Poème pouvoir - 28 Poèmes sur pouvoir


28 poèmes


Phonétique (Cliquez pour la liste complète) : papaver papavers pauvre pauvres pauvret pauvreté paver pavera paverai paverais paverait paveras paveur paveurs pieuvre pieuvres pivert poivra poivrai poivrais poivrait poivras poivrât poivre poivré poivrée poivrées poivrer poivrera ...

L’Amour et la Mort de Louise Ackermann


À M. Louis de Ronchaud
I
Regardez-les
passer, ces couples éphémères !
Dans
les bras l'un de l'autre enlacés un moment,
Tous
, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font
le même serment :

Toujours
! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec
étonnement entendent prononcer,
Et
qu'osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et
qui vont se glacer.


Vous
qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu
'un élan d'espérance arrache à votre coeur,
Vain
défi qu'au néant vous jetez, dans l'ivresse
D
'un instant de bonheur ?


Amants
, autour de vous une voix inflexible
Crie
à tout ce qui naît : « Aime et meurs ici-bas ! »
La
mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous
n'échapperez pas.


Eh
bien ! puisqu'il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts
de ce même amour dont vous vous enivrez
Et
perdus dans le sein de l'immense Nature,
Aimez
donc, et mourez !


II

Non
, non, tout n'est pas dit, vers la beauté fragile
Quand
un charme invincible emporte le désir,
Sous
le feu d'un baiser quand notre pauvre argile
A
frémi de plaisir.


Notre
serment sacré part d'une âme immortelle ;
C
'est elle qui s'émeut quand frissonne le corps ;
Nous
entendons sa voix et le bruit de son aile
Jusque
dans nos transports.

Nous
le répétons donc, ce mot qui fait d'envie
Pâlir
au firmament les astres radieux,
Ce
mot qui joint les coeurs et devient, dès la vie,
Leur
lien pour les cieux.

Dans
le ravissement d'une éternelle étreinte
Ils
passent entraînés, ces couples amoureux,
Et
ne s'arrêtent pas pour jeter avec crainte
Un
regard autour d'eux.

Ils
demeurent sereins quand tout s'écroule et tombe ;
Leur
espoir est leur joie et leur appui divin ;
Ils
ne trébuchent point lorsque contre une tombe
Leur
pied heurte en chemin.

Toi-même
, quand tes bois abritent leur délire,
Quand
tu couvres de fleurs et d'ombre leurs sentiers,
Nature
, toi leur mère, aurais-tu ce sourire
S
'ils mouraient tout entiers ?

Sous
le voile léger de la beauté mortelle
Trouver
l'âme qu'on cherche et qui pour nous éclôt,
Le
temps de l'entrevoir, de s'écrier : « C'est Elle ! »
Et
la perdre aussitôt,


Et
la perdre à jamais ! Cette seule pensée
Change
en spectre à nos yeux l'image de l'amour.
Quoi
! ces voeux infinis, cette ardeur insensée
Pour
un être d'un jour !

Et
toi, serais-tu donc à ce point sans entrailles,
Grand
Dieu qui dois d'en haut tout entendre et tout voir,
Que
tant d'adieux navrants et tant de funérailles
Ne
puissent t'émouvoir,

Qu
cette tombe obscure où tu nous fais descendre
Tu
dises : « Garde-les, leurs cris sont superflus.
Amèrement
en vain l'on pleure sur leur cendre ;
Tu
ne les rendras plus ! »

Mais
non ! Dieu qu'on dit bon, tu permets qu'on espère ;
Unir
pour séparer, ce n'est point ton dessein.
Tout
ce qui s'est aimé, fût-ce un jour, sur la terre,
Va
s'aimer dans ton sein.

III

Éternité
de l'homme, illusion ! chimère !
Mensonge
de l'amour et de l'orgueil humain !
Il
n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère,
Il
lui faut un demain !

Pour
cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui
brûle une minute en vos coeurs étonnés,
Vous
oubliez soudain la fange maternelle
Et
vos destins bornés.

Vous
échapperiez donc, ô rêveurs téméraires
Seuls
au Pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez
un tel espoir ; tous les limons sont frères
En
face du néant.

Vous
dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
«
J'aime, et j'espère voir expirer tes flambeaux. »
La
Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront
sur vos tombeaux.

Vous
croyez que l'amour dont l'âpre feu vous presse
A
réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La
fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
«
Nous aussi nous aimons ! »

Heureux
, vous aspirez la grande âme invisible
Qui
remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La
Nature sourit, mais elle est insensible :
Que
lui font vos bonheurs ?

Elle
n'a qu'un désir, la marâtre immortelle,
C
'est d'enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère
avide, elle a pris l'éternité pour elle,
Et
vous laisse la mort.

Toute
sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le
reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous
, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son
voeu s'est accompli.

Quand
un souffle d'amour traverse vos poitrines,
Sur
des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux
pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous
jettent éperdus ;

Quand
, pressant sur ce coeur qui va bientôt s'éteindre
Un
autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il
vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L
'Infini dans vos bras ;

Ces
délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés
dans vos flancs comme d'ardents essaims,
Ces
transports, c'est déjà l'Humanité future
Qui
s'agite en vos seins.

Elle
se dissoudra, cette argile légère
Qu
'ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les
vents vont disperser cette noble poussière
Qui
fut jadis un coeur.

Mais
d'autres coeurs naîtront qui renoueront la trame
De
vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant
vos pleurs, vos rêves, votre flamme,
Dans
les âges lointains.

Tous
les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se
passent, en courant, le flambeau de l'amour.
Chacun
rapidement prend la torche immortelle
Et
la rend à son tour.

Aveuglés
par l'éclat de sa lumière errante,
Vous
jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De
la tenir toujours : à votre main mourante
Elle
échappe déjà.

