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35 poèmes


Phonétique (Cliquez pour la liste complète) : entartra entartrage entartrages entartrai entartraient entartrais entartrait entartrâmes entartrant entartras entartrasse entartrassent entartrasses entartrassiez entartrassions entartrât entartrâtes entartre entartré entartrée entartrées entartrent entartrer entartrera entartrerai entartreraient entartrerais entartrerait entartreras ...

In memoriam (I) de Louise Ackermann


J'aime à changer de cieux, de climat, de lumière.
Oiseau d'une saison, je fuis avec l'été,
Et mon vol inconstant va du rivage austère
Au rivage enchanté.

Mais qu'à jamais le vent bien loin du bord m'emporte
Où j'ai dans d'autres temps suivi des pas chéris,
Et qu'aujourd'hui déjà ma félicité morte
Jonche de ses débris !

Combien ce lieu m'a plu ! non pas que j'eusse encore
Vu le ciel y briller sous un soleil pâli ;
L'amour qui dans mon âme enfin venait d'éclore
L'avait seul embelli.

Hélas ! avec l'amour ont disparu ses charmes ;
Et sous ces grands sapins, au bord des lacs brumeux,
Je verrais se lever comme un fantôme en larmes
L'ombre des jours heureux.

Oui, pour moi tout est plein sur cette froide plage
De la présence chère et du regard aimé,
Plein de la voix connue et de la douce image
Dont j'eus le coeur charmé.

Comment pourrais-je encor, désolée et pieuse,
Par les mêmes sentiers traîner ce coeur meurtri,
Seule où nous étions deux, triste où j'étais joyeuse,
Pleurante où j'ai souri ?

In memoriam (I) un poème de Louise Ackermann

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Pascal de Louise Ackermann



À Ernest Havet.


DERNIER MOT.

Un dernier mot, Pascal ! À ton tour de m'entendre
Pousser aussi ma plainte et mon cri de fureur.
Je vais faire d'horreur frémir ta noble cendre,
Mais du moins j'aurai dit ce que j'ai sur le coeur.

À plaisir sous nos yeux lorsque ta main déroule
Le tableau désolant des humaines douleurs,
Nous montrant qu'en ce monde où tout s'effondre et croule
L'homme lui-même n'est qu'une ruine en pleurs,
Ou lorsque, nous traînant de sommets en abîmes,
Entre deux infinis tu nous tiens suspendus,
Que ta voix, pénétrant en leurs fibres intimes,
Frappe à cris redoublés sur nos coeurs éperdus,
Tu crois que tu n'as plus dans ton ardeur fébrile,
Tant déjà tu nous crois ébranlés, abêtis,
Qu'à dévoiler la Foi, monstrueuse et stérile,
Pour nous voir sur son sein tomber anéantis.
À quoi bon le nier ? dans tes sombres peintures,
Oui, tout est vrai, Pascal, nous le reconnaissons :
Voilà nos désespoirs, nos doutes, nos tortures,
Et devant l'Infini ce sont là nos frissons.
Mais parce qu'ici-bas par des maux incurables,
Jusqu'en nos profondeurs, nous nous sentons atteints,
Et que nous succombons, faibles et misérables,
Sous le poids accablant d'effroyables destins,
Il ne nous resterait, dans l'angoisse où nous sommes,
Qu'à courir embrasser cette Croix que tu tiens ?
Ah ! nous ne pouvons point nous défendre d'être hommes,
Mais nous nous refusons à devenir chrétiens.
Quand de son Golgotha, saignant sous l'auréole,
Ton Christ viendrait à nous, tendant ses bras sacrés,
Et quand il laisserait sa divine parole
Tomber pour les guérir en nos coeurs ulcérés ;
Quand il ferait jaillir devant notre âme avide
Des sources d'espérance et des flots de clarté,
Et qu'il nous montrerait dans son beau ciel splendide
Nos trônes préparés de toute éternité,
Nous nous détournerions du Tentateur céleste
Qui nous offre son sang, mais veut notre raison.
Pour repousser l'échange inégal et funeste
Notre bouche jamais n'aurait assez de Non !
Non à la Croix sinistre et qui fit de son ombre
Une nuit où faillit périr l'esprit humain,
Qui, devant le Progrès se dressant haute et sombre,
Au vrai libérateur a barré le chemin ;
Non à cet instrument d'un infâme supplice
Où nous voyons, auprès du divin Innocent
Et sous les mêmes coups, expirer la justice ;
Non à notre salut s'il a coûté du sang ;
Puisque l'Amour ne peut nous dérober ce crime,
Tout en l'enveloppant d'un voile séducteur,
Malgré son dévouement, Non ! même à la Victime,
Et Non par-dessus tout au Sacrificateur !
Qu'importe qu'il soit Dieu si son oeuvre est impie ?
Quoi ! c'est son propre fils qu'il a crucifié ?
Il pouvait pardonner, mais il veut qu'on expie ;
Il immole, et cela s'appelle avoir pitié !

Pascal, à ce bourreau, toi, tu disais : « Mon Père. »
Son odieux forfait ne t'a point révolté ;
Bien plus, tu l'adorais sous le nom de mystère,
Tant le problème humain t'avait épouvanté.
Lorsque tu te courbais sous la Croix qui t'accable,
Tu ne voulais, hélas ! qu'endormir ton tourment,
Et ce que tu cherchais dans un dogme implacable,
Plus que la vérité, c'était l'apaisement,
Car ta Foi n'était pas la certitude encore ;
Aurais-tu tant gémi si tu n'avais douté ?
Pour avoir reculé devant ce mot : J'ignore,
Dans quel gouffre d'erreurs tu t'es précipité !
Nous, nous restons au bord. Aucune perspective,
Soit Enfer, soit Néant, ne fait pâlir nos fronts,
Et s'il faut accepter ta sombre alternative,
Croire ou désespérer, nous désespérerons.
Aussi bien, jamais heure à ce point triste et morne
Sous le soleil des cieux n'avait encor sonné ;
Jamais l'homme, au milieu de l'univers sans borne,
Ne s'est senti plus seul et plus abandonné.
Déjà son désespoir se transforme en furie ;
Il se traîne au combat sur ses genoux sanglants,
Et se sachant voué d'avance à la tuerie,
Pour s'achever plus vite ouvre ses propres flancs.

