai vu sous le soleil tomber bien d'autres choses
Que
les feuilles des bois et l'écume des eaux,
Bien
d'autres s'en aller que le parfum des roses
Et
le chant des oiseaux.

Mes
yeux ont contemplé des objets plus funèbres
Que
Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus
affreux que le toast à l'ange des ténèbres
Porté
par Roméo.

J
'ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenue
elle-même un sépulcre blanchi,
Une
tombe vivanteflottait la poussière
De
notre mort chéri,

De
notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous
avions sur nos cœurs si doucement bercé !
C
'était plus qu'une vie, hélas ! c'était un monde
Qui
s'était effacé !

Oui
, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je
l'ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses
lèvres s'entrouvraient, et c'était un sourire,
Et
c'était une voix ;

Mais
non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces
regards adorés dans les miens confondus;
Mon
cœur, encor plein d'elle, errait sur son visage,
Et
ne la trouvait plus.

Et
pourtant j'aurais pu marcher alors vers elle,
Entourer
de mes bras ce sein vide et glacé,
Et
j'aurais pu crier : Qu'as-tu fait, infidèle,
Qu
'as-tu fait du passé ?

Mais
non : il me semblait qu'une femme inconnue
Avait
pris par hasard cette voix et ces yeux;
Et
je laissai passer cette froide statue
En
regardant les cieux.

Eh
bien ! ce fut sans doute une horrible misère
Que
ce riant adieu d'un être inanimé.
Eh
bien ! qu'importe encore ? Ô nature ! ô ma mère !
En
ai-je moins aimé ?

La
foudre maintenant peut tomber sur ma tête ;
Jamais
ce souvenir ne peut m'être arraché !
Comme
le matelot brisé par la tempête,
Je
m'y tiens attaché.

Je
ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent ;
Ni
ce qu'il adviendra du simulacre humain,
Ni
si ces vastes cieux éclaireront demain
Ce
qu'ils ensevelissent.

Je
me dis seulement : À cette heure, en ce lieu,
Un
jour, je fus aimé, j'aimais, elle était belle.
J
'enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et
je l'emporte à Dieu !

Souvenir un poème de Alfred de Musset

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