Du
moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il
aura sillonné votre vie un moment ;
En
tombant vous pourrez emporter dans l'abîme
Votre
éblouissement.

Et
quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un
être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si
son oeil éternel considère, impassible,
Le
naître et le mourir,

Sur
le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu
'un mouvement d'amour soit encor votre adieu !
Oui
, faites voir combien l'homme est grand lorsqu'il aime,
Et
pardonnez à Dieu !

L’Amour et la Mort un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 1)  Voter pour ce poème1562 votes

L’Homme à la Nature de Louise Ackermann


Eh bien ! reprends-le donc ce peu de fange obscure
Qui
pour quelques instants s'anima sous ta main ;
Dans
ton dédain superbe, implacable Nature,
Brise
à jamais le moule humain.

De
ces tristes débris quand tu verrais, ravie,
D
'autres créations éclore à grands essaims,
Ton
Idée éclater en des formes de vie
Plus
dociles à tes desseins,

Est-ce
à dire que Lui, ton espoir, ta chimère,
Parce
qu'il fut rêvé, puisse un jour exister ?
Tu
crois avoir conçu, tu voudrais être mère ;
A
l'œuvre ! il s'agit d'enfanter.

Change
en réalité ton attente sublime.
Mais
quoi ! pour les franchir, malgré tous tes élans,
La
distance est trop grande et trop profond l'abîme
Entre
ta pensée et tes flancs.

La
mort est le seul fruit qu'en tes crises futures
Il
te sera donné d'atteindre et de cueillir ;
Toujours
nouveaux débris, toujours des créatures
Que
tu devras ensevelir.

Car
sur ta route en vain l'âge à l'âge succède ;
Les
tombes, les berceaux ont beau s'accumuler,
L
'Idéal qui te fuit, l'Ideal qui t'obsède,
A
l'infini pour reculer.

L
'objet de ta poursuite éternelle et sans trêve
Demeure
un but trompeur à ton vol impuissant
Et
, sous le nimbe ardent du désir et du rêve,
N
'est qu'un fantôme éblouissant.

Il
resplendit de loin, mais reste inaccessible.
Prodigue
de travaux, de luttes, de trépas,
Ta
main me sacrifie à ce fils impossible ;
Je
meurs, et Lui ne naîtra pas.

Pourtant
je suis ton fils aussi ; réel, vivace,
Je
sortis de tes bras des les siècles lointains ;
Je
porte dans mon cœur, je porte sur ma face,
Le
signe empreint des hauts destins.

Un
avenir sans fin s'ouvrait ; dans la carrière
Le
Progrès sur ses pas me pressait d'avancer ;
Tu
n'aurais même encor qu'à lever la barrière :
Je
suis là, prêt à m'élancer.

Je
serais ton sillon ou ton foyer intense ;
Tu
peux selon ton gré m'ouvrir ou m'allumer.
Une
unique étincelle, ô mère ! une semence !
Tout
s'enflamme ou tout va germer.

Ne
suis-je point encor seul à te trouver belle ?
J
'ai compté tes trésors, j'atteste ton pouvoir,
Et
mon intelligence, ô Nature éternelle !
T
'a tendu ton premier miroir.

En
retour je n'obtiens que dédain et qu'offense.
Oui
, toujours au péril et dans les vains combats !
Éperdu
sur ton sein, sans recours ni défense,
Je
m'exaspère et me débats.

Ah !
si du moins ma force eût égalé ma rage,
Je
l'aurais déchiré ce sein dur et muet :
Se
rendant aux assauts de mon ardeur sauvage,
Il
m'aurait livré son secret.

C
'en est fait, je succombe, et quand tu dis : « J'aspire ! »
Je
te réponds : « Je souffre ! » infirme, ensanglanté ;
Et
par tout ce qui naît , par tout ce qui respire,
Ce
cri terrible est répété.

Oui
, je souffre ! et c'est toi, mère, qui m'extermines,
Tantôt
frappant mes flancs, tantôt blessant mon cœur ;
Mon
être tout entier, par toutes ses racines,
Plonge
sans fond dans la douleur.

J
'offre sous le soleil un lugubre spectacle.
Ne
naissant, ne vivant que pour agoniser.
L
'abîme s'ouvre ici, là se dresse l'obstacle :
Ou
m'engloutir, ou me briser !

Mais
, jusque sous le coup du désastre suprême,
Moi
, l'homme, je t'accuse à la face des cieux.
Créatrice
, en plein front reçois donc l'anathème
De
cet atome audacieux.

Sois
maudite, ô marâtre ! en tes œuvres immenses,
Oui
, maudite à ta source et dans tes éléments,
Pour
tous tes abandons, tes oublis, tes démences,
Aussi
pour tes avortements !

Que
la Force en ton sein s'épuise perte à perte !
Que
la Matière, à bout de nerf et de ressort,
Reste
sans mouvement, et se refuse, inerte,
A
te suivre dans ton essor !

Qu
'envahissant les cieux, I'Immobilité morne
Sous
un voile funèbre éteigne tout flambeau,
Puisque
d'un univers magnifique et sans borne
Tu
n'as su faire qu'un tombeau !

L’Homme à la Nature un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 10)  Voter pour ce poème661 votes

Prométhée de Louise Ackermann


Frappe encor, Jupiter, accable-moi, mutile
L
'ennemi terrassé que tu sais impuissant !
Écraser
n'est pas vaincre, et ta foudre inutile
S
'éteindra dans mon sang,

Avant
d'avoir dompté l'héroïque pensée
Qui
fait du vieux Titan un révolté divin ;
C
'est elle qui te brave, et ta rage insensée
N
'a cloué sur ces monts qu'un simulacre vain.
Tes
coups n'auront porté que sur un peu d'argile ;
Libre
dans les liens de cette chair fragile,
L
'âme de Prométhée échappe à ta fureur.
Sous
l'ongle du vautour qui sans fin me dévore,
Un
invisible amour fait palpiter encore
Les
lambeaux de mon cœur.