Aux applaudissements de la plèbe romaine
Quand le cirque jadis se remplissait de sang,
Au-dessus des horreurs de la douleur humaine,
Le regard découvrait un César tout puissant.
Il était là, trônant dans sa grandeur sereine,
Tout entier au plaisir de regarder souffrir,
Et le gladiateur, en marchant vers l'arène,
Savait qui saluer quand il allait mourir.
Nous, qui saluerons-nous ? à nos luttes brutales
Qui donc préside, armé d'un sinistre pouvoir ?
Ah ! seules, si des Lois aveugles et fatales
Au carnage éternel nous livraient sans nous voir,
D'un geste résigné nous saluerions nos reines.
Enfermé dans un cirque impossible à franchir,
L'on pourrait néanmoins devant ces souveraines,
Tout roseau que l'on est, s'incliner sans fléchir.
Oui, mais si c'est un Dieu, maître et tyran suprême,
Qui nous contemple ainsi nous entre-déchirer,
Ce n'est plus un salut, non ! c'est un anathème
Que nous lui lancerons avant que d'expirer.
Comment ! ne disposer de la Force infinie
Que pour se procurer des spectacles navrants,
Imposer le massacre, infliger l'agonie,
Ne vouloir sous ses yeux que morts et que mourants !
Devant ce spectateur de nos douleurs extrêmes
Notre indignation vaincra toute terreur ;
Nous entrecouperons nos râles de blasphèmes,
Non sans désir secret d'exciter sa fureur.
Qui sait ? nous trouverons peut-être quelque injure
Qui l'irrite à ce point que, d'un bras forcené,
Il arrache des cieux notre planète obscure,
Et brise en mille éclats ce globe infortuné.
Notre audace du moins vous sauverait de naître,
Vous qui dormez encore au fond de l'avenir,
Et nous triompherions d'avoir, en cessant d'être,
Avec l'Humanité forcé Dieu d'en finir.
Ah ! quelle immense joie après tant de souffrance !
À travers les débris, par-dessus les charniers,
Pouvoir enfin jeter ce cri de délivrance :
« Plus d'hommes sous le ciel, nous sommes les derniers ! »

Pascal un poème de Louise Ackermann

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L’Amour et la Mort de Louise Ackermann


À M. Louis de Ronchaud
I
Regardez-les
passer, ces couples éphémères !
Dans
les bras l'un de l'autre enlacés un moment,
Tous
, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font
le même serment :

Toujours
! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec
étonnement entendent prononcer,
Et
qu'osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et
qui vont se glacer.


Vous
qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu
'un élan d'espérance arrache à votre coeur,
Vain
défi qu'au néant vous jetez, dans l'ivresse
D
'un instant de bonheur ?


Amants
, autour de vous une voix inflexible
Crie
à tout ce qui naît : « Aime et meurs ici-bas ! »
La
mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous
n'échapperez pas.


Eh
bien ! puisqu'il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts
de ce même amour dont vous vous enivrez
Et
perdus dans le sein de l'immense Nature,
Aimez
donc, et mourez !


II

Non
, non, tout n'est pas dit, vers la beauté fragile
Quand
un charme invincible emporte le désir,
Sous
le feu d'un baiser quand notre pauvre argile
A
frémi de plaisir.


Notre
serment sacré part d'une âme immortelle ;
C
'est elle qui s'émeut quand frissonne le corps ;
Nous
entendons sa voix et le bruit de son aile
Jusque
dans nos transports.

Nous
le répétons donc, ce mot qui fait d'envie
Pâlir
au firmament les astres radieux,
Ce
mot qui joint les coeurs et devient, dès la vie,
Leur
lien pour les cieux.

Dans
le ravissement d'une éternelle étreinte
Ils
passent entraînés, ces couples amoureux,
Et
ne s'arrêtent pas pour jeter avec crainte
Un
regard autour d'eux.

Ils
demeurent sereins quand tout s'écroule et tombe ;
Leur
espoir est leur joie et leur appui divin ;
Ils
ne trébuchent point lorsque contre une tombe
Leur
pied heurte en chemin.

Toi-même
, quand tes bois abritent leur délire,
Quand
tu couvres de fleurs et d'ombre leurs sentiers,
Nature
, toi leur mère, aurais-tu ce sourire
S
'ils mouraient tout entiers ?

Sous
le voile léger de la beauté mortelle
Trouver
l'âme qu'on cherche et qui pour nous éclôt,
Le
temps de l'entrevoir, de s'écrier : « C'est Elle ! »
Et
la perdre aussitôt,


Et
la perdre à jamais ! Cette seule pensée
Change
en spectre à nos yeux l'image de l'amour.
Quoi
! ces voeux infinis, cette ardeur insensée
Pour
un être d'un jour !

Et
toi, serais-tu donc à ce point sans entrailles,
Grand
Dieu qui dois d'en haut tout entendre et tout voir,
Que
tant d'adieux navrants et tant de funérailles
Ne
puissent t'émouvoir,

Qu
cette tombe obscure où tu nous fais descendre
Tu
dises : « Garde-les, leurs cris sont superflus.
Amèrement
en vain l'on pleure sur leur cendre ;
Tu
ne les rendras plus ! »

Mais
non ! Dieu qu'on dit bon, tu permets qu'on espère ;
Unir
pour séparer, ce n'est point ton dessein.
Tout
ce qui s'est aimé, fût-ce un jour, sur la terre,
Va
s'aimer dans ton sein.

III

Éternité
de l'homme, illusion ! chimère !
Mensonge
de l'amour et de l'orgueil humain !
Il
n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère,
Il
lui faut un demain !

Pour
cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui
brûle une minute en vos coeurs étonnés,
Vous
oubliez soudain la fange maternelle
Et
vos destins bornés.

Vous
échapperiez donc, ô rêveurs téméraires
Seuls
au Pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez
un tel espoir ; tous les limons sont frères
En
face du néant.

Vous
dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
«
J'aime, et j'espère voir expirer tes flambeaux. »
La
Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront
sur vos tombeaux.

Vous
croyez que l'amour dont l'âpre feu vous presse
A
réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La
fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
«
Nous aussi nous aimons ! »

Heureux
, vous aspirez la grande âme invisible
Qui
remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La
Nature sourit, mais elle est insensible :
Que
lui font vos bonheurs ?

Elle
n'a qu'un désir, la marâtre immortelle,
C
'est d'enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère
avide, elle a pris l'éternité pour elle,
Et
vous laisse la mort.

Toute
sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le
reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous
, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son
voeu s'est accompli.

Quand
un souffle d'amour traverse vos poitrines,
Sur
des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux
pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous
jettent éperdus ;

Quand
, pressant sur ce coeur qui va bientôt s'éteindre
Un
autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il
vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L
'Infini dans vos bras ;

Ces
délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés
dans vos flancs comme d'ardents essaims,
Ces
transports, c'est déjà l'Humanité future
Qui
s'agite en vos seins.

Elle
se dissoudra, cette argile légère
Qu
'ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les
vents vont disperser cette noble poussière
Qui
fut jadis un coeur.

Mais
d'autres coeurs naîtront qui renoueront la trame
De
vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant
vos pleurs, vos rêves, votre flamme,
Dans
les âges lointains.

Tous
les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se
passent, en courant, le flambeau de l'amour.
Chacun
rapidement prend la torche immortelle
Et
la rend à son tour.

Aveuglés
par l'éclat de sa lumière errante,
Vous
jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De
la tenir toujours : à votre main mourante
Elle
échappe déjà.