Si
ces pics désolés que la tempête assiège
Ont
vu couler parfois sur leur manteau de neige
Des
larmes que mes yeux ne pouvaient retenir,
Vous
le savez, rochers, immuables murailles
Que
d'horreur cependant je sentais tressaillir,
La
source de mes pleurs était dans mes entrailles ;
C
'est la compassion qui les a fait jaillir.

Ce
n'était point assez de mon propre martyre ;
Ces
flancs ouverts, ce sein qu'un bras divin déchire
Est
rempli de pitié pour d'autres malheureux.
Je
les vois engager une lutte éternelle ;
L
'image horrible est là ; j'ai devant la prunelle
La
vision des maux qui vont fondre sur eux.
Ce
spectacle navrant m'obsède et m'exaspère.
Supplice
intolérable et toujours renaissant,
Mon
vrai, mon seul vautour, c'est la pensée amère
Que
rien n'arrachera ces germes de misére
Que
ta haine a semés dans leur chair et leur sang.

Pourtant
, ô Jupiter, l'homme est ta créature ;
C
'est toi qui l'as conçu, c'est toi qui l'as formé,
Cet
être déplorable, infirme, désarmé,
Pour
qui tout est danger, épouvante, torture,
Qui
, dans le cercle étroit de ses jours enfermé,
Étouffe
et se débat, se blesse et se lamente.
Ah !
quand tu le jetas sur la terre inclémente,
Tu
savais quels fléaux l'y devaient assaillir,
Qu
'on lui disputerait sa place et sa pâture,
Qu
'un souffle l'abattrait, que l'aveugle Nature
Dans
son indifférence allait l'ensevelir.
Je
l'ai trouvé blotti sous quelque roche humide,
Ou
rampant dans les bois, spectre hâve et timide
Qui
n'entendait partout que gronder et rugir,
Seul
affamé, seul triste au grand banquet des êtres,
Du
fond des eaux, du sein des profondeurs champêtres
Tremblant
toujours de voir un ennemi surgir.

Mais
quoi ! sur cet objet de ta haine immortelle,
Imprudent
que j'étais, je me suis attendri ;
J
'allumai la pensée et jetai l'étincelle
Dans
cet obscur limon dont tu l'avais pétri.
Il
n'était qu'ébauché, j'achevai ton ouvrage.
Plein
d'espoir et d'audace, en mes vastes desseins
J
'aurais sans hésiter mis les cieux au pillage,
Pour
le doter après du fruit de mes larcins.
Je
t'ai ravi le feu ; de conquête en conquête
J
'arrachais de tes mains ton sceptre révéré.
Grand
Dieu ! ta foudre à temps éclata sur ma tête ;
Encore
un attentat, l'homme était délivré !

La
voici donc ma faute, exécrable et sublime.
Compatir
, quel forfait ! Se dévouer, quel crime !
Quoi !
j'aurais, impuni, défiant tes rigueurs,
Ouvert
aux opprimés mes bras libérateurs ?
Insensé !
m'être ému quand la pitié s'expie !
Pourtant
c'est Prométhée, oui, c'est ce même impie
Qui
naguère t'aidait à vaincre les Titans.
J
'étais à tes côtés dans l'ardente mêlée ;
Tandis
que mes conseils guidaient les combattants,
Mes
coups faisaient trembler la demeure étoilée.
Il
s'agissait pour moi du sort de l'univers :
Je
voulais en finir avec les dieux pervers.

Ton
règne allait m'ouvrir cette ère pacifique
Que
mon cœur transporté saluait de ses vœux.
En
son cours éthéré le soleil magnifique
N
'aurait plus éclairé que des êtres heureux.
La
Terreur s'enfuyait en écartant les ombres
Qui
voilaient ton sourire ineffable et clément,
Et
le réseau d'airain des Nécessités sombres
Se
brisait de lui-même aux pieds d'un maître aimant.
Tout
était joie, amour, essor, efflorescence ;
Lui-même
Dieu n'était que le rayonnement
De
la toute-bonté dans la toute-puissance.

O
mes désirs trompés ! O songe évanoui !
Des
splendeurs d'un tel rêve, encor l'œil ébloui,
Me
retrouver devant l'iniquité céleste.
Devant
un Dieu jaloux qui frappe et qui déteste,
Et
dans mon désespoir me dire avec horreur :
« Celui
qui pouvait tout a voulu la douleur ! »

Mais
ne t'abuse point ! Sur ce roc solitaire
Tu
ne me verras pas succomber en entier.
Un
esprit de révolte a transformé la terre,
Et
j'ai dès aujourd'hui choisi mon héritier.
Il
poursuivra mon œuvre en marchant sur ma trace,
qu'il est comme moi pour tenter et souffrir.
Aux
humains affranchis je lègue mon audace,
Héritage
sacré qui ne peut plus périr.
La
raison s'affermit, le doute est prêt à naître.
Enhardis
à ce point d'interroger leur maître,
Des
mortels devant eux oseront te citer :
Pourquoi
leurs maux ? Pourquoi ton caprice et ta haine ?
Oui
, ton juge t'attend, - la conscience humaine ;
Elle
ne peut t'absoudre et va te rejeter.

Le
voilà, ce vengeur promis à ma détresse !
Ah !
quel souffle épuré d'amour et d'allégresse
En
traversant le monde enivrera mon cœur
Le
jour où, moins hardie encor que magnanime,
Au
lieu de l'accuser, ton auguste victime
Niera
son oppresseur !

Délivré
de la Foi comme d'un mauvais rêve,
L
'homme répudiera les tyrans immortels,
Et
n'ira plus, en proie à des terreurs sans trêve,
Se
courber lâchement au pied de tes autels.
Las
de le trouver sourd, il croira le ciel vide.
Jetant
sur toi son voile éternel et splendide,
La
Nature déjà te cache à son regard ;
Il
ne découvrira dans l'univers sans borne,
Pour
tout Dieu désormais, qu'un couple aveugle et morne,
La
Force et le Hasard.

Montre-toi
, Jupiter, éclate alors, fulmine,
Contre
ce fugitif à ton joug échappé !
Refusant
dans ses maux de voir ta main divine,
Par
un pouvoir fatal il se dira frappé.
Il
tombera sans peur, sans plainte, sans prière ;
Et
quand tu donnerais ton aigle et ton tonnerre
Pour
l'entendre pousser, au fort de son tourment,
Un
seul cri qui t'atteste, une injure, un blasphème,
Il
restera muet : ce silence suprême
Sera
ton châtiment.

Tu
n'auras plus que moi dans ton immense empire
Pour
croire encore en toi, funeste Déité.
Plutôt
nier le jour ou l'air que je respire
Que
ta puissance inique et que ta cruauté.
Perdu
dans cet azur, sur ces hauteurs sublimes,
Ah !
j'ai vu de trop près tes fureurs et tes crimes ;
J
'ai sous tes coups déjà trop souffert, trop saigné ;
Le
doute est impossible à mon cœur indigné.
Oui !
tandis que du Mal, œuvre de ta colère,
Renonçant
désormais à sonder le mystère,
L
'esprit humain ailleurs portera son flambeau,
Seul
je saurai le mot de cette énigme obscure,
Et
j'aurai reconnu, pour comble de torture,
Un
Dieu dans mon bourreau.

Prométhée un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 7)  Voter pour ce poème760 votes

La guerre de Louise Ackermann


I

Du
fer, du feu, du sang ! C'est elle ! c'est la Guerre
Debout
, le bras levé, superbe en sa colère,
Animant
le combat d'un geste souverain.
Aux
éclats de sa voix s'ébranlent les armées ;
Autour
d'elle traçant des lignes enflammées,
Les
canons ont ouvert leurs entrailles d'airain.

Partout
chars, cavaliers, chevaux, masse mouvante !
En
ce flux et reflux, sur cette mer vivante,
A
son appel ardent l'épouvante s'abat.
Sous
sa main qui frémit, en ses desseins féroces,
Pour
aider et fournir aux massacres atroces
Toute
matière est arme, et tout homme soldat.

Puis
, quand elle a repu ses yeux et ses oreilles
De
spectacles navrants, de rumeurs sans pareilles,
Quand
un peuple agonise en son tombeau couché,
Pâle
sous ses lauriers, l'âme d'orgueil remplie,
Devant
l'œuvre achevée et la tâche accomplie,
Triomphante
elle crie à la Mort: « Bien fauché ! »

Oui
, bien fauché ! Vraiment la récolte est superbe ;
Pas
un sillon qui n'ait des cadavres pour gerbe !
Les
plus beaux, les plus forts sont les premiers frappés.
Sur
son sein dévasté qui saigne et qui frissonne
L
'Humanité, semblable au champ que l'on moissonne,
Contemple
avec douleur tous ces épis coupés.

Hélas !
au gré du vent et sous sa douce haleine
Ils
ondulaient au loin, des coteaux à la plaine,
Sur
la tige encor verte attendant leur saison.
Le
soleil leur versait ses rayons magnifiques ;
Riches
de leur trésor, sous les cieux pacifiques,
Ils
auraient pu mûrir pour une autre moisson.


II

Si
vivre c'est lutter, à l'humaine énergie
Pourquoi
n'ouvrir jamais qu'une arène rougie ?
Pour
un prix moins sanglant que les morts que voilà
L
'homme ne pourrait-il concourir et combattre ?
Manque-t-il
d'ennemis qu'il serait beau d'abattre ?
Le
malheureux ! il cherche, et la Misère est là !

Qu
'il lui crie : « A nous deux ! » et que sa main virile
S
'acharne sans merci contre ce flanc stérile
Qu
'il s'agit avant tout d'atteindre et de percer.
A
leur tour, le front haut, l'Ignorance et le Vice,
L
'un sur l'autre appuyé, l'attendent dans la lice :
Qu
'il y descende donc, et pour les terrasser.

A
la lutte entraînez les nations entières.
Délivrance
partout ! effaçant les frontières,
Unissez
vos élans et tendez-vous la main.
Dans
les rangs ennemis et vers un but unique,
Pour
faire avec succès sa trouée héroïque,
Certes
ce n'est pas trop de tout l'effort humain.

L
'heure semblait propice, et le penseur candide
Croyait
, dans le lointain d'une aurore splendide,
Voir
de la Paix déjà poindre le front tremblant.
On
respirait. Soudain, la trompette à la bouche,
Guerre
, tu reparais, plus âpre, plus farouche,
Écrasant
le progrès sous ton talon sanglant.

C
'est à qui le premier, aveuglé de furie,
Se
précipitera vers l'immense tuerie.
A
mort ! point de quartier ! L'emporter ou périr!
Cet
inconnu qui vient des champs ou de la forge
Est
un frère ; il fallait l'embrasser, - on l'égorge.
Quoi !
lever pour frapper des bras faits pour s'ouvrir !

Les
hameaux, les cités s'écroulent dans les flammes.
Les
pierres ont souffert ; mais que dire des âmes ?
Près
des pères les fils gisent inanimés.
Le
Deuil sombre est assis devant les foyers vides,
Car
ces monceaux de morts, inertes et livides,
Étaient
des cœurs aimants et des êtres aimés.