Du
moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il
aura sillonné votre vie un moment ;
En
tombant vous pourrez emporter dans l'abîme
Votre
éblouissement.

Et
quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un
être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si
son oeil éternel considère, impassible,
Le
naître et le mourir,

Sur
le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu
'un mouvement d'amour soit encor votre adieu !
Oui
, faites voir combien l'homme est grand lorsqu'il aime,
Et
pardonnez à Dieu !

L’Amour et la Mort un poème de Louise Ackermann

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Paroles d’un Amant de Louise Ackermann


Au courant de l'amour lorsque je m'abandonne,
Dans
le torrent divin quand je plonge enivré,
Et
presse éperdument sur mon sein qui frissonne
Un
être idolâtre.

Je
sais que je n'étreins qu'une forme fragile,
Qu
'elle peut à l'instant se glacer sous ma main,
Que
ce cœur tout à moi, fait de flamme et d'argile,
Sera
cendre demain ;

Qu
'il n'en sortira rien, rien, pas une étincelle
Qui
s'élance et remonte à son foyer lointain :
Un
peu de terre en hâte, une pierre qu'on scelle,
Et
tout est bien éteint.

Et
l'on viendrait serein, à cette heure dernière,
Quand
des restes humains le souffle a déserté,
Devant
ces froids débris, devant cette poussière
Parler
d'éternité !

L
'éternité ! Quelle est cette étrange menace ?
A
l'amant qui gémit, sous son deuil écrase,
Pourquoi
jeter ce mot qui terrifie et glace
Un
cœur déjà brisé ?

Quoi !
le ciel, en dépit de la fosse profonde,
S
'ouvrirait à l'objet de mon amour jaloux ?
C
'est assez d'un tombeau, je ne veux pas d'un monde
Se
dressant entre nous.

On
me répond en vain pour calmer mes alarmes !
« L
'être dont sans pitié la mort te sépara,
Ce
ciel que tu maudis, dans le trouble et les larmes,
Le
ciel te le rendra. »

Me
le rendre, grand Dieu ! mais ceint d'une auréole,
Rempli
d'autres pensers, brûlant d'une autre ardeur,
N
'ayant plus rien en soi de cette chère idole
Qui
vivait sur mon cœur !

Ah!
j'aime mieux cent fois que tout meure avec elle,
Ne
pas la retrouver, ne jamais la revoir ;
La
douleur qui me navre est certes moins cruelle
Que
votre affreux espoir.

Tant
que je sens encor, sous ma moindre caresse,
Un
sein vivant frémir et battre à coups pressés,
Qu
'au-dessus du néant un même flot d'ivresse
Nous
soulève enlacés,

Sans
regret inutile et sans plaintes amères,
Par
la réalité je me laisse ravir.
Non
, mon cœur ne s'est pas jeté sur des chimères :
Il
sait où s'assouvir.

Qu
'ai-je affaire vraiment de votre là-haut morne,
Moi
qui ne suis qu'élan, que tendresse et transports ?
Mon
ciel est ici-bas, grand ouvert et sans borne ;
Je
m'y lance, âme et corps.

Durer
n'est rien. Nature, ô créatrice, ô mère !
Quand
sous ton œil divin un couple s'est uni,
Qu
'importe à leur amour qu'il se sache éphémère
S
'il se sent infini ?

C
'est une volupté, mais terrible et sublime,
De
jeter dans le vide un regard éperdu,
Et
l'on s'étreint plus fort lorsque sur un abîme
On
se voit suspendu.

Quand
la Mort serait là, quand l'attache invisible
Soudain
se délierait qui nous retient encor,
Et
quand je sentirais dans une angoisse horrible
M
'échapper mon trésor,

Je
ne faiblirais pas. Fort de ma douleur même,
Tout
entier à l'adieu qui va nous séparer,
J
'aurais assez d'amour en cet instant suprême
Pour
ne rien espérer.

Paroles d’un Amant un poème de Louise Ackermann

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L’Homme à la Nature de Louise Ackermann


Eh bien ! reprends-le donc ce peu de fange obscure
Qui
pour quelques instants s'anima sous ta main ;
Dans
ton dédain superbe, implacable Nature,
Brise
à jamais le moule humain.

De
ces tristes débris quand tu verrais, ravie,
D
'autres créations éclore à grands essaims,
Ton
Idée éclater en des formes de vie
Plus
dociles à tes desseins,

Est-ce
à dire que Lui, ton espoir, ta chimère,
Parce
qu'il fut rêvé, puisse un jour exister ?
Tu
crois avoir conçu, tu voudrais être mère ;
A
l'œuvre ! il s'agit d'enfanter.

Change
en réalité ton attente sublime.
Mais
quoi ! pour les franchir, malgré tous tes élans,
La
distance est trop grande et trop profond l'abîme
Entre
ta pensée et tes flancs.

La
mort est le seul fruit qu'en tes crises futures
Il
te sera donné d'atteindre et de cueillir ;
Toujours
nouveaux débris, toujours des créatures
Que
tu devras ensevelir.

Car
sur ta route en vain l'âge à l'âge succède ;
Les
tombes, les berceaux ont beau s'accumuler,
L
'Idéal qui te fuit, l'Ideal qui t'obsède,
A
l'infini pour reculer.

L
'objet de ta poursuite éternelle et sans trêve
Demeure
un but trompeur à ton vol impuissant
Et
, sous le nimbe ardent du désir et du rêve,
N
'est qu'un fantôme éblouissant.

Il
resplendit de loin, mais reste inaccessible.
Prodigue
de travaux, de luttes, de trépas,
Ta
main me sacrifie à ce fils impossible ;
Je
meurs, et Lui ne naîtra pas.

Pourtant
je suis ton fils aussi ; réel, vivace,
Je
sortis de tes bras des les siècles lointains ;
Je
porte dans mon cœur, je porte sur ma face,
Le
signe empreint des hauts destins.

Un
avenir sans fin s'ouvrait ; dans la carrière
Le
Progrès sur ses pas me pressait d'avancer ;
Tu
n'aurais même encor qu'à lever la barrière :
Je
suis là, prêt à m'élancer.

Je
serais ton sillon ou ton foyer intense ;
Tu
peux selon ton gré m'ouvrir ou m'allumer.
Une
unique étincelle, ô mère ! une semence !
Tout
s'enflamme ou tout va germer.

Ne
suis-je point encor seul à te trouver belle ?
J
'ai compté tes trésors, j'atteste ton pouvoir,
Et
mon intelligence, ô Nature éternelle !
T
'a tendu ton premier miroir.

En
retour je n'obtiens que dédain et qu'offense.
Oui
, toujours au péril et dans les vains combats !
Éperdu
sur ton sein, sans recours ni défense,
Je
m'exaspère et me débats.

Ah !
si du moins ma force eût égalé ma rage,
Je
l'aurais déchiré ce sein dur et muet :
Se
rendant aux assauts de mon ardeur sauvage,
Il
m'aurait livré son secret.

C
'en est fait, je succombe, et quand tu dis : « J'aspire ! »
Je
te réponds : « Je souffre ! » infirme, ensanglanté ;
Et
par tout ce qui naît , par tout ce qui respire,
Ce
cri terrible est répété.

Oui
, je souffre ! et c'est toi, mère, qui m'extermines,
Tantôt
frappant mes flancs, tantôt blessant mon cœur ;
Mon
être tout entier, par toutes ses racines,
Plonge
sans fond dans la douleur.

J
'offre sous le soleil un lugubre spectacle.
Ne
naissant, ne vivant que pour agoniser.
L
'abîme s'ouvre ici, là se dresse l'obstacle :
Ou
m'engloutir, ou me briser !

Mais
, jusque sous le coup du désastre suprême,
Moi
, l'homme, je t'accuse à la face des cieux.
Créatrice
, en plein front reçois donc l'anathème
De
cet atome audacieux.

Sois
maudite, ô marâtre ! en tes œuvres immenses,
Oui
, maudite à ta source et dans tes éléments,
Pour
tous tes abandons, tes oublis, tes démences,
Aussi
pour tes avortements !

Que
la Force en ton sein s'épuise perte à perte !
Que
la Matière, à bout de nerf et de ressort,
Reste
sans mouvement, et se refuse, inerte,
A
te suivre dans ton essor !

Qu
'envahissant les cieux, I'Immobilité morne
Sous
un voile funèbre éteigne tout flambeau,
Puisque
d'un univers magnifique et sans borne
Tu
n'as su faire qu'un tombeau !

L’Homme à la Nature un poème de Louise Ackermann

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Prométhée de Louise Ackermann


Frappe encor, Jupiter, accable-moi, mutile
L
'ennemi terrassé que tu sais impuissant !
Écraser
n'est pas vaincre, et ta foudre inutile
S
'éteindra dans mon sang,

Avant
d'avoir dompté l'héroïque pensée
Qui
fait du vieux Titan un révolté divin ;
C
'est elle qui te brave, et ta rage insensée
N
'a cloué sur ces monts qu'un simulacre vain.
Tes
coups n'auront porté que sur un peu d'argile ;
Libre
dans les liens de cette chair fragile,
L
'âme de Prométhée échappe à ta fureur.
Sous
l'ongle du vautour qui sans fin me dévore,
Un
invisible amour fait palpiter encore
Les
lambeaux de mon cœur.

Si
ces pics désolés que la tempête assiège
Ont
vu couler parfois sur leur manteau de neige
Des
larmes que mes yeux ne pouvaient retenir,
Vous
le savez, rochers, immuables murailles
Que
d'horreur cependant je sentais tressaillir,
La
source de mes pleurs était dans mes entrailles ;
C
'est la compassion qui les a fait jaillir.

Ce
n'était point assez de mon propre martyre ;
Ces
flancs ouverts, ce sein qu'un bras divin déchire
Est
rempli de pitié pour d'autres malheureux.
Je
les vois engager une lutte éternelle ;
L
'image horrible est là ; j'ai devant la prunelle
La
vision des maux qui vont fondre sur eux.
Ce
spectacle navrant m'obsède et m'exaspère.
Supplice
intolérable et toujours renaissant,
Mon
vrai, mon seul vautour, c'est la pensée amère
Que
rien n'arrachera ces germes de misére
Que
ta haine a semés dans leur chair et leur sang.

Pourtant
, ô Jupiter, l'homme est ta créature ;
C
'est toi qui l'as conçu, c'est toi qui l'as formé,
Cet
être déplorable, infirme, désarmé,
Pour
qui tout est danger, épouvante, torture,
Qui
, dans le cercle étroit de ses jours enfermé,
Étouffe
et se débat, se blesse et se lamente.
Ah !
quand tu le jetas sur la terre inclémente,
Tu
savais quels fléaux l'y devaient assaillir,
Qu
'on lui disputerait sa place et sa pâture,
Qu
'un souffle l'abattrait, que l'aveugle Nature
Dans
son indifférence allait l'ensevelir.
Je
l'ai trouvé blotti sous quelque roche humide,
Ou
rampant dans les bois, spectre hâve et timide
Qui
n'entendait partout que gronder et rugir,
Seul
affamé, seul triste au grand banquet des êtres,
Du
fond des eaux, du sein des profondeurs champêtres
Tremblant
toujours de voir un ennemi surgir.

Mais
quoi ! sur cet objet de ta haine immortelle,
Imprudent
que j'étais, je me suis attendri ;
J
'allumai la pensée et jetai l'étincelle
Dans
cet obscur limon dont tu l'avais pétri.
Il
n'était qu'ébauché, j'achevai ton ouvrage.
Plein
d'espoir et d'audace, en mes vastes desseins
J
'aurais sans hésiter mis les cieux au pillage,
Pour
le doter après du fruit de mes larcins.
Je
t'ai ravi le feu ; de conquête en conquête
J
'arrachais de tes mains ton sceptre révéré.
Grand
Dieu ! ta foudre à temps éclata sur ma tête ;
Encore
un attentat, l'homme était délivré !

La
voici donc ma faute, exécrable et sublime.
Compatir
, quel forfait ! Se dévouer, quel crime !
Quoi !
j'aurais, impuni, défiant tes rigueurs,
Ouvert
aux opprimés mes bras libérateurs ?
Insensé !
m'être ému quand la pitié s'expie !
Pourtant
c'est Prométhée, oui, c'est ce même impie
Qui
naguère t'aidait à vaincre les Titans.
J
'étais à tes côtés dans l'ardente mêlée ;
Tandis
que mes conseils guidaient les combattants,
Mes
coups faisaient trembler la demeure étoilée.
Il
s'agissait pour moi du sort de l'univers :
Je
voulais en finir avec les dieux pervers.

Ton
règne allait m'ouvrir cette ère pacifique
Que
mon cœur transporté saluait de ses vœux.
En
son cours éthéré le soleil magnifique
N
'aurait plus éclairé que des êtres heureux.
La
Terreur s'enfuyait en écartant les ombres
Qui
voilaient ton sourire ineffable et clément,
Et
le réseau d'airain des Nécessités sombres
Se
brisait de lui-même aux pieds d'un maître aimant.
Tout
était joie, amour, essor, efflorescence ;
Lui-même
Dieu n'était que le rayonnement
De
la toute-bonté dans la toute-puissance.