Affaiblis
et ployant sous la tâche infinie,
Recommence
, Travail ! rallume-toi, Génie !
Le
fruit de vos labeurs est broyé, dispersé.
Mais
quoi ! tous ces trésors ne formaient qu'un domaine ;
C
'était le bien commun de la famille humaine,
Se
ruiner soi-même, ah ! c'est être insensé !

Guerre
, au seul souvenir des maux que tu déchaînes,
Fermente
au fond des cœurs le vieux levain des haines ;
Dans
le limon laissé par tes flots ravageurs
Des
germes sont semés de rancune et de rage,
Et
le vaincu n'a plus, dévorant son outrage,
Qu
'un désir, qu'un espoir : enfanter des vengeurs.

Ainsi
le genre humain, à force de revanches,
Arbre
découronné, verra mourir ses branches,
Adieu
, printemps futurs ! Adieu, soleils nouveaux !
En
ce tronc mutilé la sève est impossible.
Plus
d'ombre, plus de fleurs ! et ta hache inflexible,
Pour
mieux frapper les fruits, a tranché les rameaux.


III

Non
, ce n'est point à nous, penseur et chantre austère,
De
nier les grandeurs de la mort volontaire ;
D
'un élan généreux il est beau d'y courir.
Philosophes
, savants, explorateurs, apôtres,
Soldats
de l'Idéal, ces héros sont les nôtres :
Guerre !
ils sauront sans toi trouver pour qui mourir.

Mais
à ce fier brutal qui frappe et qui mutile,
Aux
exploits destructeurs, au trépas inutile,
Ferme
dans mon horreur, toujours je dirai : « Non ! »
O
vous que l'Art enivre ou quelque noble envie,
Qui
, débordant d'amour, fleurissez pour la vie,
On
ose vous jeter en pâture au canon !

Liberté
, Droit, Justice, affaire de mitraille !
Pour
un lambeau d'Etat, pour un pan de muraille,
Sans
pitié, sans remords, un peuple est massacré.
-
Mais il est innocent ! - Qu'importe ? On l'extermine.
Pourtant
la vie humaine est de source divine :
N
'y touchez pas, arrière ! Un homme, c'est sacré !

Sous
des vapeurs de poudre et de sang, quand les astres
Pâlissent
indignés parmi tant de désastres,
Moi-même
à la fureur me laissant emporter,
Je
ne distingue plus les bourreaux des victimes ;
Mon
âme se soulève, et devant de tels crimes
Je
voudrais être foudre et pouvoir éclater.

Du
moins te poursuivant jusqu'en pleine victoire,
A
travers tes lauriers, dans les bras de l'Histoire
Qui
, séduite, pourrait t'absoudre et te sacrer,
O
Guerre, Guerre impie, assassin qu'on encense,
Je
resterai, navrée et dans mon impuissance,
Bouche
pour te maudire, et cœur pour t'exécrer !

La guerre un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 11)  Voter pour ce poème687 votes

De la Lumière ! de Louise Ackermann


Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! »
Contre
l'obscurité luttant avec effort,
Ah !
Lui du moins déjà sentait sur sa paupière
Peser
le voile de la mort.

Nous
, pour le proférer ce même cri terrible,
Nous
avons devancé les affres du trépas ;
Notre
œil perçoit encore, oui ! Mais, supplice horrible !
C
'est notre esprit qui ne voit pas.

Il
tâtonne au hasard depuis des jours sans nombre,
A
chaque pas qu'il fait forcé de s'arrêter ;
Et
, bien loin de percer cet épais réseau d'ombre,
Il
peut à peine l'écarter.

Parfois
son désespoir confine à la démence.
Il
s'agite, il s'égare au sein de l'Inconnu,
Tout
prêt à se jeter, dans son angoisse immense,
Sur
le premier flambeau venu.

La
Foi lui tend le sien en lui disant : « J'éclaire !
Tu
trouveras en moi la fin de tes tourments. »
Mais
lui, la repoussant du geste avec colère,
A
déjà répondu : « Tu mens ! »

« Ton
prétendu flambeau n'a jamais sur la terre
Apporté
qu'un surcroît d'ombre et de cécité ;
Mais
réponds-nous d'abord : est-ce avec ton mystère
Que
tu feras de la clarté ? »

La
Science à son tour s'avance et nous appelle.
Ce
ne sont entre nous que veilles et labeurs.
Eh
bien ! Tous nos efforts à sa torche immortelle
N
'ont arraché que les lueurs.

Sans
doute elle a rendu nos ombres moins funèbres ;
Un
peu de jour s'est fait où ses rayons portaient ;
Mais
son pouvoir ne va qu'à chasser des ténèbres
Les
fantômes qui les hantaient.

Et
l'homme est là, devant une obscurité vide,
Sans
guide désormais, et tout au désespoir
De
n'avoir pu forcer, en sa poursuite avide,
L
'Invisible à se laisser voir.

Rien
ne le guérira du mal qui le possède ;
Dans
son âme et son sang il est enraciné,
Et
le rêve divin de la lumière obsède
A
jamais cet aveugle-né.

Qu
'on ne lui parle pas de quitter sa torture.
S
'il en souffre, il en vit ; c'est là son élément ;
Et
vous n'obtiendrez pas de cette créature
Qu
'elle renonce à son tourment.

De
la lumière donc ! Bien que ce mot n'exprime
Qu
'un désir sans espoir qui va s'exaspérant.
A
force d'être en vain poussé, ce cri sublime
Devient
de plus en plus navrant.