O
mes désirs trompés ! O songe évanoui !
Des
splendeurs d'un tel rêve, encor l'œil ébloui,
Me
retrouver devant l'iniquité céleste.
Devant
un Dieu jaloux qui frappe et qui déteste,
Et
dans mon désespoir me dire avec horreur :
« Celui
qui pouvait tout a voulu la douleur ! »

Mais
ne t'abuse point ! Sur ce roc solitaire
Tu
ne me verras pas succomber en entier.
Un
esprit de révolte a transformé la terre,
Et
j'ai dès aujourd'hui choisi mon héritier.
Il
poursuivra mon œuvre en marchant sur ma trace,
qu'il est comme moi pour tenter et souffrir.
Aux
humains affranchis je lègue mon audace,
Héritage
sacré qui ne peut plus périr.
La
raison s'affermit, le doute est prêt à naître.
Enhardis
à ce point d'interroger leur maître,
Des
mortels devant eux oseront te citer :
Pourquoi
leurs maux ? Pourquoi ton caprice et ta haine ?
Oui
, ton juge t'attend, - la conscience humaine ;
Elle
ne peut t'absoudre et va te rejeter.

Le
voilà, ce vengeur promis à ma détresse !
Ah !
quel souffle épuré d'amour et d'allégresse
En
traversant le monde enivrera mon cœur
Le
jour où, moins hardie encor que magnanime,
Au
lieu de l'accuser, ton auguste victime
Niera
son oppresseur !

Délivré
de la Foi comme d'un mauvais rêve,
L
'homme répudiera les tyrans immortels,
Et
n'ira plus, en proie à des terreurs sans trêve,
Se
courber lâchement au pied de tes autels.
Las
de le trouver sourd, il croira le ciel vide.
Jetant
sur toi son voile éternel et splendide,
La
Nature déjà te cache à son regard ;
Il
ne découvrira dans l'univers sans borne,
Pour
tout Dieu désormais, qu'un couple aveugle et morne,
La
Force et le Hasard.

Montre-toi
, Jupiter, éclate alors, fulmine,
Contre
ce fugitif à ton joug échappé !
Refusant
dans ses maux de voir ta main divine,
Par
un pouvoir fatal il se dira frappé.
Il
tombera sans peur, sans plainte, sans prière ;
Et
quand tu donnerais ton aigle et ton tonnerre
Pour
l'entendre pousser, au fort de son tourment,
Un
seul cri qui t'atteste, une injure, un blasphème,
Il
restera muet : ce silence suprême
Sera
ton châtiment.

Tu
n'auras plus que moi dans ton immense empire
Pour
croire encore en toi, funeste Déité.
Plutôt
nier le jour ou l'air que je respire
Que
ta puissance inique et que ta cruauté.
Perdu
dans cet azur, sur ces hauteurs sublimes,
Ah !
j'ai vu de trop près tes fureurs et tes crimes ;
J
'ai sous tes coups déjà trop souffert, trop saigné ;
Le
doute est impossible à mon cœur indigné.
Oui !
tandis que du Mal, œuvre de ta colère,
Renonçant
désormais à sonder le mystère,
L
'esprit humain ailleurs portera son flambeau,
Seul
je saurai le mot de cette énigme obscure,
Et
j'aurai reconnu, pour comble de torture,
Un
Dieu dans mon bourreau.

Prométhée un poème de Louise Ackermann

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La guerre de Louise Ackermann


I

Du
fer, du feu, du sang ! C'est elle ! c'est la Guerre
Debout
, le bras levé, superbe en sa colère,
Animant
le combat d'un geste souverain.
Aux
éclats de sa voix s'ébranlent les armées ;
Autour
d'elle traçant des lignes enflammées,
Les
canons ont ouvert leurs entrailles d'airain.

Partout
chars, cavaliers, chevaux, masse mouvante !
En
ce flux et reflux, sur cette mer vivante,
A
son appel ardent l'épouvante s'abat.
Sous
sa main qui frémit, en ses desseins féroces,
Pour
aider et fournir aux massacres atroces
Toute
matière est arme, et tout homme soldat.

Puis
, quand elle a repu ses yeux et ses oreilles
De
spectacles navrants, de rumeurs sans pareilles,
Quand
un peuple agonise en son tombeau couché,
Pâle
sous ses lauriers, l'âme d'orgueil remplie,
Devant
l'œuvre achevée et la tâche accomplie,
Triomphante
elle crie à la Mort: « Bien fauché ! »

Oui
, bien fauché ! Vraiment la récolte est superbe ;
Pas
un sillon qui n'ait des cadavres pour gerbe !
Les
plus beaux, les plus forts sont les premiers frappés.
Sur
son sein dévasté qui saigne et qui frissonne
L
'Humanité, semblable au champ que l'on moissonne,
Contemple
avec douleur tous ces épis coupés.

Hélas !
au gré du vent et sous sa douce haleine
Ils
ondulaient au loin, des coteaux à la plaine,
Sur
la tige encor verte attendant leur saison.
Le
soleil leur versait ses rayons magnifiques ;
Riches
de leur trésor, sous les cieux pacifiques,
Ils
auraient pu mûrir pour une autre moisson.


II

Si
vivre c'est lutter, à l'humaine énergie
Pourquoi
n'ouvrir jamais qu'une arène rougie ?
Pour
un prix moins sanglant que les morts que voilà
L
'homme ne pourrait-il concourir et combattre ?
Manque-t-il
d'ennemis qu'il serait beau d'abattre ?
Le
malheureux ! il cherche, et la Misère est là !

Qu
'il lui crie : « A nous deux ! » et que sa main virile
S
'acharne sans merci contre ce flanc stérile
Qu
'il s'agit avant tout d'atteindre et de percer.
A
leur tour, le front haut, l'Ignorance et le Vice,
L
'un sur l'autre appuyé, l'attendent dans la lice :
Qu
'il y descende donc, et pour les terrasser.

A
la lutte entraînez les nations entières.
Délivrance
partout ! effaçant les frontières,
Unissez
vos élans et tendez-vous la main.
Dans
les rangs ennemis et vers un but unique,
Pour
faire avec succès sa trouée héroïque,
Certes
ce n'est pas trop de tout l'effort humain.

L
'heure semblait propice, et le penseur candide
Croyait
, dans le lointain d'une aurore splendide,
Voir
de la Paix déjà poindre le front tremblant.
On
respirait. Soudain, la trompette à la bouche,
Guerre
, tu reparais, plus âpre, plus farouche,
Écrasant
le progrès sous ton talon sanglant.

C
'est à qui le premier, aveuglé de furie,
Se
précipitera vers l'immense tuerie.
A
mort ! point de quartier ! L'emporter ou périr!
Cet
inconnu qui vient des champs ou de la forge
Est
un frère ; il fallait l'embrasser, - on l'égorge.
Quoi !
lever pour frapper des bras faits pour s'ouvrir !

Les
hameaux, les cités s'écroulent dans les flammes.
Les
pierres ont souffert ; mais que dire des âmes ?
Près
des pères les fils gisent inanimés.
Le
Deuil sombre est assis devant les foyers vides,
Car
ces monceaux de morts, inertes et livides,
Étaient
des cœurs aimants et des êtres aimés.

Affaiblis
et ployant sous la tâche infinie,
Recommence
, Travail ! rallume-toi, Génie !
Le
fruit de vos labeurs est broyé, dispersé.
Mais
quoi ! tous ces trésors ne formaient qu'un domaine ;
C
'était le bien commun de la famille humaine,
Se
ruiner soi-même, ah ! c'est être insensé !

Guerre
, au seul souvenir des maux que tu déchaînes,
Fermente
au fond des cœurs le vieux levain des haines ;
Dans
le limon laissé par tes flots ravageurs
Des
germes sont semés de rancune et de rage,
Et
le vaincu n'a plus, dévorant son outrage,
Qu
'un désir, qu'un espoir : enfanter des vengeurs.

Ainsi
le genre humain, à force de revanches,
Arbre
découronné, verra mourir ses branches,
Adieu
, printemps futurs ! Adieu, soleils nouveaux !
En
ce tronc mutilé la sève est impossible.
Plus
d'ombre, plus de fleurs ! et ta hache inflexible,
Pour
mieux frapper les fruits, a tranché les rameaux.


III

Non
, ce n'est point à nous, penseur et chantre austère,
De
nier les grandeurs de la mort volontaire ;
D
'un élan généreux il est beau d'y courir.
Philosophes
, savants, explorateurs, apôtres,
Soldats
de l'Idéal, ces héros sont les nôtres :
Guerre !
ils sauront sans toi trouver pour qui mourir.

Mais
à ce fier brutal qui frappe et qui mutile,
Aux
exploits destructeurs, au trépas inutile,
Ferme
dans mon horreur, toujours je dirai : « Non ! »
O
vous que l'Art enivre ou quelque noble envie,
Qui
, débordant d'amour, fleurissez pour la vie,
On
ose vous jeter en pâture au canon !

Liberté
, Droit, Justice, affaire de mitraille !
Pour
un lambeau d'Etat, pour un pan de muraille,
Sans
pitié, sans remords, un peuple est massacré.
-
Mais il est innocent ! - Qu'importe ? On l'extermine.
Pourtant
la vie humaine est de source divine :
N
'y touchez pas, arrière ! Un homme, c'est sacré !

Sous
des vapeurs de poudre et de sang, quand les astres
Pâlissent
indignés parmi tant de désastres,
Moi-même
à la fureur me laissant emporter,
Je
ne distingue plus les bourreaux des victimes ;
Mon
âme se soulève, et devant de tels crimes
Je
voudrais être foudre et pouvoir éclater.

Du
moins te poursuivant jusqu'en pleine victoire,
A
travers tes lauriers, dans les bras de l'Histoire
Qui
, séduite, pourrait t'absoudre et te sacrer,
O
Guerre, Guerre impie, assassin qu'on encense,
Je
resterai, navrée et dans mon impuissance,
Bouche
pour te maudire, et cœur pour t'exécrer !

La guerre un poème de Louise Ackermann

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Les Malheureux de Louise Ackermann


La trompette a sonné. Des tombes entr'ouvertes
Les
pâles habitants ont tout à coup frémi.
Ils
se lèvent, laissant ces demeures désertes
dans l'ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelgues
morts cependant sont restés immobiles ;
Ils
ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni
l'ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne
les arracheront.

« Quoi !
renaître ! revoir le ciel et la lumière,
Ces
témoins d'un malheur qui n'est point oublié,
Eux
qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont
souri sans pitié !

Non
, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !
Fille
du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.
Et
toi, sœur du Sommeil, toi qui nous as bercés,
Mort
, ne nous livre pas ; contre ton sein fidèle
Tiens-nous
bien embrassés.

Ah!
l'heure où tu parus est à jamais bénie ;
Sur
notre front meurtri que ton baiser fut doux !
Quand
tout nous rejetait, le néant et la vie,
Tes
bras compatissants, ô notre unique amie !
Se
sont ouverts pour nous.

Nous
arrivions à toi, venant d'un long voyage,
Battus
par tous les vents, haletants, harassés.
L
'Espérance elle-même, au plus fort de l'orage,
Nous
avait délaissés.

Nous
n'avions rencontré que désespoir et doute,
Perdus
parmi les flots d'un monde indifférent ;
d'autres s'arrêtaient enchantés sur la route,
Nous
errions en pleurant.

Près
de nous la Jeunesse a passé, les mains vides,
Sans
nous avoir fêtés, sans nous avoir souri.
Les
sources de l'amour sous nos lèvres avides,
Comme
une eau fugitive, au printemps ont tari.
Dans
nos sentiers brûlés pas une fleur ouverte.
Si
, pour aider nos pas, quelque soutien chéri
Parfois
s'offrait à nous sur la route déserte,
Lorsque
nous les touchions, nos appuis se brisaient :
Tout
devenait roseau quand nos cœurs s'y posaient.
Au
gouffre que pour nous creusait la Destinée
Une
invisible main nous poussait acharnée.
Comme
un bourreau, craignant de nous voir échapper,
A
nos côtés marchait le Malheur inflexible.
Nous
portions une plaie à chaque endroit sensible,
Et
l'aveugle Hasard savait où nous frapper.

Peut-être
aurions-nous droit aux celestes délices ;
Non !
ce n'est point à nous de redouter l'enfer,
Car
nos fautes n'ont pas mérité de supplices :
Si
nous avons failli, nous avons tant souffert !
Eh
bien, nous renonçons même à cette espérance
D
'entrer dans ton royaume et de voir tes splendeurs,
Seigneur !
nous refusons jusqu'à ta récompense,
Et
nous ne voulons pas du prix de nos douleurs.

Nous
le savons, tu peux donner encor des ailes
Aux
âmes qui ployaient sous un fardeau trop lourd ;
Tu
peux, lorsqu'il te plaît, loin des sphères mortelles,
Les
élever à toi dans la grâce et l'amour ;
Tu
peux, parmi les chœurs qui chantent tes louanges,
A
tes pieds, sous tes yeux, nous mettre au premier rang,
Nous
faire couronner par la main de tes anges,
Nous
revêtir de gloire en nous transfigurant.
Tu
peux nous pénétrer d'une vigueur nouvelle,
Nous
rendre le désir que nous avions perdu…
Oui
, mais le Souvenir, cette ronce immortelle
Attachée
à nos cœurs, l'en arracheras-tu ?

Quand
de tes chérubins la phalange sacrée
Nous
saluerait élus en ouvrant les saints lieux,
Nous
leur crierions bientôt d'une voix éplorée :
« Nous
élus ? nous heureux ? Mais regardez nos yeux !
Les
pleurs y sont encor, pleurs amers, pleurs sans nombre.
Ah !
quoi que vous fassiez, ce voile épais et sombre
Nous
obscurcit vos cieux. »

Contre
leur gré pourqoui ranimer nos poussières ?
Que
t'en reviendra-t-il ? et que t'ont-elles fait ?
Tes
dons mêmes, après tant d'horribles misères,
Ne
sont plus un bienfait.

Au !
tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu
l'entends, tu le vois ! la Souffrance a vaincu.
Dans
un sommeil sans fin, ô puissance éternelle !
Laisse-nous
oublier que nous avons vécu.