Et
, quand il s'éteindra, le vieux Soleil lui-même
Frissonnera
d'horreur dans son obscurité,
En
l'entendant sortir, comme un adieu suprême,
Des
lèvres de l'Humanité

De la Lumière ! un poème de Louise Ackermann

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Louise Ackermann (n° 14)  Voter pour ce poème459 votes

La vieillesse de Agénor Altaroche


Autrefois on vouait un saint culte au grand âge.
Quand
sur le sol tremblaient les autels chancelants,
Un
seul restait debout au milieu de l'orage,
L'autel des cheveux blancs.

La
vieillesse toujours, et dans Rome et dans Sparte,
Fut
l'arbitre des lois et du gouvernement.
Le
respect des vieillards de toute ancienne charte
Etait le fondement.

Les
jeunes gens couraient près d'une tête blanche,
Qu
'il était beau ce nœud qui, toujours enlacé,
Liait
le front adulte au front que le temps penche,
Le présent au passé !

Hélas
! elle n'est plus, cette ère de foi sainte !
La
vieillesse a perdu son antique pavois.
Elle
a suivi les Dieux : sa latrie est éteinte
Dans les mœurs, dans les lois.

En
notre âge pervers, pour la jeune moustache
On
a plus de respect que pour les blancs cheveux.
Le
vieillard-aujourd'hui n'est plus qu'une ganache,
Un radoteur, un vieux.

Mais
ce n'est point assez qu'on lance l’anathème,
De
nos jours, au vieillard autrefois vénéré.
Le
siècle peut montrer un vieillard... ô blasphème !
Fraîchement décoré !!!

Décoré
! c'est passer les bornes de l'insulte.
Décorer
un vieillard ! Un homme infirme encore !
C
'est digne d'un pouvoir qui garde pour tout culte
Le culte du Veau d'or.

N
'as-tu donc tant vécu que pour cette avanie ?
La
croix, ô Montlosier, la croix ! affreux malheur !
C
'est un lourd cauchemar qui, dans ton insomnie,
Pèsera sur ton cœur !

A
quoi donc t'ont servi les nombreuses pituites
Et
l'honneur amassés depuis quatre-vingts ans ?
Et
tes anciens combats contre les noirs jésuites,
Et tes patois récents ?

Quand
des petits journaux la lanière te blesse,
Le
pouvoir, te laissant dans un triste abandon,
Tare
grotesquement ta robe de vieillesse
De son rouge cordon.

C’est
montrer peu d'égards pour ta noble perruque.
Le
régime qu'on voit, de ton âge envieux,
Traiter
si lestement ta poitrine caduque,
Ne sera jamais vieux.

Toi
qui portes si bien le poids de ton grand âge,
Puisse-tu
, retrouvant ta primitive ardeur,
Avec
la même force et le même courage
Porter ta croix d'honneur !

La vieillesse un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 465)  Voter pour ce poème4 votes

Fi de la popularité de Agénor Altaroche


Je connais plus d'un sot qui loue
Comme
le trésor le plus beau,
L
'amour que le bon peuple voue
A
ceux qui suivent son drapeau.
Du
peuple que me fait l'estime ?
Puisque
ce trésor si vanté
Ne
rapporteras un centime,

Fi de la popularité !

Cet
amour, fol et vain caprice,
Impose
, comme l'autre amour,
Chaque
jour nouveau sacrifice,
Et
nouveau tourment chaque jour,
A
ceux que chez nous il escorte
Combien
, hélas ! a-t-il coûté ?
Moi
, j'aime mieux ce qui rapporte,

Fi de la popularité !

Le
peuple, c'est une coquette
Habile
à plumer ses amants,
Et
qu'on voit changer d'amourette
Comme
un magistrat de serments.
Au
premier mois amour extrême,
Au
deuxième infidélité...
Chaque
mois m'apporte un douzième.

Fi de la popularité !

La
faveur du peuple bafoue
Celle
du pouvoir ? Sot motif !
L
'une a plus d'éclat, je l'avoue ;
Mais
l'autre a plus de positif.
L
'amour qu'aux siens le peuple donne
Reluit
sans poids ni densité ;
Je
préfère l'amour qui sonne.

Fi de la popularité !

Dans
une fable fort sensée,
Un
sage nous dit en beaux vers :
«
Si la treille est trop haut placée,
Criez
que les raisins sont verts. »
Pour
que le peuple nous encense,
S
'il faut réunir équité,
Vertu
, dévouement, éloquence,

Fi de la popularité !

Que
d'autres cherchent, sauf mécompte,
A
toucher des cœurs vains ou froids ;
J
'aime mieux toucher, pour mon compte,
Quatre
ou cinq mille francs par mois.
Lorsqu
'on reçoit si gros salaire,
On
peut clamer en sûreté,
Même
sous un roi populaire.

Fi
de la popularité !

Fi de la popularité un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 462)  Voter pour ce poème8 votes

Ça dépend du prix qu'on y met de Agénor Altaroche


Le Commerce enfante à la ronde
Les produits les plus merveilleux;
Le trafic est la loi du monde,
La chaîne des temps et des lieux.
La vente est publique ou secrète ;
Mais, hors les œuvres de Viennet,
Tout ici bas se vend, s'achète...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Mondor est fier de sa croix neuve.
Ce Mondor s'est donc fait un nom ?
Nullement.
Il a donc fait preuve de courage ou de talent? --- Non.
Mais il est riche, et sa main jette
Tout l'or que sa bouche promet...
Il aura bientôt la rosette,
Ça dépend du prix qu'on y met.

La jeune Lise se retranche
Dans sa vertueuse rigueur.
Un doigt touche à peine sa manche,
Qu'elle proteste avec vigueur.
Un richard s'offre à la rebelle ;
Sur un mot d'ordre elle l'admet.
Il prend tout, la manche et la belle...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Certain orateur dynastique
Tonne, de toute la hauteur
De son éloquence élastique,
Contre un régime corrupteur.
Qu'un mot dans l'oreille on lui glisse,
Un rhume opportun le soumet
Au régime.... de la réglisse.
Ça dépend du prix qu'on y met.