Les Malheureux un poème de Louise Ackermann

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Daphné de Louise Ackermann


Lorsque le dieu du jour, plein d'amoureuse audace,
Dédaignant tout à coup l'Olympe et ses plaisirs,
Sans char, la lyre en main, s'élançait sur la trace
De la nymphe de ses désirs,

Celle-ci, jusqu'au bout insensible et rétive,
Le laissa s'égarer en des sentiers ingrats ;
Puis, quand il la saisit, la jeune fugitive
Se change en laurier dans ses bras.

Un sort pareil attend ici-bas le génie :
En l'Idéal qui fuit l'artiste a mis sa foi.
Heureux qui voit de loin, dans l'arène infinie,
Courir son rêve devant soi !

Car il faut, d'un élan qu'aucun refus n'arrête,
Poursuivre aussi Daphné, quand ce serait en vain,
Pour sentir à son tour s'agiter sur sa tête
Les rameaux du laurier divin.

Daphné un poème de Louise Ackermann

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À une artiste de Louise Ackermann


Puisque les plus heureux ont des douleurs sans nombre,
Puisque le sol est froid, puisque les cieux sont lourds,
Puisque l'homme ici-bas promène son coeur sombre
Parmi les vains regrets et les courtes amours,

Que faire de la vie ? Ô notre âme immortelle,
jeter tes désirs et tes élans secrets ?
Tu voudrais posséder, mais ici tout chancelle ;
Tu veux aimer toujours, mais la tombe est si près !

Le meilleur est encore en quelque étude austère
De s'enfermer, ainsi qu'en un monde enchanté,
Et dans l'art bien aimé de contempler sur terre,
Sous un de ses aspects, l'éternelle beauté.

Artiste au front serein, vous l'avez su comprendre,
Vous qu'entre tous les arts le plus doux captiva,
Qui l'entourez de foi, de culte, d'amour tendre,
Lorsque la foi, le culte et l'amour, tout s'en va.

Ah ! tandis que pour nous, qui tombons de faiblesse
Et manquons de flambeau dans l'ombre de nos jours,
Chaque pas à sa roncenotre pied se blesse,
Dans votre frais sentier marchez, marchez toujours.

Marchez ! pour que le ciel vous aime et vous sourie,
Pour y songer vous-même avec un saint plaisir,
Et tromper, le cœur plein de votre idolâtrie,
L'éternelle douleur et l'immense désir.

À une artiste un poème de Louise Ackermann

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Contes de Louise Ackermann


S'il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu'une entre vous vraiment comprit sa tâche austère ;
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s'arrêtait à quelque dévouement ;
Si c'était la bonté sous les cieux descendue,
Vers les infortunés la main toujours tendue ;
Si l'époux et l'enfant à ce coeur ont puisé ;
Si l'espoir de plusieurs sur elle est déposé ;
Femmes, enviez-la ! Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s'écoule
Et que votre coeur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Qu'il souffre ou combatte, c'est Elle
Que l'homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Qu'il pressentait de l'âme et qu'il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu'un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d'olivier a rapporté l'amour.

Contes un poème de Louise Ackermann

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Aux femmes de Louise Ackermann


S'il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu'une entre vous vraiment comprit sa tâche austère ;
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s'arrêtait à quelque dévoûment ;
Si c'était la bonté sous les cieux descendue,
Vers les infortunés la main toujours tendue ;
Si l'époux et l'enfant à ce coeur ont puisé ;
Si l'espoir de plusieurs sur elle est déposé ;
Femmes, enviez-la ! Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s'écoule
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Qu'il souffre ou combatte, c'est Elle
Que l'homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Qu'il pressentait de l'âme et qu'il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu'un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d'olivier a rapporté l'amour.

Aux femmes un poème de Louise Ackermann

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L'hyménée et l'amour de Louise Ackermann


Sur le seuil des enfers Eurydice éplorée
S'évaporait légère, et cette ombre adorée
À son époux en vain dans un suprême effort
Avait tendu les bras. Vers la nuit éternelle,
Par delà les flots noirs le Destin la rappelle ;
Déjà la barque triste a gagné l'autre bord.

Tout entier aux regrets de sa perte fatale,
Orphée erra longtemps sur la rive infernale.
Sa voix du nom chéri remplit ces lieux déserts.
Il repoussait du chant la douceur et les charmes ;
Mais, sans qu'il la touchât, sa lyre sous ses larmes
Rendait un son plaintif qui mourait dans les airs.

Enfin, las d'y gémir, il quitta ce rivage
Témoin de son malheur. Dans la Thrace sauvage
Il s'arrête, et là, seul, secouant la torpeur
Où le désespoir sombre endormait son génie,
Il laissa s'épancher sa tristesse infinie
En de navrants accords arrachés à son coeur.

Ce fut le premier chant de la douleur humaine
Que ce cri d'un époux et que sa plainte vaine ;
La parole et la lyre étaient des dons récents.
Alors la poésie émue et colorée
Voltigeait sans effort sur la lèvre inspirée
Dans la grâce et l'ampleur de ses jeunes accents.

Des sons harmonieux telle fut la puissance
Qu'elle adoucit bientôt cette amère souffrance ;
Un sanglot moins profond sort de ce sein brisé.
La Muse d'un sourire a calmé le poète ;
Il sent, tandis qu'il chante, une vertu secrète
Descendre lentement dans son coeur apaisé.

Et tout à coup sa voix qu'attendrissent encore
Les larmes qu'il versa, prend un accent sonore.
Son chant devient plus pur ; grave et mélodieux,
Il célèbre à la fois dans son élan lyrique
L'Hyménée et l'Amour, ce beau couple pudique
Qui marche heureux et fier sous le regard des Dieux.

Il les peint dans leur force et dans la confiance
De leurs voeux éternels. Sur le Temps qui s'avance
Ils ont leurs yeux fixés que nul pleur n'a ternis.
Leur présence autour d'eux répand un charme austère ;
Mais ces enfants du ciel descendus sur la terre
Ne sont vraiment divins que quand ils sont unis.

Oui, si quelque erreur triste un moment les sépare,
Dans leurs sentiers divers bientôt chacun s'égare.
Leur pied mal affermi trébuche à tout moment.
La Pudeur se détourne et les Grâces décentes,
Qui les suivaient, formant des danses innocentes,
Ont à l'instant senti rougir leur front charmant.

Eux seuls en l'enchantant font à l'homme éphémère
Oublier ses destins. Leur main douce et légère
Le soutient dans la vie et le guide au tombeau.
Si les temps sont mauvais et si l'horizon semble
S'assombrir devant eux, ils l'éclairent ensemble,
Appuyés l'un sur l'autre et n'ayant qu'un flambeau.

Pour mieux entendre Orphée, au sein de la nature
Tout se taisait ; les vents arrêtaient leur murmure.
Même les habitants de l'Olympe éthéré
Oubliaient le nectar ; devant leur coupe vide
Ils écoutaient charmés, et d'une oreille avide,
Monter vers eux la voix du mortel inspiré.

Ces deux divinités que chantait l'hymne antique
N'ont rien perdu pour nous de leur beauté pudique ;
Leur front est toujours jeune et serein. Dans leurs yeux
L'immortelle douceur de leur âme respire.
Calme et pur, le bonheur fleurit sous leur sourire ;
Un parfum sur leurs pas trahit encor les Dieux.

Bien des siècles ont fui depuis l'heure lointaine
Où la Thrace entendit ce chant ; sur l'âme humaine
Plus d'un souffle a passé; mais l'homme sent toujours
Battre le même coeur au fond de sa poitrine.
Gardons-nous d'y flétrir la fleur chaste et divine
De l'amour dans l'hymen éclose aux anciens jours.

L'âge est triste ; il pressent quelque prochaine crise.
Déjà plus d'un lien se relâche ou se brise.
On se trouble, on attend. Vers un but ignoré
Lorsque l'orage est là qui bientôt nous emporte,
Ah ! pressons, s'il se peut, d'une étreinte plus forte
Un coeur contre le nôtre, et dans un noeud sacré.

L'hyménée et l'amour un poème de Louise Ackermann

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Per te praesentit aruspex de Guillaume Apollinaire


O mon très cher amour, toi mon œuvre et que j'aime,
A jamais j'allumai le feu de ton regard,
Je t'aime comme j'aime une belle œuvre d'art,
Une noble statue, un magique poème.

Tu seras, mon aimée, un témoin de moi-même.
Je te crée à jamais pour qu'après mon départ,
Tu transmettes mon nom aux hommes en retard
Toi, la vie et l'amour, ma gloire et mon emblème;

Et je suis soucieux de ta grande beauté
Bien plus que tu ne peux toi-même en être fière:
C'est moi qui l'ai conçue et faite toute entière.

Ainsi, belle œuvre d'art, nos amours ont été
Et seront l'ornement du ciel et de la terre,
O toi, ma créature et ma divinité !

Per te praesentit aruspex un poème de Guillaume Apollinaire

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Bénédiction de Charles Baudelaire


Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le poète apparaît dans ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :

- Ah ! Que n'ai-je mis bas tout un nœud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision !
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation !

Puisque tu m'as choisie entre toutes les femmes
Pour être le dégoût de mon triste mari,
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,
Comme un billet d'amour, ce monstre rabougri,

Je ferai rejaillir la haine qui m'accable
Sur l'instrument maudit de tes méchancetés,
Et je tordrai si bien cet arbre misérable,
Qu'il ne pourra pousser ses boutons empestés !

Elle ravale ainsi l'écume de sa haine,
Et, ne comprenant pas les desseins éternels,
Elle-même prépare au fond de la Géhenne
Les bûchers consacrés aux crimes maternels.

Pourtant, sous la tutelle invisible d'un ange,
L'enfant déshérité s'enivre de soleil,
Et dans tout ce qu'il boit et dans tout ce qu'il mange
Retrouve l'ambroisie et le nectar vermeil.

Il joue avec le vent, cause avec le nuage,
Et s'enivre en chantant du chemin de la croix ;
Et l'esprit qui le suit dans son pèlerinage
Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.

Tous ceux qu'il veut aimer l'observent avec crainte,
Ou bien, s'enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l'essai de leur férocité.

Dans le pain et le vin destinés à sa bouche
Ils mêlent de la cendre avec d'impurs crachats ;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu'il touche,
Et s'accusent d'avoir mis leurs pieds dans ses pas.

Sa femme va criant sur les places publiques :
Puisqu'il me trouve assez belle pour m'adorer,
Je ferai le métier des idoles antiques,
Et comme elles je veux me faire redorer ;

Et je me soûlerai de nard, d'encens, de myrrhe,
De génuflexions, de viandes et de vins,
Pour savoir si je puis dans un cœur qui m'admire
Usurper en riant les hommages divins !

Et, quand je m'ennuierai de ces farces impies,
Je poserai sur lui ma frêle et forte main ;
Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies,
Sauront jusqu'à son cœur se frayer un chemin.

Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,
J'arracherai ce cœur tout rouge de son sein,
Et, pour rassasier ma bête favorite,
Je le lui jetterai par terre avec dédain !

Vers le ciel, où son œil voit un trône splendide,
Le poète serein lève ses bras pieux,
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l'aspect des peuples furieux :

- Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés !

Je sais que vous gardez une place au poète
Dans les rangs bienheureux des saintes légions,
Et que vous l'invitez à l'éternelle fête
Des trônes, des vertus, des dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
À ce beau diadème éblouissant et clair ;

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs !

Bénédiction un poème de Charles Baudelaire

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L'invitation au voyage de Charles Baudelaire


Plus sur ce poème >>📃📋Poème de Charles Baudelaire (n° 328)  Voter pour ce poème447 votes

Une charogne de Charles Baudelaire


Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce
beau matin d'été si doux :
Au
détour d'un sentier une charogne infâme
Sur
un lit semé de cailloux,

Les
jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante
et suant les poisons,
Ouvrait
d'une façon nonchalante et cynique
Son
ventre plein d'exhalaisons.

Le
soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme
afin de la cuire à point,
Et
de rendre au centuple à la grande nature
Tout
ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et
le ciel regardait la carcasse superbe
Comme
une fleur s'épanouir.
La
puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous
crûtes vous évanouir.

Les
mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D
'où sortaient de noirs bataillons
De
larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le
long de ces vivants haillons.

Tout
cela descendait, montait comme une vague,
Ou
s'élançait en pétillant ;
On
eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait
en se multipliant.

Et
ce monde rendait une étrange musique,
Comme
l'eau courante et le vent,
Ou
le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite
et tourne dans son van.

Les
formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une
ébauche lente à venir,
Sur
la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement
par le souvenir.

Derrière
les rochers une chienne inquiète
Nous
regardait d'un œil fâché,
Épiant
le moment de reprendre au squelette
Le
morceau qu'elle avait lâché.

-
Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À
cette horrible infection,
Étoile
de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous
, mon ange et ma passion !

Oui
! Telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après
les derniers sacrements
Quand
vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir
parmi les ossements.

Alors
, ô ma beauté ! Dites à la vermine
Qui
vous mangera de baisers,
Que
j'ai gardé la forme et l'essence divine
De
mes amours décomposés !

Une charogne un poème de Charles Baudelaire

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La grandeur de ce mal où tu te crois savante de Charles Baudelaire


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Certitude de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


Si je te parle c'est pour mieux t'entendre
Si je t'entends je suis sûr de te comprendre

Si
tu souris c'est pour mieux m'envahir
Si tu souris je vois le monde entier

Si je t'étreins c'est pour me continuer
Si nous vivons tout sera à plaisir

Si
je te quitte nous nous souviendrons
En te quittant nous nous retrouverons

Certitude un poème de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

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Amoureuse au secret de Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard


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