Caroline errait en Vendée
A travers buissons et périls.
Des rois la fille bien gardée
Échappait à nos alguazils.
Thiers, plus fin, à sa piste en voie
Une bourse au lieu d'un plumet.
Dans huit jours il aura sa proie...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Oyez tous les ans nos ministres;
« Pour arrêter dans son essor
L'anarchie aux projets sinistres,
Il nous faut des millions encor.
Trois millions... elle est expulsée,
Notre zèle vous le promet.
Un de plus, elle est écrasée...
Ça dépend du prix qu'on y met. »

Indépendant de contrebande,
Un auteur des plus abondants
Livre, par ordre et sur commande,
De fort mauvais Indépendants.
C'est qu'il attend maigre salaire
De la pratique qui commet.
Payé mieux, il eût su mieux faire...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Il n'est rien que l'or ne procure :
Succès dramatiques, pouvoir,
Noblesse, esprit, beauté, droiture,
Places, rang, louanges, savoir,
Serments saints, dévouements austères
Que d'un prince à l'autre on transmet,
Majorités parlementaires...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Le Commerce, hors les temps de crises
parfois à court il est pris,
Offre à tout prix des marchandises ,
Des gouvernements à tout prix.
Toile ou roi, ministre ou faïence, Demandez... On vous en remet
Pour votre argent en conscience...
Ça dépend du prix qu'on y met.

Ça dépend du prix qu'on y met un poème de Agénor Altaroche

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Agénor Altaroche (n° 472)  Voter pour ce poème7 votes

La grandeur de ce mal où tu te crois savante de Charles Baudelaire


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Charles Baudelaire (n° 241)  Voter pour ce poème381 votes

Ma morte vivante de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


Dans mon chagrin, rien n'est en mouvement
J
'attends, personne ne viendra
Ni
de jour, ni de nuit
Ni
jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes
yeux se sont séparés de tes yeux
Ils
perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma
bouche s'est séparée de ta bouche
Ma
bouche s'est séparée du plaisir
Et
du sens de l'amour, et du sens de la vie
Mes
mains se sont séparées de tes mains
Mes
mains laissent tout échapper
Mes
pieds se sont séparés de tes pieds
Ils
n'avanceront plus, il n'y a plus de route
Ils
ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

Il
m'est donné de voir ma vie finir
Avec
la tienne
Ma
vie en ton pouvoir
Que
j'ai crue infinie

Et
l'avenir mon seul espoir c'est mon tombeau
Pareil
au tien, cerné d'un monde indifférent
J
'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.

Ma morte vivante un poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard (n° 308)  Voter pour ce poème392 votes

La mort, l'amour la vie de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


J'ai cru pouvoir briser la profondeur de l'immensité
Par
mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je
me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme
un mort raisonnable qui a su mourir
Un
mort non couronné sinon de son néant
Je
me suis étendu sur les vagues absurdes
Du
poison absorbé par amour de la cendre
La
solitude m'a semblé plus vive que le sang

Je
voulais désunir la vie
Je
voulais partager la mort avec la mort
Rendre
mon cour au vide et le vide à la vie
Tout
effacer qu'il n'y ait rien ni vitre ni buée
Ni
rien devant ni rien derrière rien entier
J
'avais éliminé le glaçon des mains jointes
J
'avais éliminé l'hivernale ossature
Du
vou qui s'annule

Tu
es venue le feu s'est alors ranimé
L
'ombre a cédé le froid d'en bas s'est étoilé
Et
la terre s'est recouverte
De
ta chair claire et je me suis senti léger
Tu
es venue la solitude était vaincue
J
'avais un guide sur la terre je savais
Me
diriger je me savais démesuré
J
'avançais je gagnais de l'espace et du temps

J
'allais vers toi j'allais sans fin vers la lumière
La
vie avait un corps l'espoir tendait sa voile
Le
sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait
à l'aurore des regards confiants
Les
rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta
bouche était mouillée des premières rosées
Le
repos ébloui remplaçait la fatigue
Et
j'adorais l'amour comme à mes premiers jours.

Les
champs sont labourés les usines rayonnent
Et
le blé fait son nid dans une houle énorme
La
moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien
n'est simple ni singulier
La
mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La
forêt donne aux arbres la sécurité
Et
les murs des maisons ont une peau commune
Et
les routes toujours se croisent.

Les
hommes sont faits pour s'entendre
Pour
se comprendre pour s'aimer
Ont
des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont
des enfants sans feu ni lieu
Qui
réinventeront les hommes
Et
la nature et leur patrie
Celle
de tous les hommes
Celle
de tous les temps.

La mort, l'amour la vie un poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard (n° 305)  Voter pour ce poème443 votes

Le Cygne et le Cuisinier de Jean de La Fontaine


Dans une ménagerie
De
volatiles remplie
Vivaient
le cygne et l'oison :
Celui-là
destiné pour les regards du maître ;
Celui-ci
, pour son goût : l'un qui se piquait d'être
Commensal
du jardin ; l'autre de la maison.
Des
fossés du château faisant leurs galeries,
Tantôt
on les eût vus côte à côte nager,
Tantôt
courir sur l'onde, et tantôt se plonger,
Sans
pouvoir satisfaire à leurs vaines envies.
Un
jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup,
Prit
pour oison le cygne ; et le tenant au cou,
Il
allait l'égorger, puis le mettre en potage.
L
'oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.
Le
cuisinier fut fort surpris,
Et
vit bien qu'il s'était mépris.
" Quoi ?
je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe !
Non
, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe
La
gorge à qui s'en sert si bien ! "
Ainsi
dans les dangers qui nous suivent en croupe
Le
doux parler ne nuit de rien.

Le Cygne et le Cuisinier un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 410)  Voter pour ce poème266 votes

Les Membres et l'Estomac de Jean de La Fontaine


Je devais par la royauté
Avoir
commencé mon ouvrage :
A
la voir d'un certain côté,
Messer
Gaster en est l'image ;
S
'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.

De
travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun
d'eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans
rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
" Il
faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.
Nous
suons, nous peinons comme bêtes de somme ;
Et
pour qui ? pour lui seul ; nous n'en profitons pas ;
Notre
soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chômons
, c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre. "
Ainsi
dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les
bras d'agir, les jambes de marcher :
Tous
dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce
leur fut une erreur dont ils se repentirent :
Bientôt
les pauvres gens tombèrent en langueur ;
Il
ne se forma plus de nouveau sang au cœur ;
Chaque
membre en souffrit ; les forces se perdirent.
Par
ce moyen, les mutins virent
Que
celui qu'ils croyaient oisif et paresseux,
A
l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.

Ceci
peut s'appliquer à la grandeur royale.
Elle
reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout
travaille pour elle, et réciproquement
Tout
tire d'elle l'aliment.
Elle
fait subsister l'artisan de ses peines,
Enrichit
le marchant, gage le magistrat,
Maintient
la laboureur, donne paie au soldat,
Distribue
en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient
seule tout l'État.
Ménénius
le sut bien dire.
La
commune s'allait séparer du sénat.
Les
mécontents disaient qu'il avait tout l'empire,
Le
pouvoir, les trésors, l'honneur, la dignité ;
Au
lieu que tout le mal était de leur côté,
Les
tributs, les impôts, les fatigues de guerre.
Le
peuple hors des murs était déjà posté,
La
plupart s'en allaient chercher une autre terre
Quand
Ménénius leur fit voir
Qu
'ils étaient aux membres semblables,
Et
par cet apologue, insigne entre les fables,
Les
ramena dans leur devoir.

Les Membres et l'Estomac un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 385)  Voter pour ce poème368 votes

Les Grenouilles qui demandent un Roi de Jean de La Fontaine


Les grenouilles se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant ;
Une autre la suivit, une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqusauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre, et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
" Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue. "
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et grenouilles de se plaindre,
Et Jupin de leur dire : " Eh quoi ? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fût débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire. "

Les Grenouilles qui demandent un Roi un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 388)  Voter pour ce poème302 votes

La Goutte et l'Araignée de Jean de La Fontaine


Quand l'Enfer eut produit la goutte et l'araignée,
" Mes
filles, leur dit-il, vous pouvez vous vanter
D
'être pour l'humaine lignée
Également
à redouter.
Or
avisons aux lieux qu'il vous faut habiter.
Voyez-vous
ces cases étrètes,
Et
ces palais si grands, si beaux, si bien dorés :
Je
me suis proposé d'en faire vos retraites.
Tenez
donc, voici deux bûchettes ;
Accommodez-vous
, ou tirez.
- Il
n'est rien, dit l'aragne, aux cases qui me plaise. "
L
'autre, tout au rebours, voyant les palais pleins
De
ces gens nommés médecins,
Ne
crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
Elle
prend l'autre lot, y plante le piquet,
S
'étend à son plaisir sur l'orteil d'un pauvre homme,
Disant :
" Je ne crois pas qu'en ce poste je chôme,
Ni
que d'en déloger et faire mon paquet
Jamais
Hippocrate me somme. "
L
'aragne cependant se campe en un lambris,
Comme
si de ces lieux elle eût fait bail à vie,
Travaille
à demeurer : voilà sa toile ourdie,
Voilà
des moucherons de pris.
Une
servante vient balayer tout l'ouvrage.
Autre
toile tissue, autre coup de balai.
Le
pauvre bestion tous les jours déménage.
Enfin
, après un vain essai,
Il
va trouver la goutte. Elle était en campagne,
Plus
malheureuse mille fois
Que
la plus malheureuse aragne.
Son
hôte la menait tantôt fendre du bois,
Tantôt
fouir, houer : goutte bien tracassée
Est
, dit-on, à demi pansée.
" Oh !
je ne saurais plus, dit-elle, y résister.
Changeons
, ma sœur l'aragne. " Et l'autre d'écouter :
Elle
la prend au mot, se glisse en la cabane :
Point
de coup de balai qui l'oblige à changer.
La
goutte, d'autre part, va tout droit se loger
Chez
un prélat, qu'elle condamne
A
jamais du lit ne bouger.
Cataplasmes
, Dieu sait ! Les gens n'ont point de honte
De
faire aller le mal toujours de pis en pis.
L
'une et l'autre trouva de la sorte son compte,
Et
fit très sagement de changer de logis

La Goutte et l'Araignée un poème de Jean de La Fontaine

Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 406)  Voter pour ce poème319 votes

Le Loup devenu Berger de Jean de La Fontaine


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Jean de La Fontaine (n° 387)  Voter pour ce poème319 votes

À mademoiselle de Alfred de Musset


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Alfred de Musset (n° 298)  Voter pour ce poème275 votes

Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles (n° 73)  Voter pour ce poème474 votes

Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles (n° 117)  Voter pour ce poème192 votes

Poème de l'amour de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Anna de Brancovan, comtesse de Noailles (n° 77)  Voter pour ce poème245 votes


Les poèmes


A     B     C     D     E     F    

G     H     I     J     K     L    

M     N     O     P     Q     R    

S     T     U     V     W     X    

Y     Z    

Les poètes


A     B     C     D     E     F    

G     H     I     J     K     L    

M     N     O     P     Q     R    

S     T     U     V     W     X    

Y     Z